Affaire Sarah Halimi : le parquet demande que le caractère antisémite soit retenu
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Affaire Sarah Halimi : le parquet demande que le caractère antisémite soit retenu

Le parquet a fait cette demande au vu de "l'expertise psychiatrique" rendue début septembre

Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)
Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)

Le parquet de Paris a demandé mercredi à la juge chargée de l’enquête sur le meurtre de Sarah Halimi, juive défenestrée en avril à Paris, que le caractère antisémite soit retenu dans cette affaire qui a provoqué une vive émotion, a-t-il indiqué à l’AFP.

Le parquet a fait cette demande au vu de « l’expertise psychiatrique » rendue début septembre et « des premiers éléments de la commission rogatoire remis par les enquêteurs » la semaine dernière, a-t-il précisé.

Dans la nuit du 3 au 4 avril, Kobili Traoré, 27 ans, s’était introduit dans l’appartement de sa voisine, Lucie Attal, aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris d' »Allah Akbar », entrecoupés d’insultes et de versets du Coran, ce jeune musulman l’avait rouée de coups sur le balcon, avant de la défenestrer. « J’ai tué le sheitan » (le démon, en arabe), avait-il hurlé.

Le meurtre de cette ancienne directrice de crèche confessionnelle, juive orthodoxe âgée de 65 ans, a suscité une très vive émotion, notamment dans la communauté juive.

Interné depuis le drame, Kobili Traoré a été mis en examen le 10 juillet pour meurtre, mais la juge d’instruction n’avait pas retenu la circonstance aggravante de l’antisémitisme, suscitant de vives réactions des parties civiles.

L’expertise rendue début septembre concluait, elle, que le trouble psychotique dont souffrait Kobili Traoré, pris d’une « bouffée délirante aiguë » après une forte consommation de cannabis, n’était « pas incompatible avec une dimension antisémite ».

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Le Consistoire, instance représentative du culte juif, avait rapidement réagi, estimant que rien ne s’opposait plus « à ce que le procureur de la République à Paris dépose un réquisitoire supplétif pour rajouter à la mise en examen initiale du prévenu la circonstance aggravante d’antisémitisme ».

« C’est une satisfaction pour la communauté juive et pour la famille de Sarah Halimi, qui va pouvoir commencer à faire son deuil parce qu’elle est reconnue dans ce drame », a commenté auprès de l’AFP le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, réagissant à l’annonce du parquet de Paris.

« C’est une nouvelle importante qui vient de tomber en cette veille du Nouvel an juif », qui commence mercredi soir, a ajouté le responsable de l’instance de représentation politique du judaïsme français.

Francis Kalifat (Crédit : Capture d’écran LCI)
Francis Kalifat (Crédit : Capture d’écran LCI)

Pour le président du Consistoire Joël Mergui, savoir que l’année juive qui vient de s’écouler « a connu un meurtre antisémite en France » est « angoissant ». Mais « c’est réconfortant qu’on nomme bien le mal, que cette barbarie qu’est l’islamisme radical soit bien identifiée pour être mieux combattue », a-t-il dit à l’AFP.

L’affaire Sarah Halimi, un nom qui réveille le souvenir de l’assassinat antisémite d’Ilan Halimi par le « gang des barbares » en 2006, avait pris une tournure politique mi-juillet lorsque le président Emmanuel Macron avait réclamé à la justice « toute la clarté » sur les faits.

Si les actes antisémites ont été pointés en net repli dans le dernier bilan officiel, « les juifs de France sont particulièrement menacés dans la rue, et depuis quelque temps au sein même de leur domicile », selon le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat.

Le Crif a d’ailleurs appelé les autorités « à une vigilance renforcée et à des sanctions exemplaires et dissuasives » après qu’une famille juive a été séquestrée, violentée et détroussée dans la nuit du 7 au 8 septembre à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis.

La présidente du Front national Marine Le Pen s’est félicitée de la demande du parquet que le caractère antisémite soit retenu pour le meurtre de Sarah Halimi, qu’elle a qualifié d' »attentat terroriste ».

« Je ne connais pas le dossier mais, d’après ce que j’en ai lu, ça me paraît évident qu’il s’agit là d’un crime antisémite », a-t-elle déclaré jeudi lors de l’émission « Questions d’info » LCP-franceinfo-Le Monde-AFP.

« Ça fait partie de la longue liste des attentats, car ce sont des attentats terroristes, des attentats dont on nous explique que c’est le fait de ‘déséquilibrés’. C’est la grande mode aujourd’hui, il y a une épidémie de ‘déséquilibrés’. Avant, dans notre pays, les déséquilibrés se prenaient pour la reine d’Angleterre. Aujourd’hui, les ‘déséquilibrés’ vont égorger, jeter par la fenêtre, s’attaquer aux policiers, aux militaires, aux gendarmes… », a ajouté Marine Le Pen.

Elle a « noté » que « la quasi-intégralité des actes antisémites et des agressions dont sont victimes nos compatriotes juifs depuis maintenant des années sont le fait de fondamentalistes islamistes ».

« Il n’est absolument pas imaginable que nos compatriotes juifs vivent avec la peur au ventre et aient le sentiment de ne pas être entendus. Et ils seront entendus lorsque le gouvernement mènera la lutte contre le fondamentalisme islamiste et ne luttera pas seulement contre le terrorisme qui est l’arme, mais contre celui qui tient l’arme, c’est-à-dire l’idéologie », a-t-elle affirmé.

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