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Affaire 2 000 : Netanyahu dénonce un procès digne d’un » État policier »

Le Premier ministre affirme que certains ont comparé ses procureurs à la "Stasi", tandis que le procureur Yehonatan Tadmor a minutieusement examiné ses dépositions faites à la police

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrivant dans la salle d’audience pour son témoignage dans le procès intenté contre lui, au tribunal de Tel Aviv, le 28 octobre 2025. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrivant dans la salle d’audience pour son témoignage dans le procès intenté contre lui, au tribunal de Tel Aviv, le 28 octobre 2025. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé mardi que ses proches avaient comparé le ministère public à la « Stasi » de l’ancienne Allemagne de l’Est, et il les a accusés de mener un procès politique digne d’un « État policier », lors d’une sortie houleuse au tribunal, alors que son contre-interrogatoire dans le cadre de son procès pénal s’achevait après plus d’un an d’audiences, ponctuées de retards répétés.

Les juges ont écourté l’audience de mardi, qui devait initialement se terminer à 16 h 30, et ils l’ont arrêtée à 14 h 30, car le Premier ministre avait demandé de partir plus tôt pour des raisons diplomatiques et de sécurité. La prochaine étape, au cours de laquelle les avocats de la défense de Netanyahu poseront des questions complémentaires dans le cadre de leur contre-interrogatoire, devrait débuter mercredi.

L’audience de mardi était consacrée à l’Affaire 2 000, dans laquelle le Premier ministre est jugé pour fraude et abus de confiance. Il aurait tenté d’obtenir un accord avec Arnon (Noni) Mozes, propriétaire du journal Yedioth Aharonoth – un pacte dans lequel le journal s’engageait à couvrir de manière positive l’actualité liée à Netanyahu et à sa famille. En échange, le chef du gouvernement avait, semble-t-il, fait avancer une réglementation qui aurait affaibli le principal rival du quotidien, le journal gratuit Israel Hayom.

Financé par le milliardaire américain Sheldon Adelson, aujourd’hui décédé, et autrefois considéré comme très pro-Netanyahu, ce journal gratuit a sérieusement nui aux chiffres de diffusion de Yedioth Aharonoth au fil des ans.

Le projet de loi, qui aurait obligé les journaux à pratiquer un prix minimum, avait franchi la première des trois lectures à la Knesset au mois de novembre 2014, prenant manifestement Netanyahu au dépourvu.

Quelques semaines après l’avancement du projet de loi, en décembre 2014, Netanyahu avait dissous la Knesset, déclenchant de nouvelles élections et contrecarrant ainsi toute tentative d’avancer cette législation. L’accord avec Mozes n’a jamais été mis en œuvre.

Des militants manifestant contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le tribunal de Tel Aviv, où ce dernier témoigne dans le cadre de son procès pour corruption, le 16 juin 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Mardi, lors de l’audition, le procureur général Yehonatan Tadmor a demandé à Netanyahu d’expliquer les déclarations qu’il avait faites aux enquêteurs dans l’Affaire 2 000, remettant en cause sa version des faits. Interrogé sur plusieurs points, Netanyahu a nié s’être intéressé à la couverture médiatique que lui consacrait Yedioth Aharonoth.

Tadmor a ensuite présenté à Netanyahu une citation tirée de son interrogatoire par la police, dans laquelle le Premier ministre avait déclaré qu’il se trouvait « en pleine guerre » et qu’il devait « gagner du temps ».

« Il m’a déjà pris la Knesset ; maintenant, je dois réfléchir à la manière de le combattre. Ce que je vais faire lors de la prochaine campagne électorale », avait déclaré Netanyahu, semble-t-il, en référence à Mozes.

Netanyahu a expliqué à Tadmor qu’en parlant de « gagner du temps », il avait fait référence aux « diffamations à l’encontre de la famille [Netanyahu] », ce à quoi le procureur a répondu : « Vous voulez dire : la couverture médiatique ? »

« Ce n’est pas de la couverture médiatique ; c’est de la diffamation », a insisté Netanyahu, affirmant que le traitement que lui réservaient les médias était « inacceptable ».

Tadmor a aussi rapporté les propos de Netanyahu au sujet de sa relation avec Mozes – que ce dernier avait résumé par l’adage : « Garde tes amis près de toi et tes ennemis encore plus près » – la comparant à une « guerre froide » plutôt qu’à une « guerre chaude ».

« Noni Mozes est un rival politique doté de puissants moyens de pression qu’il emploie de manière hostile, mais même dans ces circonstances, certaines limites doivent être respectées », a répondu Netanyahu, ajoutant que Yedioth Aharonoth avait « dépassé les bornes » avant les élections de 2015.

Il a affirmé avoir employé la formule « Garde tes amis près de toi… » parce qu’il voulait « contenir » sa « guerre » avec le journal afin qu’elle ne dépasse pas les limites de l’acceptable et qu’il ne s’en prenne pas à sa famille.

Arnon (Noni) Mozes dans la salle d’audience du tribunal de Tel Aviv pour le procès de corruption en cours contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 6 mai 2025 (Crédit : Reuven Kastro)

Tadmor a ensuite interrogé Netanyahu sur les allégations de la défense – selon lesquelles les procureurs auraient déposé intentionnellement un acte d’accusation à l’encontre du Premier ministre alors qu’il se trouvait à Washington – ce qui a provoqué une vive réaction de sa part.

« Vous ne faites que vous chercher des ennuis ! Vous passerez toute votre vie devant les tribunaux ! On n’a jamais vu de chose pareille à ce que vous m’avez fait ! C’est honteux. Ce que vous m’avez fait, vous ne l’avez fait à aucune autre personnalité publique ! Vous avez entraîné tout le monde dans un réseau d’intimidation et de terreur ! Tous ceux à qui je parle me disent : ‘Mais qu’est-ce que c’est que ça, un État policier ? La Stasi ?’ Ce que vous avez fait ici, c’est venir chercher la tête de Benjamin Netanyahu ; vous n’avez rien trouvé ! Ce à quoi nous assistons ici, c’est une persécution politique digne d’un État policier ! »

« Vous pouvez me parler comme vous voulez mais la réalité, c’est que vous n’avez rien découvert. C’est une injustice choquante », a déclaré Netanyahu.

« Vous avez criminalisé toutes mes relations. Je n’aurais jamais imaginé qu’il s’agirait de corruption, ici. Ce que vous pouvez constater, c’est Mozes qui agit dans son propre intérêt, et non dans l’intérêt public. »

Tadmor a répété à plusieurs reprises à Netanyahu qu’il s’était coordonné avec Mozes pour faire adopter le projet de loi concernant Israel Hayom, tandis que ce dernier a insisté sur le fait qu’il n’y a pas eu d’accord de ce type et qu’il s’est opposé à cette législation.

Netanyahu a sollicité une grâce auprès du président Isaac Herzog, qui a insisté pour qu’il négocie un accord avec le parquet. Le mois dernier, la chaîne publique Kan a cependant rapporté que Herzog avait « gelé » ses efforts en raison de l’absence de réponse du Premier ministre à cette initiative.

Le bureau du président a répondu que cette information était « inexacte », sans donner davantage de détails.

Cependant, Herzog a reconnu que Netanyahu n’avait pas répondu à sa proposition lorsqu’il l’avait invité à se manifester directement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le président Isaac Herzog lors d’un événement organisé en l’honneur des soldats exceptionnels dans le cadre des célébrations du 75ᵉ anniversaire de l’indépendance d’Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 26 avril 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’offre de Herzog de servir de médiateur dans le cadre d’un accord de négociation de peine pourrait ne plus être d’actualité d’ici peu – puisque le témoignage de Netanyahu devrait bientôt prendre fin. La demande de grâce de Netanyahu repose sur l’argument selon lequel il est dans l’intérêt public que le Premier ministre ne soit pas contraint de passer des journées entières à témoigner devant le tribunal. Toutefois, si Netanyahu n’a plus besoin d’assister aux audiences, cette demande de grâce deviendra caduque, tout comme l’offre de médiation de Herzog.

Le témoignage de Netanyahu, qui a débuté le 10 décembre 2024, a été marqué par de nombreux retards, le Premier ministre demandant fréquemment que les audiences soient annulées ou écourtées.

Son contre-interrogatoire a commencé en juin 2025, soit cinq ans après l’ouverture du procès.

Netanyahu est jugé dans deux autres affaires en plus de l’Affaire 2 000.

En novembre 2025, il a conclu sa déposition dans l’Affaire 1 000, dans laquelle il est soupçonné de fraude et d’abus de confiance pour avoir accepté d’importantes quantités de produits de luxe de la part du magnat hollywoodien Arnon Milchan, en échange de l’aide apportée par le Premier ministre pour l’obtention d’un visa américain de longue durée et pour la fusion des chaînes de télévision Keshet et Reshet.

L’Affaire 4 000, également connue sous le nom d’Affaire Bezeq-Walla, est le dossier le plus grave touchant le Premier ministre. Il y est en effet accusé d’avoir autorisé des réglementations qui avaient bénéficié financièrement à Shaul Elovitch, l’actionnaire principal du géant des télécommunications Bezeq, qui avait ainsi engrangé des centaines de millions de shekels. En retour, Netanyahu aurait profité d’une couverture favorable sur le site d’information Walla, dont Elovitch était également propriétaire.

Netanyahu est le premier Premier ministre en exercice à être jugé en Israël.

Il ne cesse de clamer son innocence et affirme que les poursuites engagées contre lui constituent une chasse aux sorcières et une tentative de coup d’État politique orchestrée par ses adversaires.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

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