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Bien qu’en queue de cortège, le RN trouve du soutien, y compris dans la communauté juive

Une poignée de militants de l'organisation juive de gauche Golem a bien tenté de s'opposer à sa présence, avant d'être rapidement contenue par la police

Marine Le Pen et Jordan Bardella, du Rassemblement national, à la March contre l'antisémitisme à Paris, le 12 novembre 2023. (Crédit : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)
Marine Le Pen et Jordan Bardella, du Rassemblement national, à la March contre l'antisémitisme à Paris, le 12 novembre 2023. (Crédit : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)

Ramenés toute la semaine à leurs racines antisémites, les chefs de file de l’extrême droite française ont participé sans état d’âme à la « grande marche civique » dimanche à Paris, forts du soutien de nombreux sympathisants, y compris au sein de la communauté juive.

« Nous sommes exactement là où nous devons être », a lancé Marine Le Pen, au milieu de la foule compacte massée sur l’esplanade des Invalides.

Elle a reçu un soutien inattendu d’Edouard Philippe, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron qui, tout en combattant le RN, ne fait « pas le tri des bonnes volontés qui veulent lutter contre l’antisémitisme ».

Peu ont osé contredire la cheffe de file du Rassemblement national (RN). Une poignée de militants de l’organisation juive de gauche Golem a bien tenté de s’opposer à sa présence, avant d’être rapidement contenue par la police.

Certes, Jean-Marie Le Pen, cofondateur du RN, « a tenu des propos antisémites », mais « il faut passer à autre chose », juge Muriel, une affiche « je suis juif » attachée autour du cou, mais « Française avant tout ».

Un groupe de contre-manifestants de l’organisation juive de gauche Golem tente d’empêcher leRassemblement national (RN) de participer à une manifestation contre l’antisémitisme à Paris, le 12 novembre 2023. (Crédit : Geoffroy Van der Hasselt / AFP)

Même état d’esprit chez Arnaud, 40 ans, militant chez Reconquête, « un parti dirigé par des juifs », dont le leader Eric Zemmour était aussi présent au départ du cortège parisien.

« On aurait aimé défiler avec les autres partis », ajoute le quadragénaire, qui fait fi des condamnations du fondateur pour provocation à la haine et soutient que « si on était antisémite, il n’y aurait pas beaucoup de gens chez nous ».

Les responsables socialistes, communistes et écologistes ont eux voulu créer un « cordon républicain » pour séparer l’extrême-droite du reste des manifestants, à défaut d’avoir pu empêcher sa présence.

De la « petite politique politicienne » pour la patronne des députés RN, qui a paradé tout sourire avec ses troupes, écharpes tricolores en bandoulière.

L’écrivain, artiste et militant des droits de l’homme français d’origine polonaise Marek Halter (4eD) et des représentants officiels défilent sous une banderole intitulée « Nous marchons contre l’antisémitisme », à Paris, le 12 novembre 2023. (Crédit : Geoffroy Van der Hasselt / AFP)

Glissement vers la droite

De fait, les lignes ont bougé, y compris dans la communauté juive. « De gauche à la base », Yossi, 47 ans, s’est détournée d’une famille politique « tombée dans la compromission, jusqu’à l’antisémitisme » et dit avoir « glissé vers la droite »

Cet éducateur spécialisé qui, comme beaucoup d’autres ne veut donner que son prénom, considère désormais que « le RN met les vrais mots sur les choses », davantage qu’un Emmanuel Macron qu’il a soutenu en 2022 et dont il a aujourd’hui « honte en l’écoutant ».

Plus radical, Laurent, 33 ans, observe qu' »un clivage s’est créé » vis-à-vis de la gauche, qui est selon lui « avec les islamistes ». « Nous les feuj, on est avec Le Pen et Zemmour », poursuit ce salarié dans le prêt-à-porter, qui « n’aurai(t) jamais cru en tant que Juif être contre la gauche et soutenu par l’extrême droite ».

Mireille Knoll, 85 ans, une survivante de la Shoah qui a été retrouvée assassinée dans son appartement parisien, en mars 2018. (Autorisation)

Qu’importe s’ils étaient relégués en queue de cortège, la participation des partis d’extrême droite était en soi un événement alors qu’il y a cinq ans, Mme Le Pen devait quitter sous les invectives une marche dans la capitale en mémoire de Mireille Knoll, octogénaire juive assassinée à son domicile.

L’an dernier encore, les institutions juives appelaient à voter contre elle à la présidentielle, la qualifiant de « péril pour la cohésion de la population » et la renvoyant aux positions de son parti « contraire aux valeurs républicaines ».

Cette fois-ci, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avait de nouveau fait savoir qu’il ne souhaitait pas la participation dimanche de l’extrême droite.

Rappel d’une histoire marquée par les provocations – et les condamnations – de son père Jean-Marie Le Pen, ressassées toute la semaine par ses détracteurs. « Des mots maladroits », estime Christine, retraitée de 71 ans qui déplore cette façon de « faire passer le RN pour un parti anti-juifs » alors que « nous ne l’avons jamais été ».

En 1958, le jeune député Jean-Marie Le Pen lance à l’ancien chef du gouvernement Pierre Mendès France: « Vous n’ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques ».

Celui qui fut condamné à la fin des années 60 pour apologie de crime de guerre après avoir édité un disque de chants du IIIe Reich s’était par ailleurs entouré d’un ancien Waffen-SS, Pierre Bousquet, pour fonder en 1972 le Front national qu’il a présidé jusqu’en 2011.

Entre temps, il avait estimé que l’Occupation allemande entre 1940 et 1944 « n’avait pas été particulièrement inhumaine », fait un jeu de mot avec le nom du ministre Michel Durafour (« …crématoire! »), s’était affiché aux côtés de Dieudonné et promis une prochaine « fournée » au chanteur Patrick Bruel.

En 2019, le multi-condamné Jean-Marie Le Pen résumait encore dans ses Mémoires (éd. Muller) : « L’antisémitisme garantit l’homogénéité du groupe juif, les sionistes le savent ».

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