A l’ONU, Rouhani critique les Etats-Unis qui soutiennent un Israël inhumain
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A l’ONU, Rouhani critique les Etats-Unis qui soutiennent un Israël inhumain

Deux passages du discours du président iranien ont été rajoutés à la dernière minute

Le président iranien Hassan Rouhani s'adressant à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 26 septembre 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le président iranien Hassan Rouhani s'adressant à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 26 septembre 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Le président Hassan Rouhani a déclaré à l’Assemblée générale de l’ONU lundi que l’Iran cherchait à retisser des liens avec la communauté internationale, et surtout avec ses voisins, mais n’a laissé aucun doute planer quant au fait qu’il n’incluait pas Israël dans sa liste de partenaires de paix potentiels.

Deux passages avec une rhétorique hostile à l’égard des Etats-Unis ont été ajoutés à la dernière minute au discours de Rouhani.

Les passages supplémentaires ont été inclus dans le discours de Rouhani seulement après que le texte officiel du discours ait été présenté à l’ONU. Ils ne sont donc pas inclus dans le texte tel que publié sur le site Web de l’ONU. L’ONU a publié le texte, comme à son habitude, peu de temps après que l’orateur ait terminé de prononcer son discours.

Les passages supplémentaires semblent avoir été écrits à la hâte : dans un discours dont la traduction anglaise est généralement de qualité et polie, contrastant ainsi avec les deux passages supplémentaires qui interrompent le flux du discours et sont en outre remplis d’erreurs grammaticales.

Les passages supplémentaires détonnent également par rapport au ton d’une grande partie du discours, dans lequel Rouhani a tendu la main à plusieurs reprises à la communauté internationale, proclamant tour à tour le début d’une « nouvelle ère » et d’un « nouveau chapitre » dans les relations entre l’Iran avec le monde, et appelant à une coopération internationale accrue.

Photo fournie par le site officiel d'Ali Khamenei le montrant lors d'une réunion le 17 février 2014 à Téhéran (Crédit : Site officiel de Khamenei/AFP)
Photo fournie par le site officiel d’Ali Khamenei le montrant lors d’une réunion le 17 février 2014 à Téhéran (Crédit : Site officiel de Khamenei/AFP)

En revanche, les passages rajoutés à la hâte illustrent un style plus dur, plus typique du guide suprême, Ali Khamenei, et d’autres responsables iraniens qui ont dénoncé à plusieurs reprises les relations plus chaleureuses avec les États-Unis.

Dans un discours rempli d’affirmations sur les perspectives de l’Iran orientées vers la paix, sa volonté de lutter contre le terrorisme, et de sa volonté de s’engager avec les autres nations dans la quête de la tranquillité mondiale.

Rouhani a évoqué Israël à deux reprises, en se référant à lui comme « le régime sioniste ».

Dans un premier point important, il a appelé les puissances mondiales avec lesquelles l’Iran a négocié son accord nucléaire en juillet à dépouiller Israël de son arsenal d’armes nucléaires déclarées.

Exigeant un « désarmement nucléaire complet » au Moyen-Orient, il a déclaré que les grandes puissances ne doivent « pas laisser le régime sioniste rester le seul obstacle dans la voie de la réalisation de cette importante initiative ».

Et en second lieu, il a affirmé que le traitement « inhumain » d’Israël des Palestiniens a été utilisé par des groupes terroristes pour justifier leurs crimes, et que le soutien américain envers Israël a faussé la politique américaine.

Si ce n’était pas en raison du « soutien injustifié [des Américains] envers les actions inhumaines du régime sioniste contre la nation opprimée de la Palestine aujourd’hui, les terroristes n’auraient pas d’excuse pour justifier leurs crimes », a déclaré Rouhani.

Washington, a-t-il poursuivi, « jette des accusations sans fondement et poursuit d’autres politiques dangereuses », dans sa défense des « alliés régionaux » qui ne font que cultiver la division.

C’est là qu’est intervenu le deuxième des ajouts de dernière minute, très près de la fin de son discours, après une section dans laquelle Rouhani venait de fustiger les Etats-Unis. Et d’ajouter : « Il est urgent pour le gouvernement des États-Unis au lieu d’expliquer la vérité sur la région et de lancer à tout va des accusations sans fondement et de poursuivre d’autres politiques dangereuses pour la défense de ses alliés régionaux qui ne font que cultiver les graines de la division et de l’extrémisme. Ils doivent mettre fin à ses actions et doivent être compatibles avec les réalités de la région ».

Le président iranien a commencé son discours en critiquant l’Arabie saoudite pour la bousculade de la semaine dernière au hajj au cours de laquelle des centaines de personnes ont été tuées et a appelé à une enquête « indépendante et précise ». Mais il a consacré l’essentiel de son discours à affirmer que c’était le début d’un « nouveau chapitre » dans les relations de son pays avec le monde.

Il a salué l’accord nucléaire du mois de juillet car il a créé un précédent – comme un « brillant exemple de la victoire sur la guerre » et un cas où deux parties s’engagent dans le dialogue « avant l’éruption d’un conflit ». Il a aussi affirmé que l’Iran continuerait à chercher « des solutions gagnantes-gagnantes ».

Il a ajouté que les sanctions économiques qui ont été imposées à « la nation iranienne et au gouvernement » sont une conséquence de « malentendus et des hostilités parfois manifestes de certains pays » et a juré que « l’Iran n’a jamais eu l’intention de produire une arme nucléaire ; donc les résolutions de sanctions contre l’Iran étaient injustes et illégales ».

C’est à ce moment du discours que le premier passage supplémentaire a été prononcé. Il ou ses rédacteurs du discours a ou ont alors ajouté la phrase choquante suivante : « Finalement les États-Unis d’Amérique ont été poussés et forcés à mettre de côté la pression et les sanctions et à choisir la table des négociations et des discussions ».

Pourtant, tout en insistant sur le droit de l’Iran à la « légitime défense décisive contre tout type d’agression », il voulait dorénavant aller de l’avant, a-t-il dit.

« Notre politique consiste à continuer nos efforts pour atteindre la paix dans la région… pour reconstruire nos relations avec les pays de la région, en particulier nos voisins, basées sur le respect mutuel et les intérêts collectifs et communs ».

Mettant en garde contre le fait que les troubles au Moyen-Orient pourraient se propager à d’autres parties du monde, il a déclaré que l’Iran était « prêt à aider à l’éradication du terrorisme » et « à aider à apporter la démocratie en Syrie ainsi qu’au Yémen ».

Rouhani a également invité « le monde entier et en particulier les pays de la région » à créer « un front uni » contre l’extrémisme et la violence. L’Iran, a-t-il conclu, cherche « la paix, la tranquillité et la spiritualité ».

Rouhani avait fait une proposition similaire à l’ensemble de la communauté internationale dans le passé, mais il a aussi indiqué qu’il ne compte pas Israël dans sa liste des interlocuteurs légitimes.

Lors d’un sommet à Davos l’année dernière, par exemple, il a déclaré que son pays était prêt à avoir des relations diplomatiques avec tous les pays, mais lorsqu’on lui a demandé si cela incluait Israël, il a précisé : « nous souhaitons un avenir meilleur et des relations bénéfiques avec tous [les Etats] que nous reconnaissons ».

L’Iran ne reconnaît pas Israël, et son chef suprême Ali Khamenei appelle régulièrement à l’annihilation d’Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui prendra la parole à l’Assemblée générale jeudi, dans son discours de 2013 a qualifié Rouhani de « loup dans la peau d’un mouton, un loup qui pense qu’il peut mettre de la laine sur les yeux de la communauté internationale ».

Le président américain Barack Obama à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 28 septembre 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le président américain Barack Obama à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le 28 septembre 2015 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Rouhani est monté sur la tribune de l’ONU peu après le président Barack Obama.

Dans son discours, le président américain a salué l’accord nucléaire avec l’Iran conclu en juillet, mais a aussi fustigé le régime de Téhéran car il continue « à déployer des intermédiaires violents pour faire avancer ses intérêts. Ces efforts peuvent sembler donner à l’Iran un effet de levier dans les conflits avec les voisins, mais ils attisent le conflit sectaire qui met en danger toute la région, et isole l’Iran de la promesse d’échanges et du commerce », a ajouté Obama.

« Le peuple iranien a une fière histoire et est plein d’un potentiel extraordinaire. Mais entonner ‘Mort à l’Amérique’ ne crée pas d’emplois, et ne rend pas l’Iran plus sûr. Si l’Iran choisit un chemin différent, ce serait mieux pour la sécurité de la région, bon pour le peuple iranien, et bon pour le monde », a-t-il conclu sur le sujet.

L’expert sur l’Iran, Dr Soli Sahavar, a noté que « Rouhani est constamment en train de marcher sur des œufs entre les conservateurs et les modérés iraniens », et a spéculé que « l’un de ses consultants pourrait avoir ajouté ces passages pour donner un semblant d’équilibre ».

Sahavar, qui dirige le Centre Ezri de l’université de Haïfa pour les études sur le Golfe persique, a souligné que les rhétoriques beaucoup plus hostiles à l’égard des États-Unis sont fréquemment publiées dans la presse iranienne à l’heure actuelle, « avec les Etats-Unis dépeints comme étant faibles, et l’Iran présenté comme étant audacieux et victorieux ».

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