Après leur interdiction, l’Etat veut acheter les caméras du Likud
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Après leur interdiction, l’Etat veut acheter les caméras du Likud

Un haut-responsable électoral a approuvé un projet-pilote qui permettra aux observateurs de filmer les éventuelles scènes de fraudes

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d'une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)
Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d'une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

Vingt-quatre heures après avoir interdit aux partis politiques d’équiper leurs représentants dans les bureaux de vote de caméras lors du prochain scrutin, la commission centrale électorale s’efforcerait de racheter près d’un millier de caméras pour ses propres observateurs au parti du Likud.

Les membres de la Commission sont entrés en contact avec la formation de droite pour acquérir les caméras qui seront notamment confiées aux observateurs indépendants lors du vote, a fait savoir mardi la Treizième chaîne.

Le chef de la Commission centrale électorale Hanan Melcer a adopté le point de vue du procureur-général Avichai Mandelblit, qui a exprimé son scepticisme face à la légalité d’une autorisation donnée par la commission électorale à une telle pratique, en l’absence d’une loi la permettant explicitement dans le cadre du droit israélien.

Melcer, magistrat à la Cour suprême, a néanmoins ordonné l’établissement d’un programme selon lequel la commission centrale électorale emploiera une importante équipe d’observateurs dans les bureaux de vote qui seront équipés de caméras mobiles qui ne pourront servir qu’en cas de soupçon légitime de fraude électorale, et lorsqu’une autorisation de Melcer lui-même aura été octroyée.

Le juge à la Cour suprême Hanan Melcer lors d’une conférence de presse à la Knesset, à Jérusalem, le 7 février 2019 (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Mais les membres de la Commission rencontrent des difficultés pour trouver un approvisionnement suffisant en caméras avant le vote du 17 septembre. Ils se sont donc tournés vers le Likud, a indiqué la chaîne, qui a ajouté qu’ils étaient également formés à l’usage et à la dissimulation des appareils.

Dans le cadre de ce projet-pilote, les caméras seront également confiées aux observateurs indépendants, qui ne sont affiliés à aucun parti.

Les réglementations électorales en Israël permettent aux membres des partis respectifs de constituer trois des quatre observateurs du scrutin dans chaque bureau de vote. Un quatrième appartenant à une formation encore non-représentée peut également être désigné pour cette mission.

Au cours du précédent scrutin, le 9 avril, le Likud avait équipé environ
1 200 employés de caméras mobiles cachées dans les bureaux de vote des centres de populations arabes, indiquant qu’elles serviraient à empêcher la « fraude effrénée » au sein de la communauté arabe.

Les critiques avaient fustigé une intimidation des électeurs dans le but de  tenir hors des urnes les minorités non-juives, – une accusation corroborée par l’entreprise engagée par le Likud pour mener l’opération.

Répondant à la décision de l’interdiction lors du vote du mois de septembre, le Likud a fait savoir dans un communiqué qu’il se penchait sur la possibilité de faire adopter une loi, même avant les prochaines élections, qui autoriserait ses représentants à être équipés de caméras.

Une arabe israélienne met son bulletin dans l’urne pour les élections à la Knesset dans un bureau de vote de la ville de Tayibe, dans le nord d’Israël, le 9 avril 2019 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, a salué ce jugement dans un tweet, soulignant que « la défaite du Likud est une victoire pour les citoyens arabes et pour l’arène démocratique toute entière. Les activistes de droite qui voulaient tenir à l’écart les électeurs resteront chez eux ».

Selon les nouvelles règles, le vote s’achevant à 22 heures, l’équipe-pilote d’observateurs indépendants sera stationnée dans des bureaux spécifiques qui, selon la commission électorale, ont montré des incohérences dans le décompte des bulletins lors du dernier scrutin du mois d’avril.

Le dirigeant de Hadash-Taal Ayman Odeh s’exprime lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahuaux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90 )

Après le départ du dernier électeur, les observateurs devront filmer le processus de décompte des votes tout entier. Ils ne devront pas quitter les lieux jusqu’à la fin de ce travail, a expliqué Melcer.

Cette décision vient renverser celle qui avait été prise par Melcer le 9 avril, pendant les élections, après la découverte que les représentants du Likud, dès le début du processus de vote, étaient équipés de caméras mobiles.

A ce moment-là, Melcer avait donné son accord à l’utilisation des caméras dans les cas où il y avait une « crainte considérable » de fraude électorale, sans toutefois préciser explicitement ce qui justifierait une « crainte considérable ».

Au cours d’une audience de la Commission centrale électorale consacrée aux caméras, au début du mois, Melcer avait fait référence aux preuves soumises par le Likud après le scrutin du mois d’avril, précisant qu’une enquête de la police était encore en cours.

La police a ouvert jusqu’à présent deux enquêtes officielles sur de possibles fraudes électorales : Une à Afula et une autre dans la ville de Kisra-Sumei, – deux bureaux de vote qui n’avaient pas été pris pour cible par le Likud dans son programme de surveillance.

Une arabe israélienne vote aux élections législatives israéliennes du 9 avril 2019 à Daliyat al-Carmel, dans le nord d’Israël. (Jalaa Marey/AFP)

Le Times of Israel a obtenu des enregistrements de plus de 100 bureaux de vote qui, s’est-il avéré, avaient connu des dysfonctionnements en termes de participation électorale.

Tandis qu’une partie de ces bureaux se situent dans des villes arabes, ces dernières représentent moins d’un tiers du total – et les bureaux concernés incluent les implantations ultra-orthodoxes de Modiin Illit et de Beitar Illit ainsi que les villes de Petah Tikva, Afula, Netanya et Rosh Haayin.

Ces enregistrements ont également été transférés à la commission centrale électorale mais aucune inculpation n’a été décidée. Selon un responsable qui s’est exprimé sous condition d’anonymat, le nombre total de votes frauduleux présumé, au mois d’avril, ne s’élèverait qu’à quelques milliers.

Avant le jugement de Melcer, le parti du Likud avait doublé son budget en vue de l’opération de surveillance du scrutin du mois prochain, prévoyant d’investir environ deux millions de shekels dans le programme, avait fait savoir un officiel proche de l’opération au début du mois.

Avec ce budget revu à la hausse, la source avait expliqué que le Likud serait en mesure de placer des observateurs dans les bureaux de vote dont ils avaient été absents au mois d’avril.

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