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Le projet de loi "diffame le judaïsme dans le monde entier"

Acteurs privés et publics vent debout contre « la discrimination ancrée dans la loi »

Entreprises, avocats, assureurs et autorités locales refuseront de servir quiconque pratique la discrimination, qui pourrait décourager les touristes, selon Yoel Razvozov

Un centre de développement de haute technologie à Herzliya, le 30 octobre 2020. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Un centre de développement de haute technologie à Herzliya, le 30 octobre 2020. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Les établissements financiers, les fournisseurs d’assurance, les sociétés high-tech, les autorités locales et les institutions académiques ont fait savoir qu’ils boycotteraient toute activité commerciale ou toute collaboration avec des entités jugées sectaires, suite à l’inquiétude croissante que le nouveau gouvernement de coalition promulgue des amendements autorisant des pratiques discriminatoires.

La municipalité d’Herzliya a déclaré mardi qu’elle n’accorderait pas de licence commerciale aux entités pratiquant la discrimination à l’encontre d’une partie de leur clientèle.

Cette action fait suite à une clause de l’accord de coalition entre les partis HaTzionout HaDatit et le Likud, qui stipule que le nouveau gouvernement œuvrera à modifier les lois sur la discrimination afin de permettre aux propriétaires d’entreprises de refuser de fournir un service si celui-ci viole leurs croyances religieuses. L’accord n’a pas encore été officiellement signé, mais le chef de HaTzionout HaDatit a déclaré mardi que la clause controversée y sera incluse et qu’il n’y renoncera pas.

La députée de HaTzionout HaDatit, Orit Strouk, qui devrait devenir ministre dans le nouveau gouvernement, a déclenché un tollé, dimanche, en déclarant que les médecins devraient être autorisés à refuser de prodiguer des soins aux patients incompatibles avec leurs convictions religieuses, pour autant qu’un autre médecin soit disposé à fournir le même traitement.

Son collègue Simcha Rothman a tenu des propos similaires le même jour, affirmant que si un hôtel voulait refuser de servir des personnes LGBT pour des motifs religieux, il aurait le droit de le faire.

Lior Simon, à droite, et Gili Raanan, partenaires du fonds de capital-risque pour la cybersécurité Cyberstarts. (Crédit : Yossi Zliger)

Gili Raanan, fondateur de Cyberstarts, un fonds de capital-risque qui investit dans des start-ups de cybersécurité en phase de démarrage, a annoncé mardi que le fonds s’abstiendra de faire des affaires avec toute entreprise ou individu qui discrimine des personnes en raison de leur religion, nationalité, race, sexe, origine ou orientation sexuelle.

« Pendant des années, nous avons maintenu une séparation entre les affaires et la politique », a déclaré Ra’anan. « Ces dernières semaines, les initiatives législatives racistes du nouveau gouvernement ont suscité mon inquiétude, car elles menacent de nuire à la nature démocratique d’Israël ainsi qu’à son économie et à sa capacité à poursuivre sa croissance et à attirer les investisseurs étrangers. »

Cyberstarts et d’autres entreprises technologiques ont emboîté le pas aux intervenants du monde des affaires, et notamment à la Discount Bank d’Israël, qui a déclaré lundi qu’elle n’accorderait pas de crédit à une entreprise ou une organisation qui agirait de manière discriminatoire ou discriminerait ses clients.

More Provident & Pension Ltd, qui gère près de 50 milliards de shekels d’actifs, a annoncé cette semaine avoir mis à jour sa politique d’investissement et de crédit et qu’elle n’investira pas dans une entreprise ou une entité qui discrimine ses clients sur la base de la religion, de la race, du sexe ou de l’orientation sexuelle, ni ne leur accordera de crédit.

« En tant qu’institution financière qui gère des fonds pour les épargnants, nous pensons que notre responsabilité ne s’arrête pas à la gestion professionnelle et responsable des investissements, mais aussi à la promotion des valeurs de diversité et d’inclusion », a déclaré la firme.

Dans le même ordre d’idées, la compagnie d’assurances AIG Israël a annoncé qu’elle cessera d’assurer les entreprises et mettra fin au travail avec les fournisseurs qui se livrent à des pratiques discriminatoires.

« Nous n’avons jamais accepté dans le passé, et nous n’accepterons aujourd’hui aucune déclaration ou action qui porte atteinte à différentes populations et secteurs de la société israélienne », a déclaré Yifat Reiter, PDG d’AIG. « À l’aube de l’année 2023, les discours racistes et discriminatoires sont inacceptables. »

Les bureaux d’Amdocs à Raanana. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

« J’appelle les responsables du secteur économique à agir de manière décisive et à attaquer ce phénomène inapproprié à la racine », a exigé Reiter.

Des cabinets d’avocats israéliens se sont joints à la vague d’opposition, notamment Epstein Rosenblum Maoz (ERM), qui a déclaré mardi que le cabinet se sentait « obligé de marquer une ligne claire dans le sable », et a affirmé que « la discrimination ancrée dans la loi, ne peut être tolérée. »

« Nous ne mélangeons pas habituellement les affaires avec les opinions politiques », a écrit Nimrod Rosenblum, partenaire fondateur d’ERM et responsable des entreprises, des fusions et acquisitions et du capital-investissement sur sa page LinkedIn. « Cependant, les développements récents en Israël vont au-delà des opinions politiques légitimes et touchent à notre existence fondamentale en tant qu’humains et citoyens. »

« Nous sommes alarmés par les informations faisant état d’initiatives politiques visant à nuire aux minorités dans la société israélienne, et nous nous engageons à poursuivre nos efforts pour assurer l’égalité, la tolérance et la sécurité de chaque individu », a déclaré le cabinet d’avocats.

Barak Siman Tov de Kremer-Siman Tov a déclaré que le cabinet d’avocats mettra fin aux contrats avec les fournisseurs qui agissent de manière discriminatoire envers leurs clients.

Amdocs, une multinationale de logiciels et de communications fondée par des Israéliens, a affirmé mardi son opposition à tout discours ou action discriminatoire à l’égard de toute personne, ajoutant que l’entreprise continuera à agir et à mener des activités commerciales et communautaires qui favorisent l’égalité.

« Amdocs est le plus grand employeur en Israël d’ingénieurs issus de la société arabe et la proportion de femmes occupant des postes technologiques dans l’entreprise est de près de 40 % », a déclaré Amdocs dans un communiqué. « Amdocs considère la diversité comme une valeur humaine et sociale qui favorise l’innovation, et a toujours travaillé pour promouvoir l’égalité et l’inclusion – tant avec ses plus de 30 000 employés en Israël et dans le monde, qu’avec ses fournisseurs et ses clients. »

Le ministre du Tourisme Yoel Razvozov à la Knesset, le 7 décembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90).

Le ministre du Tourisme sortant, Yoel Razvozov, a averti dimanche les opérateurs hôteliers qu’un seul « cas de discrimination sera suffisant pour porter atteinte à l’industrie du tourisme en Israël dans son ensemble, et a rappelé que cette industrie faisait vivre des dizaines de milliers de familles en Israël. »

« L’amendement attendu à la loi sur la discrimination laissera une tache sur l’industrie du tourisme en Israël et nuira considérablement au tourisme entrant », a écrit Razvozov dans une lettre adressée aux opérateurs. « Il sera donc difficile de faire revenir le tourisme à son niveau d’avant le Covid ».

Yated Neeman, un journal affilié au parti ultra-orthodoxe HaTzionout HaDatit, qui fait partie de la nouvelle coalition, a publié un éditorial contre les politiciens du parti HaTzionout HaDatit, affirmant qu’ils « diffament le judaïsme dans le monde entier » et désignant le futur gouvernement comme un « gouvernement qui persécute les Arabes, les minorités et discrimine les gens sur la base de la religion et plus encore ».

Les institutions académiques ont également fait entendre leur voix. Le président de l’université de Tel Aviv, le professeur Ariel Porat, a informé les membres du corps enseignant que l’université « ne coopérera pas avec les entités qui poursuivent une politique de discrimination abusive » pouvait-on lire dans le quotidien Haaretz.

Dans une lettre adressée aux professeurs, il a écrit que, récemment, « des voix extrémistes se sont fait entendre, soulevant des idées choquantes qui, par leur seule expression, portent atteinte au tissu délicat de nos vies en tant que société dans un pays démocratique ».

Haaretz a rapporté que les directeurs de dizaines d’écoles à travers le pays ont accroché à l’entrée des panneaux déclarant leur adhésion aux valeurs de l’enseignement public telles qu’elles sont définies par la loi.

Les panneaux, qui reprenaient tous le même texte, déclaraient leur engagement à « développer une attitude de respect des droits de l’homme, des libertés fondamentales, des valeurs démocratiques, de l’observation de la loi, de la culture et des opinions d’autrui, et à former à la recherche de la paix et de la tolérance dans les relations entre les personnes et entre les peuples ».

Ils ont été placés devant des écoles de Jérusalem, Tel Aviv, Haïfa, Hadera, Kiryat Motzkin, Binyamina, Pardes Hanna, Ramat Gan, Kiryat Ono, Emek Hefer et Netanya, selon Haaretz.

Une salle de classe vide dans une école du quartier de Beit Hakerem à Jérusalem, le 21 octobre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Les doyens des six facultés de médecine d’Israël ont également publié une déclaration dénonçant « les récents appels à autoriser la discrimination dans la prestation de soins médicaux sur la base de la religion, du sexe, de la nationalité ou de toute autre origine ».

Ils ont déclaré que les étudiants en médecine ont toujours été tenus d’être prêts à servir « tous leurs patients en situation de détresse, à tout moment et à toute heure » et ont rappelé le serment prêté par les médecins diplômés d’aider tous ceux qui sont malades, quels que soient leur milieu ou leur origine.

« Nous ne participerons pas à la destruction de ces principes fondamentaux et nous continuerons à former des médecins israéliens dans cet esprit », ont-ils écrit.

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