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Arabie saoudite : « inutile » de traiter avec un Liban « dominé » par le Hezbollah

Le ministre saoudien des Affaires étrangères a déploré une "hégémonie du Hezbollah sur le Liban et l'incapacité du gouvernement libanais à sortir le pays de la crise"

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan Al Saud, s'exprime lors de sa rencontre avec le secrétaire d'État Mike Pompeo, au Département d'État, le 14 octobre 2020, à Washington. (Crédit ; Manuel Balce CENETA / POOL / AFP)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan Al Saud, s'exprime lors de sa rencontre avec le secrétaire d'État Mike Pompeo, au Département d'État, le 14 octobre 2020, à Washington. (Crédit ; Manuel Balce CENETA / POOL / AFP)

La crise diplomatique entre Beyrouth et plusieurs pays du Golfe s’est aggravée dimanche, l’Arabie saoudite jugeant « inutile » de traiter avec le Liban tant qu’il est « dominé » par le groupe terroriste du Hezbollah pro-iranien, et les Emirats appelant leurs ressortissants à quitter ce pays en plein effondrement économique.

« La domination du Hezbollah dans le système politique au Liban nous inquiète et rend inutile pour l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe de traiter avec ce pays », a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan, à la chaîne de télévision Al-Arabiya.

La crise diplomatique a été déclenchée après des propos du ministre libanais de l’Information, George Kordahi, critiquant la guerre au Yémen, où l’Arabie saoudite intervient depuis 2015 à la tête d’une coalition militaire pour soutenir le gouvernement face aux rebelles Houthis proches de l’Iran.

Dans une émission télévisée datant du 5 août et diffusée lundi dernier, M. Kordahi, qui n’était pas alors encore ministre, a qualifié « d’absurde » l’intervention de la coalition au Yémen, jugeant que les insurgés se défendaient « face à une agression extérieure ».

Sur cette photo d’archives prise le 13 septembre 2021, le ministre libanais de l’Information George Kordahi s’exprime lors d’une conférence de presse au palais présidentiel de Baabda, à l’est de la capitale Beyrouth. (Crédit : ANWAR AMRO / AFP)

Ses propos ont entraîné des mesures de rétorsion de la part de l’Arabie saoudite, poids lourd du Golfe et rival régional de l’Iran, qui a rappelé vendredi son ambassadeur au Liban, demandé le départ de l’ambassadeur libanais et décidé d’arrêter toutes les importations en provenance de ce pays.

Bahreïn, le Koweït et les Emirats arabes unis ont également décidé d’expulser des chefs des missions diplomatiques libanaises et de rappeler leurs ambassadeurs ou chargés d’Affaires à Beyrouth en « solidarité » avec l’Arabie saoudite, ancien soutien politique et financier du Liban.

Les Emirats, qui participent ainsi que Bahreïn dans la coalition militaire intervenant au Yémen, ont en outre appelé dimanche leurs ressortissants se trouvant au Liban à quitter le pays « le plus tôt possible ».

« Hégémonie iranienne »

Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, s’était démarqué des propos de M. Kordahi, nommé au gouvernement par un parti chrétien allié au Hezbollah, et l’avait appelé implicitement à démissionner alors qu’il misait sur une potentielle aide financière des riches monarchies du Golfe pour relancer l’économie du Liban en plein effondrement.

Le Premier ministre libanais Najib Mikati arrive à une réunion du cabinet au palais présidentiel de Baabda, à l’Est de Beyrouth, le 13 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Le ministre Kordahi refuse de s’excuser et a souligné samedi que ses propos reflétaient son « opinion personnelle » avant sa nomination en tant que ministre. Dimanche, il a affirmé que sa démission était « hors de question ».

Les relations entre le Liban et l’Arabie saoudite étaient déjà tendues ces dernières années, Ryad accusant Beyrouth de ne pas contenir le Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise et allié indéfectible de l’Iran.

Déjà en mai, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent, Charbel Wehbé, avait démissionné après avoir qualifié les pays du Golfe de « bédouins » et les avoir accusés de liens avec le groupe jihadiste Etat islamique.

Le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires politiques, David Hale, à droite, rencontre le ministre libanais des Affaires étrangères Charbel Wehbe, à Beyrouth, au Liban, le 14 avril 2021. (Crédit : AP Photo / Hussein Malla)

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan, a assuré dimanche qu' »il n’y avait pas de crise (entre son pays et) le Liban » mais qu’il « s’agit d’une crise interne au Liban causée par l’hégémonie iranienne ».

Il a souligné que « le problème allait bien au-delà des simples commentaires d’un ministre », dénonçant une « hégémonie du Hezbollah sur le Liban et l’incapacité du gouvernement libanais à sortir le pays de la crise ».

Au Yémen, où Ryad accuse le Hezbollah d’avoir entraîné les Houthis et de les soutenir, les propos de M. Kordahi ont été salués par les rebelles.

Des portraits du ministre libanais ont été affichés dimanche dans les rues de Sanaa sous contrôle des insurgés, avec la légende : « Oui, George, la guerre au Yémen est absurde ».

Des commerçants ont également affirmé à l’AFP que les Houthis avaient rebaptisé la rue commerciale Ryad du nom du ministre libanais.

Déclenchée en 2014, la guerre a plongé le Yémen dans l’une des pires crises humanitaires au monde selon l’ONU. Des dizaines de milliers de personnes, la plupart des civils, ont été tuées et des millions déplacées selon des ONG internationales.

Les parties en conflit ont été accusées par l’ONU d’exactions et de violations et atteintes au droit international et au droit humanitaire.

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