Amona : Le secrétaire militaire de Netanyahu réprimandé
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Amona : Le secrétaire militaire de Netanyahu réprimandé

L'opposition a accusé le Premier ministre de tenter de se décharger de sa responsabilité concernant la destruction de bâtiments illégaux érigés dans l'avant-poste illégal

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Benjamin Netanyahu (G) aux côtés de son secrétaire militaire Avi Blot lors d'une réunion du gouvernement le 16 août 2018. (Kobi Gideon/GPO)
Benjamin Netanyahu (G) aux côtés de son secrétaire militaire Avi Blot lors d'une réunion du gouvernement le 16 août 2018. (Kobi Gideon/GPO)

Le chef d’état-major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot a réprimandé vendredi le secrétaire militaire du Premier ministre pour ne pas avoir transmis la décision du gouvernement d’annuler l’expulsion d’un avant-poste illégal en Cisjordanie en début de semaine.

Les députés de l’opposition ont accusé Benjamin Netanyahu de tenter de se décharger de sa responsabilité concernant la destruction de bâtiments illégaux érigés dans l’avant-poste d’Amona et de rejeter la faute sur son secrétaire militaire.

Le Premier ministre s’était également fait étriller par les députés de la droite pour cette expulsion. Peu après le début des critiques, des sources anonymes ont rapporté dans des médias israéliens que le colonel Avi Blot avait reçu l’ordre d’annuler cette expulsion, instruction qu’il n’a pas relayée à temps.

Vendredi, l’armée a indiqué qu’Eizenkot avait abordé le sujet avec Blot.

« Le chef d’état-major a expliqué au colonel Blot qu’il s’était trompé dans sa manière de gérer l’incident et qu’une attitude plus professionnelle était attendue de sa part. À la lumière de cet événement, [Eizenkot] a décidé de le réprimander officiellement, » a déclaré l’armée dans un communiqué.

« L’officier a fait une erreur en ne transmettant pas l’ordre du Premier ministre en temps voulu aux militaires de Tsahal concernés. L’officier a reconnu son erreur, » ajoute l’armée.

(De gauche à droite) Le leader d’Amona Avichai Boaron, le président du conseil régional de Binyamin Yisrael Gantz, le député de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich et le chef du conseil régional de Samarie Yossi Dagan devant une nouvelle caravane qui a été installée sur la colline de l’avant-poste illégal d’Amona, le 14 décembre 2018 (Crédit : Conseil régional de Binyamin)

Des responsables politiques de droite et de gauche ont accusé Benjamin Netanyahu d’avoir fait de Blot un bouc-émissaire.

« La volonté scandaleuse du Premier ministre de rejeter la faute sur son secrétaire militaire… n’est rien de moins qu’une ignominie, » a écrit sur Facebook Avigdor Liberman, ancien ministre de la Défense et actuel chef du parti de droite Yisrael Beytenu.

« Cela ne peut être considéré que comme une fuite de ses responsabilités et comme une tentative désespérée de trouver un bouc-émissaire, » a-t-il ajouté.

Liberman a souligné que Blot avait grandi dans une implantation, avait étudié dans une prépa militaire en Cisjordanie et qu’il fut le commandant de la brigade Judée stationnée à Hébron, ce qui, d’après lui, « rend impossible le fait de l’accuser de l’échec » de l’évacuation d’Amona.

La réaction de Yair Lapid, le leader du parti centriste Yesh Atid, fait écho aux critiques de Liberman.

« C’est lui le Premier ministre et le ministre de la Défense et c’est lui qui a ordonné l’évacuation d’Amona, » a-t-il écrit lundi sur Twitter.

« Ses efforts pour fuir ses responsabilités au détriment de son secrétaire militaire est typique de Benyamin Netanyahou, mais c’est éhonté, même pour lui, » ajoute-t-il.

La responsable du parti de gauche Meretz, la députée Tamar Zandberg, a, elle, déclaré que le Premier ministre « était terrifié par les milices de jeune qui y règnent et était prêt à sacrifier son secrétaire militaire pour les calmer. »

La police des frontières évacue plusieurs centaines de jeunes des implantations qui s’étaient réfugiés dans deux mobile-homes installés illégalement dans l’avant-poste d’Amona, le 3 janvier 2018. (Conseil régional de Binyamin)

Les responsables d’implantations se sont montrés eux aussi sceptiques quant à la responsabilité du secrétaire militaire, se demandant si Benjamin Netanyahu avait vraiment ordonné l’évacuation ou s’il tentait juste de calmer les critiques venues de la droite.

L’évacuation survenue jeudi matin a fait des dizaines de blessés, les jeunes d’extrême droite s’étant opposés aux forces de sécurité à leur arrivée tôt dans la matinée en application d’une décision d’un tribunal de Jérusalem de retirer les caravanes installées sur le site d’un ancien avant-poste évacué. Cette intervention a été fortement dénoncée par des responsables de droite et d’implantations, parmi lesquels certains ont pointé Benjamin Netanyahu du doigt.

Les raisons pour lesquelles l’armée n’a pas pu faire demi-tour ne sont pas claires. Les témoignages anonymes ne précisaient pas pourquoi le Premier ministre n’a pas dit qu’il avait décidé mercredi soir que les caravanes ne devaient pas être évacuées finalement.

D’après Hadashot, le premier à avoir relayé l’information, Benjamin Netanyahu a ordonné à Eizenkot de convoquer Blot suite à cette pagaille.

Mercredi soir, environ 300 « jeunes des Collines » avaient convergé vers les caravanes installées dans l’illégalité sur une colline de Cisjordanie, où se trouvait jadis l’avant-poste d’Amona.

Des résidents d’implantations installent deux caravanes sur le sommet de la colline où se trouvait l’avant-poste illégal d’Amona le 13 décembre 2018. (Bezalel Smotrich/Twitter)

Les policiers des frontières chargés de l’évacuation se sont heurtés aux émeutiers qui ont lancé des pierres, brûlé des pneus et lancé des barres de fer. Au terme de l’évacuation qui a duré trois heures, 23 policiers avaient été blessés, principalement par des pierres lancées par les militants d’extrême droite, et au moins quatre adolescents avaient été blessés dans les affrontements, selon la police. Un officier a été poignardé à la main par un objet pointu brandi par l’un des manifestants adolescents. Un jeune manifestant a été blessé par une pierre lancée par un de ses pairs. Les blessés ont tous été conduits à l’hôpital le plus proche.

De leur côté, les jeunes émeutiers ont accusé la police des frontières d’employer une force excessive pour les évacuer de la colline du centre de la Cisjordanie. Les images de la scène montrent les manifestants toussant abondamment après que les policiers ont pulvérisé du gaz lacrymogène à l’intérieur et à l’extérieur des caravanes.

Au total, quatre adolescents ont été blessés dans ces affrontements. La police des frontières précise que l’un des jeunes a été blessé par une pierre lancée par un des siens.

L’ensemble des 27 blessés sont sortis de l’hôpital après avoir été soignés pour des blessures mineures.

Les deux maisons mobiles avaient été installées pendant la nuit du 14 décembre par un certain nombre de dirigeants des implantations, qui affirmaient que les terres sur lesquelles elles avaient été placées avaient été légalement achetées aux premiers propriétaires fonciers palestiniens.

Cependant, ils n’ont pas coordonné l’installation avec les organes de l’État et n’ont pas obtenu les autorisations nécessaires pour ce faire. Le quotidien Haaretz a rapporté mercredi que des problèmes juridiques considérables étaient liés à l’achat présumé.

La localité avait été créée en 1995 et démolie en février 2017 après que la Cour suprême de justice a statué qu’elle avait été construite sur des terres privées palestiniennes.

En mars dernier, ses évacués se sont installés à Amichai, la première implantation nouvellement construite en Cisjordanie en plus de 25 ans. La localité est située juste à l’est de l’implantation de Shiloh, dans le centre de la Cisjordanie.

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