Discours de Rivlin à la prestation de serment de la 24e Knesset
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Discours de Rivlin à la prestation de serment de la 24e Knesset

Le président d’Israël craint pour la "résilience nationale" si "un nouveau modèle de partenariat" n'est pas rapidement trouvé

La cérémonie d'investiture de la 24e Knesset, le 6 avril 2021. (Koby Gideon/GPO)
La cérémonie d'investiture de la 24e Knesset, le 6 avril 2021. (Koby Gideon/GPO)

Le président d’Israël Reuven (Ruvi) Rivlin a prononcé une allocution ce mardi à l’ouverture de la 24e Knesset.

« Si nous ne sommes pas en mesure de trouver un nouveau modèle de partenariat qui nous permette de vivre ensemble ici dans le respect mutuel et dans un véritable engagement partagé les uns envers les autres, notre résilience nationale sera réellement menacée ».

« Le peuple israélien se tourne vers vous et attend de chacun de vous qu’il fasse preuve de leadership, et ce n’est pas quelque chose que l’on attend uniquement du membre de la Knesset chargé de former le gouvernement ou du nouveau président que vous élirez, mais de chacun d’entre vous en tant que représentants et dirigeants du peuple ».

« Je crois en ce peuple. Je crois en lui parce que c’est la leçon que l’histoire, ancienne et moderne, m’a apprise. Je crois en lui parce que ce peuple a prouvé sa puissance pendant ce fléau. Je crois. Croyez en vous-mêmes, aussi. »

« Honorables amis, je viens de Beit HaNasi à Jérusalem, qui est mon bureau depuis près de sept ans, sept ans qui s’achèveront bientôt. Assis là, j’ai pensé plus d’une fois aux différents bureaux dans lesquels j’ai siégé, y compris certains dans cette maison même. Et il est arrivé que durant cette Pâque, mes pensées se sont tournées vers l’une des visions du prophète Ézéchiel. Depuis l’exil de Babylone, Ezéchiel a prophétisé le futur État à Jérusalem.

Dans sa vision utopique, il a attribué une place au Nasi [« président » en hébreu], le dirigeant du peuple. Contrairement à l’histoire juive, qui avait ses juges et ses rois, ses prêtres et ses érudits, ses héros, ses poètes, ses prophètes et ses rebelles, Ezéchiel proposa un Nasi. Et je me suis demandé – pourquoi un Nasi ? Est-il possible qu’Ézéchiel, dans sa vision de la rédemption, dans ses imaginations utopiques du futur, propose un nouveau modèle de leadership ? Un modèle qui emprunte une voie médiane entre monarchie et anarchie, deux méthodes qui se sont enracinées sur le chemin du peuple juif et qui ont toutes deux échoué, au final ?

Y a-t-il une voie médiane, entre la direction seule du monarque et la voie de la désintégration, chaque personne et sa tribu ? Le Nasi, dit Ezéchiel dans sa vision, ‘permettra au peuple d’Israël de posséder la terre selon ses tribus’. (Ézéchiel 44: 9)

Honorables membres de la 24e Knesset, il y a six ans, à l’autre extrémité de mon mandat de président, j’ai invité la société israélienne à reconnaître les profonds changements qui se produisent en son sein et à se soumettre à un véritable changement de paradigme.

Elle n’est plus un feu de camp tribal avec une majorité claire qui partage un système de valeurs et des croyances relativement homogènes, avec des groupes minoritaires vivant à ses côtés; mais quatre tribus qui apprennent dans des systèmes éducatifs séparés et vivent en grande partie dans des communautés séparées et qui se rapprochent de plus en plus en termes de taille.

Une tribu laïque, une tribu religieuse, une tribu ultra-orthodoxe et une tribu arabe. Toutes, sans exception, sont constituées de peuples issus de ce lieu. Si nous ne sommes pas capables de trouver un nouveau modèle d’Israélité contemporain qui offre une place à chacune de ces tribus d’Israël, j’ai alors prévenu; si nous ne parvenons pas à trouver un nouveau modèle de partenariat qui nous permette de vivre ensemble ici dans le respect mutuel et un véritable engagement partagé les uns envers les autres, notre résilience nationale sera réellement menacée.

La pandémie de coronavirus à laquelle nous avons été confrontés au cours de l’année dernière, et qui a coûté si cher en vies humaines et nous a fait payer un prix en tant que société et en tant qu’individus qu’il est encore trop tôt pour estimer, une crise sanitaire ainsi qu’une crise sociale et économique, est un appel au réveil, un prélude au type de défis auxquels nous devrons faire face.

Nous ne pouvions pas vaincre le virus infectieux en tant qu’individus, chacun dans sa propre maison, chaque personne dans sa propre communauté. Nous avons vu à quel point nous sommes profondément dépendants les uns des autres, à quel point nous avons besoin les uns des autres, dans quelle mesure notre destin est partagé – en tant que membres des différentes tribus, destinés à vivre sur cette terre, à partager ses succès et ses réalisations, et à nous serrer les coudes en temps de crise.

Mes chers membres de la 24e Knesset. Je connais ce podium, cette estrade. Je le connais de près. Pendant 20 ans, j’ai eu le privilège de servir le peuple israélien en tant que membre de la Knesset, dont sept ans à la présidence. Sept Knesset au total. Aujourd’hui, je suis devant un parlement qui s’est dissout quatre fois en moins de deux ans.

Un parlement qui a renoncé à maintes reprises au droit d’exprimer sa confiance au gouvernement. Les désaccords qui divisent notre société sont de véritables différences. Nombre d’entre elles sont des questions de principe. Mais il y a des moments où nous sommes obligés de résoudre des désaccords même déchirants, durs et douloureux.

Les sièges sur lesquels vous êtes assis, honorables députés, sont rares et précieux. Le pouvoir que vous avez, à travers les boutons de vote qui sont devant vous, est énorme. Le peuple israélien regarde vers vous et attend de chacun de vous qu’il fasse preuve de leadership. Le genre de leadership qu’exige ce moment. Un leadership fidèle au peuple et à ses valeurs, mais qui sait également marquer les limites et montrer le chemin.

Un leadership confiant dans sa voie, mais qui considère les rivaux idéologiques non comme des ennemis, Dieu nous en préserve, mais comme des partenaires potentiels. Un leadership qui, dans l’atmosphère de tribalisme, sait se soustraire au séparatisme et à l’aliénation, ceci pouvant convenir à une campagne électorale, mais étant destructeur lorsqu’il s’agit de construire un pays et de diriger un peuple. Un leadership de partenariat et de respect.

C’est le leadership dont le peuple israélien a besoin à présent, et ce n’est pas quelque chose que l’on attend uniquement du membre de la Knesset chargé de former le gouvernement ou du nouveau président que vous élirez, mais de chacun de vous en tant que représentants et dirigeants du peuple.

Mes chers, je crois en ce peuple. Je crois en lui parce que c’est la leçon que l’histoire, ancienne et moderne, m’a apprise. Je crois en lui parce que ce peuple a prouvé sa puissance pendant ce fléau. Je crois. Croyez en vous-mêmes, aussi.

Croyez aux paroles d’Ézéchiel: ‘je vais prendre le bâton de Joseph qui est dans la main d’Éphraïm, et des tribus israélites qui lui sont associées, et le joindre au bâton de Judah. J’en ferai en un seul bâton de bois, et ils deviendront un dans ma main. … Je ferai une alliance de paix avec eux; ce sera une alliance éternelle’ (Ézéchiel 37:22, 26). Soyez bénis. »

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