Agnès Buzyn continue d’être visée par des attaques antisémites
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Agnès Buzyn continue d’être visée par des attaques antisémites

Un dessin antisémite, représentant l'ancienne ministre de la Santé avec un nez crochu versant du poison dans un puits, a notamment été très partagé

Agnès Buzyn, le 15 mars 2020 à Paris. (Crédit : Julien DE ROSA / POOL / AFP)
Agnès Buzyn, le 15 mars 2020 à Paris. (Crédit : Julien DE ROSA / POOL / AFP)

Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé française, qui a démissionné en février pour se présenter à la mairie de Paris sans succès, est particulièrement visée par des attaques antisémites depuis l’aggravation de l’épidémie de coronavirus en France et à travers le monde.

Agnès Buzyn a ainsi été visée par des propos, vidéos, caricatures ou insultes antisémites sur YouTube, sur des groupes Facebook très suivis, sur des forums populaires et sur Twitter.

Un dessin antisémite, la représentant avec un nez crochu versant du poison dans un puits, a notamment été très partagé. Un message privé sur WhatsApp a également été largement diffusé, désignant Agnès Buzyn et son mari comme responsables de la crise sanitaire.

La vague d’attaques contre l’ancienne ministre « est apparue il y a une semaine, avec d’abord ce complotisme autour d’Agnès Buzyn, qualifiée ‘d’empoisonneuse de puits’ », a déclaré ce lundi sur France inter Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

Plus tôt ce mois-ci, le site Conspiracy Watch avait alerté sur Twitter au sujet d’un message antisémite partagé sur le réseau social près de 700 fois, et liké plus de 1 300 fois.

Le message posté par le média, qui vise à lutter contre la propagation du conspirationnisme sur Internet, répondait à un autre, posté par le compte anonyme d’extrême droite @DutertEtet – depuis désactivé.

@DutertEtet écrivait : « Pendant que Buzyn refusait de fermer les frontières, son mari Lévy empêchait Didier Raoult de publier ses résultats tandis que Jérôme Salomon liquidait notre stock de masques. Mais bon officiellement l’empoisonnement des puits au moment de la peste relève du mythe. »

La publication antisémite accusait ainsi l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, son époux Yves Lévy (ex-PDG de l’Inserm) et Jérôme Salomon, actuel Directeur général du ministère de la Santé, d’avoir permis et favorisé l’épidémie de coronavirus, en tirant un parallèle avec le prétendu « empoisonnement des puits » par les Juifs au Moyen-Âge.

« Il est reproché à A. Buzyn d’avoir ‘refusé de fermer les frontières » (comme si cela avait été de sa compétence) et à J. Salomon d’avoir ‘liquidé notre stock de masques’, ce qui est faux, comme le montre notamment cet article du Monde », a répondu Conspiracy Watch à DutertEtet.

« Quant à Yves Lévy, ‘Dutertetet’ l’accuse d’avoir ‘empêché [l’infectiologue] Didier Raoult de publier ses résultats’. Là encore, c’est faux : D. Raoult a rendu public ses résultats il y a 4 jours, son article est disponible ici », a ajouté Conspiracy Watch.

D’autres messages ont accusé Yves Lévy et Agnès Buzyn de vouloir notamment saper le travail du professeur Didier Raoult sur la chloroquine.

« Encore une belle manip de la juiverie internationale, Lévy et tous ses amis », indiquait un message.

Face à ces attaques antisémites en ligne, le BNVCA a annoncé avoir déposé une douzaine de plaintes auprès du procureur de la République de Paris pour des publications en lien avec le coronavirus.

« Ce serait bien que les enquêtes soient vite engagées, pour identifier et sanctionner leurs auteurs », a déclaré Sammy Ghozlan. Le responsable associatif a également réclamé une meilleure modération sur les réseaux sociaux. « Ils ne modèrent pas du tout. Les fournisseurs devraient faire attention et mieux modérer. Cela encourage les uns et les autres à s’exprimer et à jeter leur venin. Ça se répand vite, tout le monde reçoit et transmet, c’est le virus de la haine anti-juifs. »

Dans un entretien avec le site Conspiracy Watch, le politologue et sociologue Pierre-André Taguieff a expliqué que « dans la mise en accusation d’Agnès Buzyn, d’Yves Lévy et de Jérôme Salomon, dont la commune judéité est soulignée par les caricaturistes, la dénonciation complotiste s’entrecroise avec une incrimination de complicité dans une opération criminelle, dans laquelle on peut voir une forme dérivée de l’accusation de meurtre rituel. Résurgence d’une mentalité archaïque ».

« L’hypothèse selon laquelle, dans les situations d’incertitude et de désarroi, lorsque se propage le sentiment d’une menace et que les explications officielles ne satisfont pas l’opinion, les Juifs sont accusés d’être liés d’une manière ou d’une autre au phénomène qui provoque des peurs, voire des paniques », a-t-il ajouté.

Agnès Buzyn, Yves Lévy et Jérôme Salomon n’ont pas réagi aux attaques portées à leur encontre. L’ancienne ministre de la Santé avait suscité la polémique mi-mars, après avoir affirmé qu’elle avait alerté l’exécutif dès janvier au sujet de la gravité que pouvait représenter le coronavirus.

La communauté juive dans son ensemble et Israël ont également fait l’objet d’accusations de complots selon lesquels ils auraient créé et propagé le coronavirus. Le B’nai B’rith International a d’ailleurs récemment consacré un épisode de podcast à ce sujet.

Comme Pierre-André Taguieff, les responsables de l’organisation interrogés ont considéré que ces théories représentaient une nouvelle forme de diffamation de sang – phénomène antisémite qui accuse les Juifs de meurtres rituels –, qui fait suite à une longue série de complots dans l’histoire. Ils citent ainsi des complots antisémites datant de l’Europe médiévale, du Damas du 19e siècle, de la Russie tsariste du 20e siècle, et de bien d’autres endroits et époques.

En France, parmi ceux qui ont relayé ces complots : le polémiste Dieudonné, qui a accusé la famille juive Rothschild de « profiter de l’épidémie de COVID-19, et les a accusés en filigrane d’avoir commandité une ‘propagande de terreur’ autour du virus afin de remplir leurs propres caisses », a rapporté le MEMRI, Institut de recherche des médias du Moyen-Orient, organisation internationale non gouvernementale de surveillance des médias.

« Le coronavirus va justifier une crise financière par laquelle Rothschild et consorts vont dérober la totalité de l’épargne des moutons », a déclaré l’homme dans une vidéo YouTube.

Dans une autre vidéo publiée la semaine dernière, son acolyte Alain Soral a lui aussi tenu des propos antisémites virulents à l’égard de plusieurs dirigeants français – dont, là encore, Agnès Buzyn et son mari –, les accusant également d’être des « agents du nouvel ordre mondial ».

« Alors que de nombreux citoyens juifs se débattent contre la maladie, dans son discours obscène, Soral persiste à penser que les Juifs détiennent en France ‘le spectacle, la politique, la médecine, l’économie’ », a déclaré le BNVCA dans un communiqué. « Pour appuyer sa démonstration complotiste, il cite les noms de Bauer, Lévy, Buzyn, Hirsch, Guedj, Solomon, Jacob, qu’il qualifie de ‘Liste de Schindler’. De la sorte, il les livre en pâture aux antisémites. Dans son discours anti-juif, reprenant les vieux poncifs néo-nazis, il prétend que les Juifs ‘veulent faire du pognon sur le dos des Français, affaiblir le peuple français par le nombre de morts.’ »

Suite à ces propos, le BNVCA a chargé son conseil maître Baccouche de déposer une nouvelle plainte contre Alain Soral.

« Soral, le délinquant anti-juif récidiviste, a déjà fait l’objet de plusieurs plaintes du BNVCA », a indiqué l’organisation. « Il a plusieurs fois été condamné par les tribunaux, y compris à des peines de prison ferme mais qu’il n’a jamais effectuées. Nous considérons que si notre gouvernement veut véritablement lutter contre l’antisémitisme, il se doit d’obtenir de la justice de ce pays qu’elle fasse exécuter les décisions des tribunaux et mette Soral hors d’état de nuire, en le jetant en prison sans délai, en l’empêchant de diffuser ses insanités anti-juives sur la toile. »

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