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Au procès du meurtre de Mireille Knoll, le portrait d’une femme « pétillante »

La survivante de la Shoah avait "800 euros de revenus, APL comprise", précise son fils Daniel

Mireille Knoll, 85 ans, survivante de l'Holocauste retrouvée brûlée dans son appartement parisien (Crédit : Autorisation).
Mireille Knoll, 85 ans, survivante de l'Holocauste retrouvée brûlée dans son appartement parisien (Crédit : Autorisation).

« Chaleureuse », « pétillante », « bienveillante » : un portrait laudatif de Mireille Knoll a été dressé jeudi aux assises de Paris pour décrire le « petit bout de femme douce » juive de 85 ans, tuée à coups de couteau puis brûlée, le 23 mars 2018, dans son appartement parisien.

Au troisième jour du procès de ses deux meurtriers présumés, Yacine Mihoub, 32 ans, et Alex Carrimbacus, 25 ans, l’atmosphère a presque été joyeuse à l’évocation de Mireille Knoll, sa manière si « attachante d’égayer la vie de son entourage » et de voir « la vie tout en rose ».

La sienne fut pourtant « une vie singulière traversée de drames », résume le président de la cour.

Ses parents d’abord. Son père, tailleur né en Ukraine, et sa mère, femme au foyer venue de Pologne, avaient fui les pogroms et trouvé refuge en France.

Née en 1932, l’enfant est heureuse, le « foyer chaleureux », raconte l’enquêtrice de personnalité. Jusqu’en 1941 quand le père, « pressentant un danger imminent » pour les juifs, part en zone libre avec le frère de Mireille. Une année de séparation douloureuse pour « la petite princesse de la famille ».

En juillet 1942, Mireille parvient à s’enfuir de Paris avec sa mère, « le jour où elle apprend que la rafle du Vel D’Hiv a lieu », la plus grande arrestation de Juifs en France pendant la Seconde guerre mondiale.

Affiche appelant le passant à se souvenir des victimes du camp de concentration de Gurs en France, où furent envoyés les premiers raflés du Vel d’Hiv, avant même la création du gouvernement de Vichy (Crédit: DR)

La famille réunie vivra au Portugal, au Canada, avant un retour en France où les parents doivent batailler pour récupérer leur logement dans le Marais à Paris, spolié par le concierge.

Puis à 16 ans, « la jolie petite brune coquette et joyeuse » rencontre Kurt, grandi en Autriche et rescapé d’Auschwitz. Une période en camp dont le père ne dira « rien à ses enfants », ce dont « on a énormément souffert », témoigne Daniel Knoll, l’un des fils de Mireille, qu’il nomme « un ange ».

Mireille fut une « mère très aimante ». Elle fut aussi une femme coquette et avide de sorties, à l’image de son amie de vingt ans, Renée Jean, au témoignage tout en couleurs.

Veste en cuir, créoles dorées et paupières fardées, l’amie de 85 ans évoque les cinémas, les restaurants et les virées en voiture avec « Daniel », l’amour de Mireille depuis qu’elle avait 72 ans, rencontré à Venise lors d’un voyage. Lui aussi était un rescapé des camps de la mort, et son décès en 2017 affecta énormément la vieille dame.

Daniel Knoll, reçu par Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 28 mars 2018, jour de la marche blanche en hommage à sa mère assassinée (Crédit: capture d’écran RMC)

« Rien à voler »

Il est aussi question de son respect des traditions juives. Puis des revenus de celle qui ne travailla que très peu de temps, comme garde-malade, et vivait depuis la fin des années 1950 dans un logement social de 55 m2 dans l’est parisien. C’est là que les pompiers ont découvert le corps de la vieille dame malade de Parkinson, poignardé à 11 reprises et en partie calciné.

La question du caractère antisémite de son meurtre est au coeur du procès.

Alex Carrimbacus dit avoir été appelé par Yacine Mouhib pour un « plan thunes » pour le rejoindre chez la victime. Le second accuse le premier d’avoir demandé si Mme Knoll était « blindée ».

Mireille avait « 800 euros de revenus, APL (aide personnalisée au logement) comprise », précise son fils Daniel.

Et d’ajouter, sans un regard pour Yacine Mihoub, qu’il nomme « le monstre » : « il la connaît depuis l’âge de huit ans », sa mère habitant dans le même immeuble que Mme Knoll. « Il sait très bien qu’il n’y a rien à voler chez maman. »

Évoquant l’incendie du corps, il glisse : « Imaginez, le feu, pour nous ça fait penser au camp de concentration ».

Ses fils avaient mis en garde Mireille Knoll contre Yacine Mihoub, condamné à de nombreuses reprises. Mais elle cultivait de l’affection pour celui qui lui avait rendu des petits services.

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