Abbas à J Street: Biden doit annuler la loi qualifiant l’OLP d’entité terroriste
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Abbas à J Street: Biden doit annuler la loi qualifiant l’OLP d’entité terroriste

Pour le président de l'AP, la loi antiterroriste de 1987 est le principal obstacle aux relations américano-palestiniennes et laisse entendre que Ramallah agira pour les améliorer

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le vice-président américain de l'époque, Joseph Biden, (à gauche), en compagnie du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avant leur rencontre dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (AP/Tara Todras-Whitehill/File)
Le vice-président américain de l'époque, Joseph Biden, (à gauche), en compagnie du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avant leur rencontre dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (AP/Tara Todras-Whitehill/File)

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a exhorté dimanche l’administration Biden à abroger une loi américaine qui considère l’Organisation de libération de la Palestine et ses affiliés comme un groupe terroriste.

Dans un discours vidéo prononcé devant la conférence nationale du lobby de gauche pro-israélien J Street, M. Abbas a déclaré qu’il avait hâte de « développer et renforcer » les relations avec Washington, que Ramallah a rompues en 2017 après que l’administration Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël.

Toutefois, il a fait remarquer que pour ce faire, il faudrait « éliminer certains obstacles, dont le plus important » est la loi antiterroriste de 1987.

M. Abbas a affirmé que la loi n’était plus d’actualité, puisque l’OLP et Israël se sont reconnus mutuellement comme les représentants légitimes des peuples palestinien et israélien dans les accords d’Oslo de 1993, Ramallah, Jérusalem et Washington ayant ensuite signé des accords pour lutter ensemble contre le terrorisme.

Le Times of Israel a rapporté en décembre que l’Autorité palestinienne était prête à modifier la manière dont elle verse les allocations aux prisonniers de sécurité palestiniens, ainsi qu’aux familles des terroristes et autres personnes tuées par des Israéliens, dans le but de convaincre l’administration Biden de supprimer la loi.

M. Abbas a semblé faire allusion à ces intentions lors de son discours de J Street. Le président de l’Autorité palestinienne a tout d’abord demandé au lobby de gauche « d’aider l’administration et le Congrès américains à abroger toutes les lois qui bloquent la voie vers le renforcement des relations palestino-américaines ».

« De notre côté, nous supprimerons tous les obstacles pour atteindre cet objectif », a-t-il ajouté, sans préciser quelles mesures l’AP envisage de prendre.

Des responsables palestiniens ont déclaré au Times of Israel l’année dernière que la politique remaniée que l’AP est en train d’examiner baserait les allocations sur les besoins financiers des prisonniers plutôt que sur la durée de leur peine, ce qui pourrait marquer un changement par rapport à ce qui a longtemps été un point de friction pour les détracteurs de Ramallah.

La pratique consistant à verser des indemnités aux personnes condamnées pour avoir perpétré des attentats terroristes et aux familles de ceux qui ont été tués lors de ces attentats – souvent qualifiée par certains responsables israéliens de politique du « pay-to-slay » [payer pour tuer] – a été mise au pilori par les opposants qui y voient une incitation au terrorisme.

Les dirigeants palestiniens défendent depuis longtemps ces versements, qu’ils décrivent comme une forme d’aide sociale et une compensation nécessaire pour les victimes de la dureté du système de justice militaire israélien en Cisjordanie.

Ce changement pourrait également amener Ramallah à se conformer à la loi Taylor Force Act de 2018, qui a suspendu l’aide américaine à l’AP tant qu’elle continuait à appliquer la politique actuelle de paiement des terroristes.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à gauche) écoute le président américain Donald Trump s’adressant à la presse avant une réunion au Palace Hotel de New York lors de la 72e Assemblée générale des Nations Unies, le 21 septembre 2017. (Crédit : AFP / Brendan Smialowski)

Biden a deux méthodes à sa disposition pour révoquer la loi de 1987. L’une serait la clause de résiliation, que le président pourrait activer en déterminant officiellement que l’OLP et ses affiliés ne sont plus un groupe terroriste – une tâche probablement difficile étant donné l’appartenance à l’OLP du Front populaire de libération de la Palestine, placé sur la liste noire du Département d’État – ou en jugeant la législation anticonstitutionnelle en raison de sa limitation de la capacité de l’exécutif à mener une politique étrangère.

Les responsables palestiniens ont fait pression sur l’administration Biden pour qu’elle adopte cette dernière approche, selon des sources à Ramallah de l’année dernière.

L’administration Biden, quant à elle, a exprimé son intérêt pour le rétablissement des relations avec les Palestiniens, bien qu’elle n’ait rien dit sur la suppression du statut de groupe terroriste de l’OLP. Au début du mois, Washington a annoncé qu’elle rétablissait officiellement une aide économique de 150 millions de dollars à l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA), l’organisme des Nations unies chargé de venir en aide aux réfugiés palestiniens, dans le cadre d’une initiative plus large visant à rétablir son aide aux Palestiniens. Les États-Unis ont annoncé 75 millions de dollars supplémentaires pour l’aide économique et au développement en Cisjordanie et à Gaza, 10 millions de dollars pour des programmes de consolidation de la paix par le biais de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et 40 millions de dollars pour l’aide à la sécurité.

L’administration Biden a également fait part de son intention de rouvrir les missions diplomatiques fermées à Jérusalem et à Washington. L’administration Trump a fusionné le consulat américain de Jérusalem, qui faisait office de représentant de facto auprès des Palestiniens, avec sa nouvelle ambassade dans la capitale, faisant du portefeuille palestinien un sous-ensemble de la relation plus large entre les États-Unis et Israël.

Trump a également fermé la mission de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington en 2018, sur fond de refus de Ramallah de s’engager dans l’initiative de paix de son administration. La réouverture de la mission serait juridiquement difficile en raison des lois américaines existantes – auxquelles Abbas a fait référence dimanche – qui ciblent l’AP tant qu’elle continue à porter des accusations contre Israël devant la Cour pénale internationale, en plus de sa politique de paiement des prisonniers.

Mahmoud Abbas, (à gauche), et Joe Biden après leur rencontre dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, mercredi 10 mars 2010. (AP/Bernat Armangue)

Une source au fait du dossier a déclaré que si l’administration souhaitait la réouverture des deux missions, celle de Washington constituait un défi particulier. Les États-Unis auront également besoin de l’approbation d’Israël pour rouvrir un consulat à Jérusalem, et s’attendent à rencontrer une certaine opposition, mais pas un veto pur et simple, a déclaré la source.

M. Abbas a également saisi l’occasion de son tout premier discours devant J Street pour fustiger les gouvernements israéliens successifs qui ont ancré la présence de l’État juif en Cisjordanie, rendant ainsi la solution à deux États plus difficile à atteindre.

Il a réitéré son soutien à une solution à deux États fondée sur les frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale d’un futur État palestinien.

« Nous sommes prêts à reprendre les négociations de paix avec notre homologue israélien sur la base de la résolution de la légitimité internationale, des accords signés et sous les auspices du Quartet international », a-t-il déclaré.

« Nous pensons que le dialogue et les négociations sont la seule voie pour parvenir à la paix », a ajouté M. Abbas.

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