Annexion, Iran, armes ? Ce qu’Israël peut demander à Trump avant son départ
Rechercher
Analyse

Annexion, Iran, armes ? Ce qu’Israël peut demander à Trump avant son départ

Obama a laissé voter le Conseil de sécurité de l'ONU contre les implantations juste avant de partir ; mais Jérusalem peut espérer un cadeau d'adieu de la part du président sortant

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président américain Donald Trump, (à droite), regarde le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) lors d'un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, au cours duquel Trump a dévoilé sa vision "de la paix à la prospérité" dans le cadre d'un accord israélo-palestinien. (AP/Susan Walsh)
Le président américain Donald Trump, (à droite), regarde le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) lors d'un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, au cours duquel Trump a dévoilé sa vision "de la paix à la prospérité" dans le cadre d'un accord israélo-palestinien. (AP/Susan Walsh)

Beaucoup de choses peuvent être faites en l’espace de 72 jours. Et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a probablement déjà commencé à réfléchir à ce qu’il aimerait demander au président américain sortant Donald Trump avant que Joe Biden n’emménage à la Maison Blanche le 20 janvier 2021.

Pour le gouvernement israélien, l’administration Trump aura été un cadeau permanent : en quatre ans seulement, elle s’est retirée de l’accord nucléaire de 2015, a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem, a coupé toute aide aux Palestiniens, a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan, a affirmé la légalité des implantations israéliennes en Cisjordanie et a approuvé leur annexion par Israël.

Que pourrait demander d’autre Israël à une administration qui a déjà donné à Israël à peu près tout ce qu’il avait toujours voulu ?

Beaucoup, en fait. Selon des analystes israéliens et américains, la liste des souhaits de Jérusalem comprend un soutien explicite à l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie, une augmentation de l’aide à la défense, y compris des armements avancés, des sanctions plus sévères contre l’Iran et une intensification de la pression sur les États arabes pour qu’ils normalisent leurs relations avec Israël.

Netanyahu pourrait également utiliser les 10 semaines restantes pour accélérer le rythme de la construction en Cisjordanie (avant qu’une administration Biden ne lui demande probablement de geler ou au moins de ralentir l’expansion des implantations) ou intensifier les attaques militaires contre des cibles iraniennes en Syrie et au Liban.

On suppose qu’Israël ne prendrait pas de mesures drastiques – telles que l’application unilatérale de la souveraineté sur certaines parties de la Cisjordanie – sans la bénédiction de Trump, mais ses collaborateurs peuvent être désireux de faire avancer leur programme au Moyen-Orient avant de quitter leurs fonctions – et leurs objectifs politiques recoupent souvent ceux d’Israël.

« Nous avons été élus pour quatre ans – nous sommes là pour travailler, et nous avons l’intention d’utiliser ce temps jusqu’à la dernière minute », a assuré lundi un responsable de l’administration américaine à la chaîne Kan. « Nous avons pas mal de choses à faire avec Israël et pour Israël – et nous allons continuer le travail ».

On ignore comment Trump utilisera le temps qu’il lui reste pour prendre des mesures draconiennes qui seraient en contradiction avec les positions du nouveau président (Biden est opposé à l’annexion et voudrait revenir à l’accord avec l’Iran).

Mais tout est possible, a souligné Eytan Gilboa, un expert de la politique américaine et des relations américano-israéliennes à l’université Bar-Ilan. « C’est une tradition américaine que les présidents sur le départ ne prennent généralement pas de nouvelles initiatives audacieuses dans les périodes de transition », a-t-il indiqué au Times of Israel dimanche.

« Toutefois, [l’ancien président américain Barack] Obama a enfreint cette règle en décembre 2016, lorsqu’il a lancé la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui déclarait illégales les implantations. Trump était le président élu et Obama et [son vice-président] Biden savaient que Trump s’opposait à la résolution. Biden ne peut donc plus soutenir que Trump ne devrait pas initier de mouvements auxquels il s’oppose. Trump a toute l’autorité nécessaire pour faire ce qu’il veut en tant que président. Et, étant aussi imprévisible que possible, il peut faire plus que ce qui est habituellement acceptable ».

L’ambassadrice américaine Samantha Power signale l’abstention de son pays lors du vote du Conseil de sécurité sur la résolution 2334, le 23 décembre 2016. (UN Photo/Evan Schneider)

Ne pas revenir à l’accord avec l’Iran

Selon Axios, l’administration Trump prévoit un assaut de nouvelles sanctions contre l’Iran en raison de son programme de missiles balistiques, de l’assistance aux groupes terroristes et des violations des droits humains.

« L’objectif est d’appliquer autant de sanctions que possible à l’Iran jusqu’au 20 janvier », a fait savoir une source israélienne informée du plan au site web.

Le député Uzi Dayan, général à la retraite de l’armée israélienne, a préconisé que la première priorité de Netanyahu devrait être de trouver un moyen de rendre permanente la sortie des Etats-Unis de l’accord avec l’Iran.

« Nous devons sceller, autant que possible, le non-retour de l’Amérique au précédent accord sur l’Iran », a-t-il déclaré au Times of Israel. Il n’a pas pu dire exactement comment le faire, mais il a suggéré une sorte de déclaration présidentielle qui rendrait plus difficile pour l’administration Biden de relancer l’accord bancal.

Mark Dubowitz, le directeur du groupe de réflexion Foundation for Defence of Democracies, basé à Washington DC, estime que la chose la plus importante que le Premier ministre puisse demander à l’administration sortante est de continuer à sanctionner la majeure partie de l’économie iranienne qui soutient le terrorisme et le Corps des Gardiens de la Révolution iraniens.

« Cela permettra non seulement d’accroître l’influence de M. Biden lorsqu’il entrera en fonction, mais aussi de renforcer le mur de sanctions du marché et la dissuasion politique. Ce mur de sanctions rendra plus difficile pour Biden de simplement réintégrer le JCPOA », a-t-il expliqué, en utilisant le nom officiel de l’accord avec l’Iran.

Le président américain Donald Trump signe des « sanctions sévères » contre le Guide suprême de l’Iran, en compagnie du vice-président américain Mike Pence(D) et du secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin à la Maison Blanche le 24 juin 2019. (MANDEL NGAN / AFP)

D’autres accords de normalisation

Plusieurs responsables politiques israéliens de droite ont indiqué qu’ils espéraient que la Maison Blanche de Trump donnerait le feu vert à Israël pour annexer des parties de la Cisjordanie, comme la vallée du Jourdain.

Mais la plupart des analystes considèrent ces idées comme des vœux pieux. L’une des plus grandes réalisations de l’administration en matière de politique étrangère a été la négociation des accords dits d’Abraham, qui ont été rendus possibles par le fait que Jérusalem et Washington ont accepté de suspendre le plan d’annexion de Netanyahu.

« L’annexion n’aura pas lieu », a confirmé M. Dubowitz, qui est actuellement en visite en Israël.

Ce qui pourrait être un cadeau d’adieu intéressant de la part de Trump est une « option de plan de paiement différé » qui permettrait à Israël d’accéder dès maintenant à l’aide militaire destinée aux années à venir, a-t-il dit.

« Cela pourrait permettre à Israël de signer de nouveaux contrats pour des plateformes d’armement avancées qu’il ne peut actuellement pas se permettre », explique l’analyste. « Une autre idée est d’augmenter les systèmes de défense américains et les munitions prévus pour Israël. Israël pourrait alors y avoir accès en cas d’urgence. Il s’agirait de munitions, mais aussi du Dôme de fer ou de la Fronde de David ou peut-être des intercepteurs Tamir et Stunner ».

Essais d’interception du système de défense aérienne de la Fronde de David, le 19 mars 2019. (Ministère de la Défense)

Gilboa, l’expert de l’Université Bar-Ilan, soutient que la demande la plus importante de Netanyahu auprès de l’administration sortante devrait être de faire pression sur d’autres États arabes pour qu’ils rejoignent les accords d’Abraham. Il estime que puisque Biden cherchera à renouer le dialogue avec l’Iran, il est « susceptible de mettre fin à l’allégeance stratégique arabo-israélienne », puisque les Etats-Unis ne peuvent pas courtiser l’Iran tout en continuant à renforcer les adversaires régionaux de Téhéran.

« Israël devrait faire pression pour que de nouveaux membres de l’alliance anti-iranienne soient admis avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il conseillé.

D’autres pensent que Donald Trump ne se lancera dans aucune initiative majeure de politique étrangère au cours des dernières semaines de son mandat.

« Un élu sur le départ peut faire plus de dégâts que de bien », a estimé Danny Ayalon, ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis. Israël devrait donc réduire ses attentes, a-t-il suggéré.

« Ce que Netanyahu peut demander, ce sont des choses pratiques. Peut-être plus d’aide militaire, quelques systèmes de défense supplémentaires ou des équipements spécifiques, tels que des bombes anti-bunker. Mais rien en termes de politique à long-terme ou de changement de paradigme stratégique ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...