Attaque en Syrie : Liberman sûr à « 100 % » qu’Assad a donné l’ordre
Rechercher
'Le mot paix n'est pas pertinent pour le Moyen Orient, a-t-il déclaré. Nous pouvons parvenir à des arrangements diplomatiques mais pas à la paix'

Attaque en Syrie : Liberman sûr à « 100 % » qu’Assad a donné l’ordre

Liberman confirme qu'Israël ne s'impliquera pas dans le conflit, et demande à la communauté internationale de réagir ; Damas dément toute utilisation d'armes chimiques

Avigdor Liberman, ministre de la Défense, sur une base de l'unité Yamam, qui lutte contre le terrorisme, le 4 avril 2017. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)
Avigdor Liberman, ministre de la Défense, sur une base de l'unité Yamam, qui lutte contre le terrorisme, le 4 avril 2017. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a dit jeudi être sûr « à 100 % » que le président syrien Bashar el-Assad avait ordonné directement l’attaque chimique présumée qui a fait au moins 86 morts et provoqué l’indignation internationale.

L’attaque a été menée « sur ordre direct et prémédité du président syrien Bashar el-Assad, avec des avions syriens. Je dis cela avec 100 % de certitude », a déclaré Liberman au Yediot Aharonot, selon des extraits de son entretien publiés sur le site internet du quotidien.

Il n’a pas précisé sur quoi se fondait sa certitude.

Le ministre a critiqué l’inaction de la communauté internationale, estimant que sa réaction se résumait à « zéro ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU, réuni mercredi en urgence, a repoussé le vote d’une éventuelle résolution de condamnation, le temps pour les Occidentaux de négocier avec la Russie, soutien de Damas.

Des enfants syriens soignés après une attaque à l'arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)
Des enfants syriens soignés après une attaque à l’arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)

L’armée syrienne a nié toute utilisation d’armes chimiques, comme le soutient la Russie.

L’armée syrienne « n’a pas utilisé et n’utilisera jamais » des armes chimiques contre son propre peuple, « pas même » contre les rebelles et les jihadistes, a affirmé jeudi le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem.

« Je peux vous assurer une nouvelle fois que l’armée arabe syrienne n’a pas utilisé et n’utilisera jamais ce genre d’armes contre notre propre peuple, contre nos enfants, pas même contre les terroristes qui ont tué notre peuple », a affirmé Mouallem lors d’une conférence de presse à Damas

Les propos de Liberman sont la première accusation claire émise contre le régime syrien par un responsable israélien non anonyme, mettant ostensiblement Jérusalem en opposition avec Moscou, avec qui il tente de forger une alliance.

Interrogé sur la question de savoir si la Russie, qui est devenue le principal soutien militaire du régime d’Assad depuis son intervention dans le conflit syrien en septembre 2015, a participé à l’attaque aux armes chimiques, Liberman a répondu : « nous ne le savons pas ».

« Nous savons que c’est une opération syrienne menée par Assad de A à Z », a-t-il ajouté.

A la question de savoir si Israël devait s’impliquer dans la guerre en Syrie, Liberman a répondu : « Pourquoi serait-ce à nous de faire le boulot des autres ? C’est la responsabilité de la communauté internationale ».

Mercredi, des responsables de l’establishment de la défense avait affirmé que les renseignements de l’armée israélienne étaient persuadés que les forces d’Assad étaient derrière l’attaque chimique.

Les responsables, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont déclaré qu’Israël estimait qu’Assad avait des tonnes d’armes chimiques actuellement dans son arsenal, malgré l’accord de 2013 dans lequel la Syrie a consenti à remettre ses stocks d’armes chimiques pour qu’elles soient détruites.

Une chambre de l'hôpital de Khan Sheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d'Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Une chambre de l’hôpital de Khan Sheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d’Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Liberman a également ajouté que lors des bombardements ultérieurs sur l’hôpital où les victimes de l’attaque chimique étaient traitées, des armes chimiques avaient également étaient utilisées, une affirmation qui n’a pas été reprise ailleurs.

« Les mêmes blessés qui ont été évacués de la zone du bombardement vers l’hôpital ont été attaqués pour la deuxième fois avec des armes chimiques lorsque les avions de l’armée syrienne ont bombardé l’hôpital », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait lui aussi affirmé mardi, après l’annonce de l’attaque sur une ville rebelle de la province d’Idleb, que la communauté internationale devait agir pour éliminer les armes chimiques en Syrie.

Israël suit avec la plus grande attention les évènements chez son voisin syrien. Les relations entre les deux pays, qui restent officiellement en état de guerre, sont d’autant plus tendues que le régime syrien est soutenu dans sa bataille contre les rebelles par le Hezbollah libanais et l’Iran, deux grands ennemis d’Israël.

Avigdor Liberman, ministre de la Défense (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite). (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Avigdor Liberman, ministre de la Défense (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite). (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Liberman a jugé que la réponse « inexistante » de la communauté internationale prouvait qu’Israël ne pouvait compter que sur lui-même que pour sa défense contre les armes de destruction massive, en faisant référence à la destruction d’un réacteur nucléaire syrien secret en 2007, dont la destruction est largement attribuée à Israël.
 
« Il n’y a pas de réponse de la communauté internationale. Elle est tout simplement inexistante. Cela me ramène à la prise de conscience que l’État d’Israël est obligé de n’avoir confiance qu’en lui même », a-t-il déclaré.

« Assad a essayé dans le passé d’acquérir une arme nucléaire avec l’aide de la Corée du Nord, et les autres messieurs de la région comme le Hezbollah et [son chef Hassan] Nasrallah ne sont pas différents de lui ».

Liberman a souligné que ce genre d’attaque était la raison pour laquelle Israël tentait de parvenir à des accords de paix avec ses voisins, y compris la Syrie.

« Le mot paix n’est pas pertinent pour le Moyen Orient, a-t-il déclaré. Nous pouvons parvenir à des arrangements diplomatiques mais pas à la paix. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...