Accord entre le Qatar et l’ONU pour l’entrée des fonds qataris à Gaza
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Accord entre le Qatar et l’ONU pour l’entrée des fonds qataris à Gaza

Les parties achemineront des subventions mensuelles de 100 dollars pour 100 000 familles pauvres de Gaza par le biais d'un mécanisme soutenu par l'ONU ; Gantz salue l'accord

Des Palestiniens reçoivent leur aide financière dans le cadre d'une aide allouée par le Qatar, dans un bureau de poste à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 27 novembre 2019. (Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des Palestiniens reçoivent leur aide financière dans le cadre d'une aide allouée par le Qatar, dans un bureau de poste à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 27 novembre 2019. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le Qatar et les Nations unies ont annoncé jeudi avoir signé un accord pour le retour de certaines subventions qataries dans la bande de Gaza, marquant un progrès significatif dans les pourparlers en cours pour soutenir le cessez-le-feu entre Israël et le groupe terroriste du Hamas.

Le Qatar et l’ONU achemineront chaque mois, par l’intermédiaire de l’ONU et du Programme alimentaire mondial de l’ONU, 100 dollars de subventions pour 100 000 familles gazaouies appauvries, soit 10 millions de dollars au total, a déclaré l’envoyé qatari à Gaza, Mohammad al-Emadi, dans un communiqué.

Cet arrangement a été approuvé jusqu’à la fin de 2021.

Selon al-Emadi, l’argent sera distribué à partir de septembre. Les fonds ne comprennent pas les salaires aux fonctionnaires du Hamas, qui ont également reçu de l’argent du Qatar avant le conflit de mai entre Israël et les groupes terroristes dans la bande de Gaza.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a déclaré que le nouveau mécanisme « garantit que l’argent parviendra à ceux qui en ont besoin, tout en maintenant les besoins de sécurité d’Israël ».

« Dans le cadre du nouveau mécanisme, l’aide financière sera transférée à des centaines de milliers de Gazaouis par l’ONU, directement sur leurs comptes bancaires, Israël supervisant les bénéficiaires », a déclaré Gantz.

Selon cet arrangement quelque peu alambiqué, le Qatar déposera chaque mois les fonds sur un compte bancaire de l’ONU à New York, d’où ils seront transférés vers une banque palestinienne non spécifiée à Ramallah, puis vers une succursale dans la bande de Gaza. La succursale de Gaza délivrera ensuite les allocations de 100 dollars aux bénéficiaires sous la forme de cartes de débit rechargeables.

Bien qu’Israël surveille qui reçoit ces cartes, une fois qu’elles sont utilisées pour retirer de l’argent, le contrôle officiel d’Israël sur le processus prend fin, et cet argent relativement intraçable peut être transféré librement.

En conséquence, les analystes et observateurs du Moyen-Orient ont exprimé leur scepticisme quant à la possibilité de distribuer l’argent qatari aux habitants de Gaza sans qu’il ne tombe finalement dans les mains du Hamas, le dirigeant de facto de la bande de Gaza.

Les premiers 10 millions de dollars destinés à ce programme seront déposés sur le compte bancaire de l’ONU à New York la semaine prochaine. D’ici la fin du mois de septembre, Israël espère que la totalité du premier versement sera distribuée aux bénéficiaires dans la bande de Gaza.

L’envoyé du Qatar pour la bande de Gaza, Mohammed Al-Emadi, assiste à une conférence de presse à l’hôpital Shifa de la ville de Gaza, le 19 février 2018. (Crédit : AP/Khalil Hamra)

Depuis la guerre de mai, Israël a bloqué les paiements, insistant sur les garanties qu’aucune partie de l’argent ne parviendra au Hamas. Dans le cadre du système en vigueur avant la guerre, quelque 30 millions de dollars en espèces étaient livrés dans des valises à Gaza chaque mois via un passage contrôlé par Israël.

Au lendemain des combats, Israël a également maintenu des restrictions accrues sur Gaza, limitant considérablement les importations et les exportations et compliquant la reconstruction de l’enclave meurtrie.

Au cours de la récente guerre de 11 jours, les frappes aériennes israéliennes et les roquettes palestiniennes ont causé des dommages d’une valeur d’au moins 290 millions de dollars dans la bande de Gaza, selon des évaluateurs internationaux début juillet.

Le gouvernement israélien a également cherché à conditionner tout assouplissement des restrictions à l’avancement des pourparlers en vue d’un échange de prisonniers avec le Hamas. Le groupe terroriste détient actuellement deux civils israéliens, ainsi que les corps de deux soldats israéliens. Le Hamas espère les échanger contre des milliers de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.

Israël et le Hamas mènent des négociations indirectes depuis quatre mois. L’absence de progrès sérieux a parfois provoqué une montée des tensions entre les deux parties.

Lundi, le sud d’Israël a été touché par le premier tir de roquette depuis la série de combats de mai entre Israël et le Hamas, bien qu’aucun groupe palestinien n’en ait assumé la responsabilité. Deux jours plus tard, les chefs de faction de la bande de Gaza ont menacé de provoquer une escalade avec Israël si leurs conditions n’étaient pas remplies.

« Une explosion et une escalade sont inévitables si le statu quo persiste », a déclaré Khalid al-Batsh, haut responsable du Jihad islamique, dans une déclaration mercredi.

Ce jour-là, les différents groupes terroristes de Gaza ont annoncé leur intention d’organiser une grande manifestation le long de la frontière samedi. Jeudi, Tsahal a renforcé sa défense le long de la frontière en prévision de la manifestation et par crainte qu’elle ne débouche sur de nouvelles violences.

Un agent du Hamas contrôle un camion entrant dans la bande de Gaza à la porte du passage de marchandises de Kerem Shalom avec Israël, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 juin 2021. (Crédit : Adel Hana/AP)

Israël n’a pas répondu aux tirs de roquettes de lundi comme elle le fait habituellement, en frappant des cibles du Hamas à l’intérieur de la bande de Gaza. Plus tôt dans la journée, les autorités israéliennes ont également assoupli certaines restrictions, notamment en permettant à plus de 1 350 commerçants de Gaza de quitter la bande et en autorisant l’entrée de ciment et de pneus dans l’enclave.

Néanmoins, en l’absence d’un accord global visant à faciliter la reconstruction de Gaza, les observateurs estiment qu’une nouvelle escalade des hostilités est inévitable. Les subventions qataries, quant à elles, sont apparues comme l’un des principaux points de friction dans les pourparlers visant à renforcer le fragile cessez-le-feu.

Par le passé, les fonds qataris ont permis de financer le carburant de la seule centrale électrique de Gaza et des hôpitaux afin de consolider le système de santé défaillant de l’enclave. Ils ont également permis de verser des centaines de millions de dollars en espèces à 100 000 familles pauvres de Gaza et aux fonctionnaires du Hamas.

Mais après la bataille de mai entre Israël et le Hamas, les responsables israéliens ont juré de ne pas revenir au statu quo, qu’ils considèrent comme trop favorable au Hamas.

« Les valises de dollars sont quelque chose dont nous avons hérité et qui doit cesser », a déclaré le Premier ministre Naftali Bennett au cabinet israélien début juillet.

Le Premier ministre Naftali Bennett assiste à une cérémonie d’inauguration marquant l’ouverture d’un nouveau poste de police dans la ville de Kiryat Ata, dans le nord d’Israël, le 11 août 2021. (Crédit : Roni Ofer/Flash90)

L’Autorité palestinienne avait espéré signer un accord séparé entre Ramallah et Doha pour transférer les fonds qataris. Mais l’accord est tombé à l’eau après l’opposition des banques palestiniennes, qui craignaient des sanctions internationales si elles versaient des salaires aux habitants de Gaza affiliés au Hamas.

Lors d’une réunion avec l’envoyé des Nations unies, Tor Wennesland, jeudi, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, a rejeté l’idée que les Nations unies puissent servir d’intermédiaire pour l’argent qatari.

L’aide doit passer par « une seule adresse – l’Autorité nationale palestinienne », a déclaré Shtayyeh dans un communiqué diffusé par son bureau.

« L’ONU est un partenaire et un complément aux efforts de l’Autorité nationale palestinienne, elle ne s’y substitue pas », a ajouté M. Shtayyeh.

Depuis plus de 15 ans, Israël et l’Égypte soumettent la bande de Gaza à un blocus strict, qu’ils jugent nécessaire pour prévenir une menace encore plus grande pour leur sécurité de la part des dirigeants du Hamas de Gaza. Les restrictions ont été renforcées depuis la guerre de mai entre Israël et le Hamas.

Les groupes de défense des droits déplorent l’effet du blocus sur la population civile de Gaza. Plus d’une décennie et demie de sanctions ont laissé l’enclave appauvrie. Environ 57 % des Gazaouis vivent sous le seuil de pauvreté, a indiqué l’ONU en 2017.

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