Après la chute de son dictateur, le Soudan appelle les émigrés juifs à revenir
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Après la chute de son dictateur, le Soudan appelle les émigrés juifs à revenir

Le nouveau ministre des Affaires religieuses a évoqué la "pluralité des idées" dans le pays, ajoutant que les Juifs pouvaient revenir "grâce à leur droit de citoyen"

Nasr-Eddin Mofarah, nouveau ministre des Affaires religieuses, parle devant les caméras de la chaîne saoudienne Al Arabiya, le 6 septembre 2019 (Capture d'écran: MEMRI)
Nasr-Eddin Mofarah, nouveau ministre des Affaires religieuses, parle devant les caméras de la chaîne saoudienne Al Arabiya, le 6 septembre 2019 (Capture d'écran: MEMRI)

Le nouveau ministre soudanais des Affaires religieuses a appelé les Juifs qui vivaient dans le pays par le passé à y revenir après la chute d’Omar al-Bashir, son dirigeant de longue date.

« Le Soudan est pluraliste dans ses opinions, pluraliste dans sa culture, dans ses idéologies, dans ses sectes religieuses islamiques et même dans ses religions. Il y a l’islam, le christianisme et une minorité qui suit la religion juive », a déclaré Nasr-Eddin Mofarah à la chaîne saoudienne Al Arabiya au cours d’un entretien diffusé vendredi.

« Il est possible qu’ils [les membres de la minorité] aient quitté le pays, et aujourd’hui, nous désirons leur lancer un appel, qu’ils reviennent dans ce pays en vertu de leurs droits relevant de leur citoyenneté et de leur nationalité. Parce que dans ce pays, le Soudan, et ce tant qu’il y aura un gouvernement civil, la base de la nationalité est constituée de droits et de devoirs », a-t-il ajouté.

Il ne resterait que quelques Juifs au Soudan, un pays qui, à son apogée, avait une communauté juive d’environ 1 000 personnes.

Mais la création d’Israël, en 1948, et une série de guerres israélo-arabes, avait rendu la vie quotidienne difficile pour de nombreux Juifs du Soudan. Des manifestations anti-israéliennes avaient éclaté, et la rhétorique était parfois antisémite – attirant la suspicion, la haine et l’intimidation.

La nationalisation des grandes entreprises, au début des années 1970, avait encore fait douter davantage les Juifs d’un avenir possible dans le pays. Se sentant menacés et dans l’incertitude, la majorité d’entre eux avait finalement décidé de partir aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Suisse ou en Israël, abandonnant leur foyer, leur commerce, leurs amis et leur richesse.

Sur cette photo non datée, des invités à une soirée organisée au domicile de Habib Cohen (au centre) qui avait été régulièrement le président de la communauté juive de Khartoum. De nombreux Juifs soudanais avaient des relations chaleureuses avec leurs voisins musulmans et chrétiens, ils se rendaient visite les uns les autres durant les événements sociaux et les fêtes (Autorisation : Vivien Gilliard, Tales of Jewish Sudan, via AP)

Dans un entretien accordé vendredi à la chaîne soudanaise 24 TV, l’écrivain soudanais Haidar Al-Mukashafi a expliqué que le lien entretenu par la communauté juive et le Soudan était « très ancien » et qu’il remontait probablement à 1 000 ans en arrière.

Il a également dit, selon une traduction de ses propos réalisée par le MEMRI (Middle East Media Research Institute), qu’une rumeur circulant dans la ville de Merowe laissait entendre que le Premier ministre Benjamin Netanyahu était, en fait, originaire du Soudan.

« Il y a une rumeur qui dit que Benjamin Netanyahu est né et qu’il a grandi au Soudan. On dit qu’il est né dans la ville de Nuri, dans l’État du nord du pays, et qu’il y a grandi. De toute manière, c’est là la preuve qu’il y a eu une présence juive – au moins à Merowe, », d’après Mukashafi.

Concernant le retour potentiel des Juifs soudanais dans le pays, il estime qu’ils ont peu de raisons de revenir.

« Le pays les a rejetés », a-t-il ajouté. « Ils n’ont aucune raison de revenir à moins qu’il y ait des réformes dans le pays et des incitations pour les Juifs ou non-Juifs soudanais ».

Sur cette photo datant de 1950 et fournie par Tales of Jewish Sudan, un mariage juif a lieu à la synagogue de Khartoum, au Soudan. Centre de la vie religieuse juive, la synagogue a été construite en 1926 au centre-ville de Khartoum, remplaçant une synagogue plus ancienne et plus petite. Le bâtiment a été vendu en 1987 après le départ de la majorité des Juifs soudanais du pays et il abrite actuellement une banque (Autorisation : Flore Eleini, Tales of Jewish Sudan, via AP)

Les propos de Mofarah et de Mukashafi surviennent alors que le Soudan fait sa transition politique vers la gouvernance civile à la suite des manifestations organisées dans tout le pays ayant entraîné la chute du dictateur al-Bashir.

Le premier cabinet du pays depuis le départ de l’autocrate a été intronisé dimanche.

Comprenant quatre femmes, le cabinet de 18 membres dirigé par le Premier ministre Abdalla Hamdok a prêté serment au palais présidentiel de Khartoum, a fait savoir un correspondant de l’AFP. Il devrait prendre en charge les affaires courantes du pays pendant une période transitoire de 39 mois.

Ce cabinet a été formé après la mise en place d’un « conseil souverain » au Soudan – instance civile et militaire dont la mission est de superviser la transition.

Le conseil souverain lui-même est le résultat d’un accord de partage du pouvoir conclu entre les manifestants et les généraux qui avaient pris le pouvoir après la destitution de Bashir, au mois d’avril.

Les membres du cabinet soudanais posent pour une photo avec le nouveau Premier ministre Abdalla Hamdok (5ème à gauche) après avoir prêté serment au palais présidentiel dans la capitale de Khartoum, le 8 septembre 2019 (Crédit : Ebrahim Hamid/AFP)

Le cabinet de Hamdok, qui compte la toute première femme ministre des Affaires étrangères du pays, devrait aider le Soudan à traverser des défis faramineux – avec notamment la fin nécessaire des conflits internes dans les trois régions. Le nouveau cabinet devrait également lutter contre la corruption et démanteler l’État islamique, qui s’est profondément ancré dans la région, créé sous Bashir.

Le président soudanais Omar al-Bashir prononce un discours au palais présidentiel dans la capitale Khartoum le 3 janvier 2019. (Ashraf Shazly/AFP)

Bashir avait pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat soutenu par les islamistes, en 1989, gouvernant le Soudan d’une main de fer pendant trois décennies.

C’est une situation économique qui ne cessait d’empirer qui aura entraîné la chute de Bashir, actuellement traduit devant la justice pour des acquisitions illégales et l’utilisation de fonds étrangers.

Premier défi à relever pour le nouveau gouvernement : la nécessaire redynamisation d’une économie très mal en point.

Selon des médecins liés au mouvement de protestation-cadre qui avait entraîné le départ de Bashir, plus de 250 personnes ont été tuées dans les violences liées aux manifestations depuis le mois de décembre.

Sur ce bilan total, 127 Soudanais ont trouvé la mort début juin à la suite d’une répression brutale des longues semaines de sit-ins pacifiques organisés aux abords du quartier-général de l’armée à Khartoum. Les responsables, pour leur part, ont communiqué un bilan de victimes plus bas.

Sous Bashir, les relations avec Israël teintées d’hostilité depuis longtemps avaient semblé se réchauffer.

Au mois de janvier, Bashir avait fait savoir qu’il lui avait été conseillé de normaliser ses liens avec l’Etat juif pour tenter d’aider à stabiliser les agitations nationales croissantes qui venaient menacer son régime.

Israël s’est longtemps méfié du Soudan, traditionnellement vu comme proche de l’Iran. Toutefois, au début de l’année 2017, Khartoum avait rejoint le Bahreïn et l’Arabie saoudite sunnites en rompant ses liens avec la république islamique.

Le pays avait également paru s’ouvrir à Israël. Le ministre des Affaires étrangères Ibrahim Ghandour avait déclaré dans un entretien en 2016 que le Soudan ne rejetait pas l’idée de normaliser ses relations avec l’Etat juif en échange de la levée des sanctions américaines imposées à Khartoum. A l’époque, selon les médias en hébreu, les diplomates israéliens avaient tenté de rallier les soutiens pour le Soudan au sein de la communauté internationale après la rupture des liens entre le pays africain et l’Iran.

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