Israël en guerre - Jour 139

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Arbel et Judith, femmes otages du Hamas dans l’enfer de Gaza

Si Arbel a le cœur enraciné dans sa terre d'Israël, sa passion des astres la porte aux confins de l'univers. Judith, elle, s'est éprise de vélo et de méditation après avoir enseigné l'anglais aux enfants

La maison détruite de la famille Calderon, au kibboutz Nir Oz, le 30 octobre 2023. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
La maison détruite de la famille Calderon, au kibboutz Nir Oz, le 30 octobre 2023. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

La première est enfant de kibboutz, l’autre y a trouvé l’amour. L’une rêve d’avenir avec son compagnon, l’autre a déjà partagé un demi-siècle de vie avec le sien.

Deux femmes d’un même kibboutz, Nir Oz, deux femmes dont l’existence a basculé le 7 octobre quand des combattants du mouvement terroriste  islamiste palestinien Hamas ont assailli plusieurs localités israéliennes, faisant environ 1 140 morts et des milliers de blessés, et quelques 250 otages, emmenés de force dans la bande de Gaza frontalière.

Arbel Yehud, 28 ans, et Judith Weinstein Haggaï, 70 ans, comptent parmi ces captifs. Leurs proches n’ont depuis aucune nouvelle.

Le Hamas a libéré 80 otages israéliens ou binationaux en échange de 240 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes, en vertu d’une trêve d’une semaine qui a pris fin le 1er décembre.

Les familles des otages toujours détenus à Gaza font pression sur les autorités israéliennes, d’autant plus que vendredi, l’armée a reconnu avoir tué trois otages par « erreur » à Gaza.

Aussi Arbel et Judith, si elles sont vivantes, demeurent prisonnières dans l’enfer de Gaza, où la riposte militaire israélienne a fait plus de 18 800 morts, surtout des femmes et des enfants, en un peu plus de deux mois de guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza. Selon les estimations de l’armée israélienne, 5 000 membres du Hamas auraient été tués dans la bande de Gaza, auxquels s’ajoutent plus de 1 000 terroristes tués en Israël lors de l’assaut du 7 octobre.

Jeune femme « toujours joyeuse », au sourire « magnétique », pleine de projets d’avenir, Arbel Yehud a été kidnappée en même temps que son frère Dolev 35 ans et que son compagnon Ariel Cunio, 26 ans.

Arbel, à gauche, et Dolev Yehud ont été faits prisonniers par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 dans le kibboutz Nir Oz. (Autorisation)

Tous trois vivaient à quelques kilomètres de la bande de Gaza, dans ce kibboutz de Nir Oz.

Arbel y est née, et y a « toujours vécu depuis. Elle a beaucoup d’amis ici et dans tous les kibboutz alentour », raconte à l’AFP son père Yechi Yehud, 64 ans, dans le salon de sa modeste maison de Rishon LeZion, au sud de Tel-Aviv.

Sa fille a travaillé dans le système éducatif du kibboutz avant de devenir guide pour les visiteurs de Groovetech, un institut consacré à la technologie et l’espace, proche du kibboutz. « Elle leur explique les étoiles dans l’univers (…) et les satellites, ce sujet l’intéresse beaucoup ».

Arbel et Ariel étaient en couple depuis cinq ans au moment de leur enlèvement. « Ils revenaient juste d’un long séjour en Amérique du Sud, de cinq ou six mois peut-être, ils étaient heureux et avaient beaucoup de projets d’avenir ».

Ariel Cunio, à gauche, et Arbel Yehud, un couple qui a été capturé par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. (Autorisation)

Yechi Yehud a quitté le kibboutz en 2016 pour s’installer avec Yael, son épouse, à Richon LeZion, dans la maison où lui-même est né et a passé son enfance. Mais « nos enfants ont refusé de quitter le kibboutz », bien que « je leur aie demandé plusieurs fois de partir « à cause de la situation ».

Déjà avant le 7 octobre, les tirs et les sirènes d’alerte à la roquette étaient fréquents autour de la bande de Gaza.

Arbel « était en grandissant une fillette joyeuse, son magnifique sourire est un aimant » pour ceux qui la rencontrent, « elle est toujours joyeuse », raconte son père qui tente de faire bonne figure malgré l’angoisse.

Durant la trêve, Yechi Yehud s’ « attendait à ce qu’Arbel soit relâchée » car l’accord entre Israël et le Hamas « prévoyait la libération de toutes les femmes et tous les enfants ».

Les familles et les soutiens des otages enlevés par le Hamas pendant le massacre du Hamas, le 7 octobre, aux abords du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 15 décembre 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Mais « le tourbillon émotionnel s’est accéléré quand ça n’est pas arrivé », poursuit-il. « Nous sommes une famille forte et unie, nous faisons de notre mieux pour nous soutenir mutuellement, pour rester calme, ne pas nous effondrer, ne pas surréagir. Mais ce fut un coup très dur ».

Aujourd’hui, il s’inquiète pour l’état mental de sa fille. « Je ne sais pas comment elle vit les conditions horribles de détention, notamment parce que c’est une femme ».

Puis il ajoute : « J’ai peur qu’elle subisse des violences. C’est une âme si délicate et peut-être qu’ils la violent ».

Car en Israël se multiplient les témoignages dans la presse de violences sexuelles, de tortures et de mutilations commises par les commandos du Hamas le 7 octobre, ainsi que sur les otages enlevés à Gaza. Une enquête policière est en cours sur ces violences. De nombreuses images filmées par les terroristes ont attesté de ces violences – des violences qui ont seulement été dénoncées, parfois avec réticence, par l’ONU deux mois après les faits. Beaucoup d’associations féministes ont choisi de ne pas les condamner.

Des manifestantes se sont rassemblées devant le siège de l’ONU à New York, le 4 décembre 2023, pour protester contre le silence de la communauté internationale à propos des violences sexuelles commises par les terroristes du Hamas contre des femmes israéliennes lors du massacre du 7 octobre. (Crédit : Carli Fogel)

« En tant que père, je suis anéanti. De l’extérieur (…) je semble peut-être fort. Mais à l’intérieur je suis anéanti », souffle péniblement Yechi Yehud.

Les frappes aériennes, les combats acharnés au sol et les conditions de détention des otages font peser une grave menace sur leur vie, et chaque heure, chaque jour qui passe réduit l’espoir pour les familles de les revoir.

Israël a déjà récupéré 11 corps d’otages lors de son opération à Gaza.

« Je veux croire qu’elle est encore en vie, mais (…) je n’en suis pas sûr », reconnaît ainsi Ahl Haggaï, l’un des fils de Judith Weinstein Haggaï.

« Ma mère était… est l’être humain le plus doux que je connaisse, elle est si agréable, gentille, honnête et affectueuse », décrit M. Haggaï, 35 ans, se reprenant pour ne pas parler de sa mère au passé.

Judith Weinstein Haggaï a disparu le matin du 7 octobre avec son mari Gad Haggaï, 72 ans. Dans un dernier message, ce matin de Shabbat, elle disait que le couple était blessé. Une vidéo montre Gaï allongé à l’arrière d’un pickup de terroristes palestiniens.

Ahl Haggai (35 ans), dont la mère Judith Weinstein Haggai (70 ans) est la femme la plus âgée encore otage à Gaza, pose à côté d’un portrait de sa mère dans sa maison à Amikam le 8 décembre 2023. (Crédit : MARCO LONGARI / AFP)

A Nir Oz, ont été retrouvées les lunettes de Judith. « Elle n’est nulle part, si elle était morte et en Israël, elle aurait été déjà reconnue », pense son fils, partagé entre espoir et fatalisme.

Née aux Etats-Unis, Judith Weinstein Haggaï a grandi au Canada. « A 24 ans, elle a décidé de venir en Israël comme volontaire et prévoyait de rester deux ou trois mois. Elle est tombée amoureuse du climat, des gens et de mon père. Et elle est restée », raconte son fils.

L’ex-enseignante est à 70 ans la femme la plus âgée des otages kidnappés en Israël le 7 octobre.

A Nir Oz, poursuit Ahl Haggaï, le couple menait « une vie saine, méditait, se promenait à pied ou à vélo », même si Judith « n’aimait pas les alertes aux roquettes, les bombes, le fait d’être à deux kilomètres de deux millions de gens (à Gaza) avec qui elle ne pouvait pas interagir ».

Durant 30 ans, elle a enseigné l’anglais, notamment en section spécialisée et « elle parvenait toujours à gagner le coeur des enfants les plus difficiles », confie Ahl Haggaï, dans son jardin où ses enfants gambadent pieds nus, à Amikam dans le nord d’Israël.

« Marionnettiste, elle fabriquait et utilisait des marionnettes pour aider les enfants à apprendre l’anglais ou à s’exprimer » et récemment utilisait des techniques de méditation pour calmer l’anxiété des enfants du kibboutz qui vivent « dans une sorte de zone de guerre ».

Son fils la décrit comme une personne « en permanence curieuse, en train d’apprendre (…) d’étudier quelque chose, de créer, d’expérimenter, d’apprendre à dessiner (…) d’apprendre des tas de choses dans des tas de domaines », dit-il d’une voix entrecoupée par l’émotion.

Quand la trêve est arrivée et que les premières femmes otages ont été libérées, ce fils inquiet a espéré, sans y croire vraiment, qu’elle recouvrirait elle aussi la liberté.

« Je n’avais pas placé mes espoirs trop haut », admet-il, « mais chaque jour j’espérais un peu qu’elle soit sur la liste et chaque soir (…) j’étais déçu ».

« J’aimerais savoir ce qu’elle est devenue (…) Si elle a survécu, j’imagine qu’elle a pu garder son énergie positive, sa pensée positive. »

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