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Amos Gilad : Smotrich à la Défense serait « une catastrophe majeure »

Selon l'ex-responsable de la sécurité, le chef de HaTzionout HaDatit pourrait chambouler la situation dans le nord de la Cisjordanie

Amos Gilad, ancien haut responsable de la Défense, s'exprime à une conférence au Centre interdisciplinaire à Herzliya,  le 9 mai 2018. (Crédit : Gilad Kavalerchik/ Herzliya Conference)
Amos Gilad, ancien haut responsable de la Défense, s'exprime à une conférence au Centre interdisciplinaire à Herzliya, le 9 mai 2018. (Crédit : Gilad Kavalerchik/ Herzliya Conference)

Un ancien responsable militaire et de la Défense a indiqué, samedi, qu’il craignait « une catastrophe majeure » si le chef de HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, était nommé ministre de la Défense.

Le prochain Premier ministre Benjamin Netanyahu réfléchirait à plusieurs candidats pour ce portefeuille déterminant, et notamment à Smotrich, au leader du Shas, Aryeh Deri, et au législateur Yoav Gallant du Likud, qui a été à la tête du Commandement du sud de l’armée israélienne dans le passé.

Le général Amos Gilad, ancien responsable de l’administration des renseignements militaires et ancien officiel du ministère de la Défense, a dit être inquiet de la réelle aptitude de Smotrich à occuper une telle fonction en raison de « son idéologie » et de son activisme d’extrême-droite.

« Cet homme a été arrêté alors qu’il tentait de mettre le feu sur l’autoroute d’Ayalon ou pour d’autres attaques terroristes », a-t-il déclaré lors d’une conférence à Beer Sheva, se référant à des accusations qui avaient laissé entendre que le député avait prévu d’attaquer des automobilistes israéliens sur une artère majeure pour protester contre le désengagement de la bande de Gaza en 2005.

« Smotrich ne peut pas se renier : c’est un homme qui est qui il est. Il ne peut pas rejeter les cercles dont il est issu. S’il bouleverse l’équilibre fragile en Samarie, il bouleversera les relations avec la région. Et c’est exactement ce que veut le leader du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar », a averti Gilad, se référant au nord de la Cisjordanie où se sont multipliés, l’année passée, les heurts entre les troupes israéliennes et les Palestiniens.

Il a ajouté que « si Smotrich met en œuvre son idéologie, je m’attends à une catastrophe majeure ».

Smotrich avait été arrêté pendant des mouvements de protestation qui avaient dénoncé le retrait d’Israël de la bande de Gaza, en 2005. Il avait été placé en détention par les services de sécurité du Shin Bet pendant trois semaines, utilisant son droit à garder le silence et refusant de coopérer avec les enquêteurs. Smotrich avait indiqué être « fier » de cette arrestation et de ces mises en cause.

En 2019, l’ancien numéro deux du Shin Bet, Yitzhak, avait déclaré que Smotrich avait prévu de bloquer des artères de circulation majeures et d’endommager des infrastructures pour protester contre ce retrait. Il avait fait partie d’une cellule de cinq personnes qui avaient été arrêtées pour avoir, semble-t-il, fomenté des attentats. Le groupe avait notamment 700 litres de gasoil en sa possession, avait fait savoir le quotidien Yedioth Ahronoth. Finalement, Smotrich avait été libéré sans qu’aucune mise en examen ne soit prononcée à son encontre.

Dvir Kariv, qui était un agent du Shin Bet à l’époque, a raconté devant les caméras de la Douzième chaîne, vendredi, que les autorités israéliennes n’étaient jamais parvenues à poursuivre Smotrich et ses collaborateurs parce que le Shin Bet se refusait à citer ses sources. Toutefois, il a ajouté que « si le projet [de Smotrich et des siens] s’était réalisé, il aurait entraîné un véritable chaos dans l’État ».

Smotrich pourrait probablement être l’un des politiciens les plus à droite à s’emparer du ministère de la Défense – il ne s’oppose pas seulement à la création d’un État palestinien, comme ça a pu être le cas également de certains de ses prédécesseurs, mais il soutient aussi l’annexion de la Cisjordanie et la dissolution de l’Administration civile, au sein du ministère de la Défense, qui est responsable des politiques en direction des civils sur le territoire. Il est défavorable à l’octroi de l’égalité des droits aux Palestiniens qui vivent en Cisjordanie.

Smotrich s’oppose aussi aux initiatives visant à intégrer un plus grand nombre de femmes dans les unités militaires de combat.

Le chef du parti HaTzionout HaDatit Bezalel Smotrich prennant la parole à la Knesset lors d’une cérémonie commémorative marquant les 27 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, à Jérusalem, le 6 novembre 2022. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Les analystes ont noté que le président de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, était aussi considéré comme un partisan de la ligne dure qui avait finalement renoncé à faire appliquer un grand nombre de ses propositions les plus radicales quand il avait pris le poste de ministre de la Défense. Toutefois, les motivations de Smotrich semblent bien plus fortes que celles de Liberman qui s’aligne davantage dorénavant sur le bloc de partis politiques qui soutiennent une solution à deux États.

Gilad n’est pas le seul ancien responsable militaire à mettre en garde contre cette nomination possible. L’ex-chef d’état-major Gadi Eisenkot, qui vient d’être élu député, a fait savoir que nommer Smotrich à cette fonction délicate serait un « risque » au vu de la radicalité du leader de HaTzionout HaDatit et de son manque d’expérience dans le domaine de la sécurité.

Eisenkot, qui a été élu à la Knesset sous l’étiquette de HaMahane HaMamlahti, a dit à la Douzième chaîne que « la vision du monde de Smotrich est très problématique – en ce qui concerne les femmes au sein de l’armée, les territoires, l’Autorité palestinienne… Ce sont des points de vue susceptibles d’entraîner un environnement chaotique ».

L’ancien chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot s’exprimant lors d’une conférence à l’université Reichman, à Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Eisenkot a ajouté que si le député d’extrême-droite et le numéro deux de sa faction, Itamar Ben Gvir — l’un des principaux candidats au poste de ministre de la Sécurité intérieure – « ont l’intention de mettre en pratique ce qu’ils disent, ce sera une période très difficile pour l’État d’Israël ».

Eisenkot a noté qu’il était inquiet « du manque d’humilité » de Ben Gvir et « de la possibilité qu’il ne tire tous azimuts sans compréhension préalable des enjeux ».

Eisenkot a remarqué que Smotrich n’avait pas l’expérience militaire pour être ministre de la Défense – son service avait été reporté parce qu’il faisait des études dans une yeshiva et il avait ensuite intégré une faculté de droit. Il n’avait passé qu’une courte période au sein de Tsahal.

Le leader de HaTzionout HaDatit Smotrich arrive pour des pourparlers de coalition dans un hôtel de Jérusalem, le 9 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Smotrich s’est aussi qualifié « d’homophobe fier de l’être » et il avait organisé une « marche des animaux » pour protester contre la marche des fiertés, à Jérusalem – il a depuis exprimé ses regrets pour avoir adopté de tels positionnements. Il a aussi qualifié le Judaïsme réformé – le Judaïsme pratiqué par la majorité des Juifs américains – de « fausse religion ».

La Douzième chaîne a diffusé, vendredi, un sondage qui a révélé que seulement 8 % des Israéliens désiraient que Smotrich devienne ministre de la Défense, contre 29 % qui ont indiqué préférer que Gallant ou Yossi Cohen soient nommés au poste, les deux hommes arrivant à égalité.

La Douzième chaîne n’a pas précisé le nombre de citoyens interrogés et elle n’a pas fait part de la méthodologie employée ou de sa marge d’erreur.

La chaîne a aussi dit – même si elle n’a pas cité ses sources – que Netanyahu réfléchissait aussi à désigner Deri à la Défense, le chef du Likud considérant que le président du Shas est un homme expérimenté et avisé.

Selon un reportage diffusé par la Treizième chaîne et qui n’a pas cité ses sources, il est toutefois improbable que Smotrich obtienne ce portefeuille et il aurait demandé à être nommé ministre des Finances s’il devait être écarté de la Défense.

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