Au Raincy, un érouv pour faciliter le Shabbat de la communauté juive
Le dispositif, établi selon les règles strictes de la halakha, doit être approuvé par les autorités municipales et certifié par un juge rabbinique

Présenté comme un « progrès » pour les Juifs pratiquants, un erouv – une enceinte légale juive à l’intérieur de laquelle il est possible de transporter certains objets le jour du Shabbat – a été mis en place au Raincy, en banlieue parisienne, afin d’assouplir, dans un périmètre donné, certaines règles du jour de repos juif, comme l’avait annoncé le grand rabbin Moché Lewin sur la plateforme de blogs du Times of Israël.
Ce dispositif, rare en France, suscite toutefois l’opposition de courants plus rigoristes au sein du judaïsme.
Mais qu’est-ce qu’un erouv ?
Il s’agit de créer un espace symbolique basé sur le droit religieux juif. Selon la halakha, la loi juive orthodoxe, 39 types d’activités sont interdites pendant le Shabbat, entre le coucher du soleil le vendredi soir et le samedi soir à la nuit tombée. Le transport de tout objet hors de chez soi est notamment proscrit, qu’il s’agisse de nourriture, de clés, de sacs ou encore de poussettes.
« De ce fait une jeune mère ne peut pas prendre son bébé pour aller voir sa famille ou aller à la synagogue », explique Moché Lewin, le Grand Rabbin du Raincy (Seine-Saint-Denis), à l’origine du projet. Une personne à mobilité réduite ne peut pas non plus sortir en fauteuil roulant.
Un erouv (qui signifie « mélange » ou « association » en hébreu) permet d’alléger ces restrictions en délimitant dans la ville un périmètre à l’intérieur duquel l’espace public est symboliquement assimilé à un domaine privé. Le périmètre est clos par un continuum de façades, de pylônes, de fils électriques et de barrières, formant ainsi une limite.
Au Raincy, ville dont la communauté juive compte quelques milliers de personnes, le erouv s’étend jusqu’à « deux-trois kilomètres autour de la synagogue », empiétant sur les communes voisines de Villemomble et Gagny.
« Pour le délimiter, nous avons beaucoup utilisé le mobilier urbain, comme les barrières du tramway ou les fils électriques, sans avoir besoin de rajouter quoi que ce soit », explique le rabbin Lewin.
Un dispositif courant ailleurs
Lorsque les infrastructures existantes ne suffisent pas, il est parfois nécessaire d’installer des fils discrets pour assurer la continuité du périmètre.
C’est notamment le cas dans de grandes villes comme New York ou en Israël, où les erouvim sont très répandus.
En France, on n’en compte que deux, à Strasbourg et à Metz (dans des départements concordataires), ainsi qu’un en Guadeloupe.
Il en existe aussi à Londres, Amsterdam, Vienne, Anvers (Belgique)… ou encore à Zurich (Suisse) où le plus important du pays a vu le jour à la mi-janvier.
L’installation d’un erouv, soumise à des règles halakhiques strictes, suppose l’accord des autorités municipales et la validation d’une autorité rabbinique compétente. Au Raincy, un juge rabbinique s’est déplacé pour inspecter le périmètre avant son inauguration, qui a eu lieu à à l’occasion du Shabbat de Hanoukka, le 20 décembre dernier.
« Il n’y a aucune incidence pour les autres habitants », assure le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia. La frontière du erouv est en effet invisible pour les passants.
Le Grand Rabbin de France, qui avait lui-même installé un erouv à Reims dans les années 1990, se félicite de cette initiative.
« J’ai poussé nos rabbins à créer des erouvim partout », dit-il.
« Car on voit bien que nos jeunes sont de plus en plus respectueux des règles, donc il faut leur permettre de vivre pleinement ce temps du Shabbat qui ne peut pas être un temps que l’on passe enfermé. »
Cette initiative est pourtant contestée par certains ultra-orthodoxes au sein de la communauté juive.
« La France n’est pas un pays pour un erouv », affirme ainsi le rabbin de Sarcelles, Yehiel Brand, dans une vidéo. Selon lui, il faudrait en effet construire des limites en dur, mais « on ne peut pas changer une rue pour la religion », du fait du principe de laïcité.
De quoi remettre en cause le erouv du Raincy ?
Validé par « le grand spécialiste » du sujet, « il a été défini comme utilisable jusqu’à preuve du contraire », rétorque, agacé, le rabbin Korsia.
Le rabbin Lewin assure pour sa part qu’il ne s’agit « ni d’un artifice, ni d’une concession à la modernité », et se félicite des réactions de la communauté.
« C’est plein d’horizons qui s’ouvrent, avec la possibilité pour les familles de sortir, de se retrouver au parc et finalement c’est tout l’esprit du Shabbat, qui est un moment de chaleur, de retrouvailles, de partage », explique Hadassa Malka Tebol, 55 ans, en le qualifiant d’ « immense progrès ».
L’initiative suscite l’intérêt d’autres responsables de communautés : « On sent une demande », affirme Maurice Niddam, président du Consistoire de Nice, même si le projet « n’est pas très avancé » car « c’est cher et compliqué ».







