Après le 1er tour des élections, le destin de la mission du Guatemala en suspens
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Après le 1er tour des élections, le destin de la mission du Guatemala en suspens

Sandra Torres, qui fait la course en tête, a juré de ne pas transférer l'ambassade à Tel Aviv ; "Sans garantie", selon un responsable juif local ; le candidat israélien arrive 6e

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Sandra Torres, candidate à la présidence pour le parti de l'Unité Nationale d'Espoir, UNE, pose pour des photographes tout en mettant son bulletin de vote lors des élections générales à Guatemala city, le 16 juin 2019.(AP Photo/Oliver de Ros)
Sandra Torres, candidate à la présidence pour le parti de l'Unité Nationale d'Espoir, UNE, pose pour des photographes tout en mettant son bulletin de vote lors des élections générales à Guatemala city, le 16 juin 2019.(AP Photo/Oliver de Ros)

Il est encore difficile de dire, à l’issue du premier tour des élections présidentielles au Guatemala organisé dimanche, si ce pays d’Amérique latine va conserver son ambassade israélienne à Jérusalem ou la déplacer à Tel Aviv.

Traditionnellement, le Guatemala est très proche de l’Etat juif, et les deux principaux candidats n’ont donné aucune indication pour le moment sur leur éventuelle intention de déplacer l’ambassade. Mais pour des soutiens en Israël, cette question pourrait toutefois se poser dans les prochains mois et semaines à venir.

Doté d’une population de 17 millions de personnes et situé en Amérique centrale, le Guatemala est aussi pour l’instant le seul autre pays, avec les Etats-Unis, à avoir installé son ambassade dans la capitale israélienne.

Dimanche, l’ancienne première dame Sandra Torres, du parti de l’Unité nationale de l’Espoir de centre-gauche, est arrivée en tête à l’issue du premier tour, remportant un quart de l’ensemble des suffrages. Le 11 août, elle sera opposée à son outsider Alejandro Giammattei, de la liste conservatrice Vamos.

Lors d’une campagne électorale qui a connu de nombreux rebondissements – plusieurs candidats importants ont été finalement interdits de se présenter – Sandra Torres a indiqué qu’elle était « favorable à l’idée de conserver l’ambassade du Guatemala à Jérusalem » et a promis de continuer à renforcer les relations bilatérales.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le président guatémaltèque Jimmy Morales assistent à une réception à l’hôtel King David à Jérusalem le 16 mai 2018. (Amos Ben-Gershom/GPO)

Toutefois, une source guatémaltèque, qui s’est entretenue avec le Times of Israel sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du dossier, a indiqué ne pas être la seule à penser que Sandra Torres – qui, en 2015, s’était présentée contre le président sortant Jimmy Morales — pourrait facilement être convaincue par les États arabes de réinstaller l’ambassade à Tel Aviv.

Jimmy Morales, un chrétien pieux, a été dans l’impossibilité de se présenter aux élections en raison des limitations de mandat.

L’année dernière, ce fervent soutien d’Israël avait décidé de suivre la voie ouverte par le président américain Donald Trump en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et en y déplaçant l’ambassade de son pays (elle avait été transférée de Jérusalem à Herzliya en 1980). Le Paraguay lui avait emboîté le pas, mais quelques mois plus tard, les nouvelles autorités ont finalement reculé et relocalisé leur mission à Tel Aviv.

A l’époque, l’Organisation de la coopération islamique – plus importante organisation mondiale réunissant des Etats musulmans – avait fait part de « sa détermination à adopter des mesures politiques, économiques et autres contre les pays reconnaissant Al-Quds [Jérusalem] comme la soi-disant capitale d’Israël ou qui y installent leurs ambassades ».

Le groupe avait alors appelé tous les Etats-membres à stopper les importations de cardamome depuis le Guatemala et à ne pas « réaliser de visites de haut rang dans ce pays ou à y organiser des événements culturels, sportifs ou artistiques conjoints » jusqu’à ce que l’ambassade ne quitte la Ville sainte.

Le Guatemala est l’un des plus grand importateurs de cardamome dans le monde – une épice considérée comme l’une des plus chères sur le marché international.

On sait très peu de choses de ce que Alejandro Giammattei, favori lors du scrutin de dimanche, pense du conflit israélo-palestinien. Les analystes estiment néanmoins qu’il pourrait vouloir laisser la mission à Jérusalem.

D’ailleurs, la majorité des aspirants à la présidence avait fait part de leur soutien à la décision prise par Jimmy Morales au sujet de Jérusalem, selon Rebeca de Sabbagh, vice-présidente de la communauté juive du pays.

Rebeca de Sabbagh, la vice présidente de la communauté juive du Guatemala, participe à la cérémonie d’ouverture de l’ambassade du Guatemala à Jérusalem le 16 mai 2018.
(Gloria Garces)

« Mon impression est que la décision de maintenir la mission à Jérusalem ou non est importante, et c’est le cas spécifiquement pour les communautés évangéliques qui ont ouvertement soutenu le retour de l’ambassade à Jérusalem et qui représentent environ 50 % de la population « , a-t-elle expliqué lundi au Times of Israel.

Seul l’un des candidats dans la course de tête – l’ancien diplomate guatémaltèque et haut responsable aux Nations unies Edmond Mulet — a indiqué que même si Jérusalem était la capitale israélienne, il n’était pas nécessaire et contraire aux résolutions de l’ONU d’y ouvrir l’ambassade avant la conclusion d’un accord de paix final. Edmond Mulet est arrivé troisième dimanche.

Isaac Farchi, ressortissant israélo-guatémaltèque ayant vécu à Raanana pendant plus d’une décennie avant de revenir au sein de ce pays d’Amérique latine pour se présenter à la présidence, est arrivé 6e, réunissant 250 533 votes — presque 6 %.

Né au Guatemala et ayant passé sa jeunesse au sein de la communauté juive locale, le candidat s’est présenté sous l’étiquette du parti VIVA (centre-droit), promettant d’éradiquer la corruption largement présente dans le pays. Au mois de mars, il avait fait savoir au site Ynet qu’il retournerait en Israël en cas d’échec électoral.

Il a organisé l’un de ses événements de fin de campagne sur la place d’Israël, devant une immense étoile de David. Il n’est malgré tout pas parvenu à obtenir le soutien de la communauté juive.

« Aucune garantie en ce qui concerne l’ambassade du Guatemala »

La relocalisation de l’ambassade à Jérusalem par Jimmy Morales a été – et continue d’être – une décision largement soutenue par la population du Guatemala, note de Rebeca de Sabbagh.

« Les alliances seront probablement nécessaires pour assurer la victoire de l’un des deux candidats restants, et il n’y a donc aucune garantie en ce qui concerne ce qui pourrait arriver à l’ambassade du Guatemala », ajoute celle qui était présente lors de l’inauguration de la mission du pays au parc technologique Malha de Jérusalem, le 16 mai 2018.

« Nous espérons, quoi qu’il arrive, que le Guatemala élira un président qui respectera le fait que le retour de l’ambassade à Jérusalem était une décision de l’Etat et qui la laissera là où elle doit être à juste titre : à Jérusalem, capitale éternelle d’Israël », conclut-elle.

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