Aleksey Burkov, détenu en Israël, nie tout lien avec les renseignements russes
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Aleksey Burkov, détenu en Israël, nie tout lien avec les renseignements russes

Les responsables israéliens pensent que Moscou tente de stopper l'extradition du hacker russe aux Etats-Unis en emprisonnant Naama Issachar

Aleksey Burkov durant une audience du tribunal en Israël. (Capture d'écran : Treizième chaîne)
Aleksey Burkov durant une audience du tribunal en Israël. (Capture d'écran : Treizième chaîne)

Les responsables israéliens ont une conviction croissante : celle qu’une jeune Israélienne arrêtée en possession de 10 grammes de marijuana a été emprisonnée dans le cadre d’une campagne de pression visant à obtenir la libération d’un hacker russe détenu en Israël. Avec une question en suspens : Pourquoi la Russie s’intéresse-t-elle tant au sort qui attend Aleksey Burkov ?

Burkov, spécialiste des technologies de l’information arrêté en Israël en 2015 à la demande d’Interpol, est recherché aux Etats-Unis pour détournement de fonds dans le cadre d’une escroquerie massive au cours de laquelle il aurait volé des millions de dollars aux consommateurs américains.

Son extradition aux Etats-Unis a été approuvée par la Cour suprême israélienne au mois d’août mais la Russie a déposé, elle aussi, une demande d’extradition, et les responsables de Moscou ont réclamé son retour dans le pays de manière répétée.

Il y a eu, ces derniers jours, des informations parues dans les médias israéliens qui ont laissé entendre que les officiels israéliens penseraient qu’il y a un lien entre Burkov et les renseignements russes.

La Treizième chaîne a également rapporté dimanche que cette hypothèse serait la plus partagée parmi les responsables au sein de l’Etat juif – même si elle n’a pas cité de source concernant cette affirmation. Elle a précisé que Burkov pourrait être lié aux efforts livrés par la Russie pour influencer les élections américaines.

Mais Burkov, dans un entretien accordé à la Treizième chaîne, a démenti ces rumeurs croissantes.

« C’est une théorie du complot », a-t-il dit. « Je n’ai rien à voir avec ça. Je ne suis pas un espion. »

« Je ne suis pas intervenu dans les élections américaines et les autorités israéliennes le savent », a-t-il clamé.

« Je n’ai jamais été en contact avec le gouvernement ou les services de renseignement russes », a-t-il poursuivi. « Je n’ai rien à voir avec eux, je n’ai jamais travaillé pour eux et je n’ai aucun lien personnel avec eux. »

Le hacker russe Aleksey Burkov. (Capture d’écran/Kan 11)

Interrogé sur la détermination affichée par la Russie à garantir son retour dans le pays, Burkov a répondu que « les Russes n’abandonnent jamais d’autres Russes et c’est la raison pour laquelle ils se battent pour moi. Je veux croire qu’Israël non plus n’abandonne pas ses citoyens ».

Naama Issachar, 26 ans, avait été appréhendée à Moscou au mois d’avril alors qu’elle revenait d’un voyage en Inde. Une petite quantité de marijuana, une dizaine de grammes, avait été détectée par les chiens de la police dans sa valise alors que son bagage était transféré par les personnels de l’aéroport vers le nouvel avion qu’elle devait prendre à destination de Tel Aviv. Elle a été condamnée vendredi à sept ans et demi de détention pour trafic de drogue présumé, même si elle ne devait pas accéder aux substances illicites avant son retour en Israël.

Les procureurs russes ont affirmé que, parce que le sac d’Issachar avait pénétré dans l’espace aérien russe, avec le stupéfiant à l’intérieur, la présence de la drogue pouvait s’apparenter à du trafic même si la jeune femme n’avait jamais eu l’intention d’entrer en Russie.

L’avocat d’Issachar devrait faire appel contre cette peine de prison dans la semaine à venir, mais la réussite de cette démarche est considérée comme très incertaine.

Dimanche, la chaîne Kan a fait savoir que peu après le feu vert donné à l’extradition de Burkov, les privilèges accordés à Issachar en détention avaient été significativement revus à la baisse – ce qui indique que tandis qu’elle n’avait pas été arrêtée, à l’origine, pour servir de monnaie d’échange, les choses ont bien changé ultérieurement.

Les responsables de Jérusalem estiment que le procès d’Issachar a été politique et qu’il a visé à contraindre Israël à accepter un échange de prisonniers : Burkov contre la jeune femme. La Russie aurait proposé cet échange entre les deux détenus, une offre refusée par l’Etat juif.

Burkov a exprimé dimanche son soutien à « Issachar et à sa famille. La mienne est exactement dans la même situation depuis quatre ans. Naama et moi sommes incarcérés en raison de jeux politiques ».

Il a noté qu’il espérait qu’un échange de prisonniers se mettrait en place.

« J’appelle nos pays et Israël en premier lieu à sortir de ce jeu politique et à procéder à un échange humanitaire de détenus », a-t-il dit.

Naama Issachar est détenue à Moscou ou dans ses environs depuis avril. (Naama Issachar/Instagram via JTA)

S’exprimant devant les caméras de Russia Today, une chaîne russe de télévision financée par le gouvernement russe et largement considérée comme un outil de propagande, Burkov avait affirmé qu’il était « un homme ordinaire », un travailleur free-lance originaire de Saint-Petersbourg qui se trouvait en Israël avec sa petite amie lorsque sa « vie a été bouleversée ». Il a clamé qu’il avait été « piraté » et emmené en détention dans le cadre d’un « plan américain standard ».

Le ministre des Affaires étrangères israélien a convoqué l’ambassadeur russe en Israël, ces derniers jours, pour exprimer la consternation profonde du pays face à la prise en charge du dossier par la Russie, a fait savoir la Douzième chaîne, dimanche. Le ministre de la Justice Amir Ohana a qualifié publiquement la condamnation d’Issachar de « disproportionnée, sans logique, inappropriée ».

Une source diplomatique de haut-rang a fait savoir dimanche que tant que la Russie tentera de prôner un échange de prisonniers, « les Israéliens devront réfléchir à deux fois avant de se rendre en Russie ».

Cet avertissement aux voyageurs se rendant en Russie est survenu alors que le président Reuven Rivlin a supplié Poutine de faire preuve de « miséricorde », réclamant la grâce d’Issachar.

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) et son homologue israélien Reuven Rivlin pendant une rencontre au Kremlin, à Moscou, le 16 mars 2016. (Crédit : AFP PHOTO / POOL / MAXIM SHIPENKOV)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu cultive des liens étroits avec Poutine, le rencontrant de manière fréquente. Mais son appel à l’indulgence lancé à l’homme fort du Kremlin dans le dossier d’Issachar semble avoir été vain.

La mère d’Issachar, Yaffa, a publié dimanche une lettre ouverte en hébreu et en russe adressée à Poutine et relayée par le quotidien Yedioth Ahronoth dans laquelle elle a exprimé l’espoir qu’il prendrait la décision de libérer sa fille dans les prochains jours.

Samedi, Netanyahu a déclaré avoir affirmé à la mère de la jeune prisonnière qu’il « faisait tout » pour garantir que sa fille soit relâchée.

Selon la Douzième chaîne, Netanyahu a appelé Yaffa et lui a demandé de faire en sorte que sa fille garde espoir. Pour sa part, Yaffa a dit au Premier ministre qu’elle pensait que Naama pourrait être libérée « dans les prochains jours » si Israël prenait la bonne décision.

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