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A Ramallah, la reconnaissance de l’Etat palestinien est un non-évènement

L'Occident en fait toute une histoire mais ça ne change absolument rien pour les Palestiniens," tranche Rasha, une trentenaire

Des Palestiniens jouant aux cartes dans un café de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 septembre 2025. (Crédit : John Wessels/AFP)
Des Palestiniens jouant aux cartes dans un café de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 septembre 2025. (Crédit : John Wessels/AFP)

Ni écran géant, ni rassemblement : à Ramallah en Cisjordanie, siège de l’Autorité palestinienne (AP), les habitants ne manifestent publiquement aucun enthousiasme devant l’annonce par la France, et d’autres pays, à l’ONU, de la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Dans la vieille ville, si les terrasses sont pleines, jeunes et moins jeunes ont les yeux rivés vers leur jeu de cartes, tournant le dos aux téléviseurs. Quand ils suivent un programme du regard, ce sont les émissions sportives commentant la cérémonie de remise du Ballon d’Or à Paris.

« L’Occident en fait toute une histoire mais ça ne change absolument rien pour les Palestiniens, dans notre vie quotidienne, c’est toujours la même merde », tranche Rasha, une trentenaire apprêtée, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille.

Dans un café où l’on peut fumer le narguilé, une grosse dizaine d’hommes plutôt âgés ont tout de même pris place devant un écran et applaudissent discrètement le président français.

Pour Abou Elias, 63 ans, cette reconnaissance est le signe que « quelque chose de bien va arriver pour les Palestiniens, pour de bon, dans les années à venir ».

« Les gens sont fatigués, il ne s’est rien passé pendant 80 ans », ajoute-t-il, mais « on ne va pas sur la lune en une journée ».

Des véhicules circulant dans le trafic dense d’une rue principale de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 septembre 2025. (Crédit : John Wessels/AFP)

Après le long discours du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, un habitué du café, qui ne souhaite pas donner son nom, lance à la cantonade : « il a bien parlé ». Autour de lui, quelques-uns opinent du chef, d’autres font la moue.

Dans le centre-ville de Ramallah, la plupart des passants interrogés par l’AFP en début de soirée n’avaient pas l’intention de suivre les discours.

S’ils sont dehors à la nuit tombée, c’est plutôt pour profiter d’une petite glace en terrasse que dans un élan de célébration nationale.

Plus que ces discours, ce qui préoccupe Rasha, c’est que depuis le printemps dernier, elle n’a pas pu aller voir sa famille dans le nord de la Cisjordanie.

« C’est trop risqué avec les colons qui attaquent, et puis il y a trop de checkpoints, ça prend beaucoup trop de temps, voilà c’est ça la réalité de leur Etat palestinien », décrit-elle.

Autour de Ramallah, les implantations israéliennes se multiplient. Les barrages routiers aussi, qui cloisonnent la Cisjordanie en une multitude d’îlots de plus en plus isolés les uns des autres.

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, apparaît à l’écran lors de sa prise de parole dans le cadre d’une réunion de haut niveau aux Nations Unies destinée à fédérer les soutiens à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien, le lundi 22 septembre 2025, au siège de l’ONU. (Crédit : AP Photo/Yuki Iwamura)

L’économie tourne aussi au ralenti, notamment en raison de la rétention de revenus douaniers palestiniens par Israël, qui impacte le versement des salaires des fonctionnaires de l’Autorité palestinienne. Aussi, les permis de travail ne peuvent plus être utilisés par une grande majorité d’ouvriers de Cisjordanie depuis le pogrom du Hamas.

Et les annonces de reconnaissance interviennent alors qu’Israël a intensifié son offensive dans la ville de Gaza, après près de deux ans d’une guerre déclenchée par une attaque meurtrière du mouvement terroriste palestinien Hamas en 2023.

Les rares écrans qui diffusent les discours à la tribune onusienne sont les mêmes qui diffusent, quasi en continu, les images de la bande de Gaza dévastée.

Cette autre partie d’un possible Etat palestinien à venir, à moins de cent kilomètres à vol d’oiseau de Ramallah, est dans tous les esprits, à l’heure où pour beaucoup, la reconnaissance d’un Etat ne suffit plus, sans une annonce de paix.

« Nous voulons que les pays qui ont reconnu l’Etat de Palestine et nous ont témoigné leur amour s’efforcent d’améliorer la situation en Cisjordanie, de mettre fin à la guerre dans notre chère bande de Gaza ainsi qu’à la famine qui afflige les enfants et tout notre peuple à Gaza », demande Ibrahim Salam Abdullah, 18 ans, de sortie avec quelques amis.

« La guerre contre Gaza dure depuis deux ans. Que nous apportera cette reconnaissance? La guerre prendra-t-elle fin? Non, elle continuera », estime Zain Abdel Wahab, 18 ans, au détour d’une rue commerçante, tout en précisant que la reconnaissance est « une bonne chose ».

Sur la place centrale de Ramallah, une bannière a été accrochée par des organisations de défense des prisonniers palestiniens, saluant les pays qui « soutiennent les droits de notre peuple. » Elle appelle à un rassemblement mardi à midi.

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