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Aux élections à Beit Shemesh, les haredim cherchent à reprendre le pouvoir

Les conflits religieux ne définissent plus à eux seuls la politique municipale, mais certains craignent qu'une victoire de Moshe Abutbul, du Shas, ne marque un retour à la violence

Les résidents du quartier mixte moderne-orthodoxe et haredi de Ramat Beit Shemesh Aleph, le 27 avril 2020. (Crédit : Sam Sokol)
Les résidents du quartier mixte moderne-orthodoxe et haredi de Ramat Beit Shemesh Aleph, le 27 avril 2020. (Crédit : Sam Sokol)

Lorsqu’Aliza Bloch a été élue mairesse de Beit Shemesh en 2018, mettant fin à une décennie de contrôle ultra-orthodoxe – ou haredi – sur cette cité-dortoir en pleine expansion, elle est devenue, malgré elle, une icône du féminisme orthodoxe.

Battant le maire sortant Moshe Abutbul par une très faible avance de quelques centaines de voix seulement, la victoire de cette ancienne directrice d’école a été perçue par de nombreux habitants laïcs et religieux comme une dernière chance de redresser leur ville après des années de violence religieuse aux mains de haredim extrémistes.

Aujourd’hui, à la demande du président du Shas, Aryeh Deri, le vice-ministre de l’Agriculture, Moshe Abutbul, se bat pour retrouver son ancien poste lors des élections municipales qui se tiennent ce mardi, en faisant campagne à la fois contre Bloch et contre un autre politicien ultra-orthodoxe, Shmuel Greenberg, du parti Degel HaTorah.

Agoudat Israël, le parti hassidique ultra-orthodoxe qui se présente aux côtés de Degel HaTorah dans le cadre de la liste du parti Yahadout HaTorah lors des élections municipales, soutient Abutbul plutôt que Greenberg.

Alors que le kulturkampf – ou choc des cultures – religieux qui a largement défini les deux dernières élections à Beit Shemesh n’est plus l’enjeu majeur de la politique de la ville, d’importantes inquiétudes subsistent quant au possible retour d’un maire largement considéré comme complaisant face à la montée de l’intolérance religieuse.

« Je ne crois pas que quiconque pense qu’il s’agisse encore de problématiques haredim-laïcs désormais. Les trois candidats sont religieux », mais la possibilité d’un retour à la politique d’antan « est un coup dur pour tous ceux qui ont vécu le règne d’Abutbul », s’est inquiété Michael Lipkin, un résident religieux nationaliste du quartier Sheinfeld.

La nouvelle maire de Beit Shemesh, Aliza Bloch (à droite), avec le maire sortant Moshe Abutbul lors d’une conférence de presse dans les locaux de la municipalité, le 20 novembre 2018. (Crédit : Yaakov Lederman/Flash90)

« Il nous a explicitement dénigrés, nous et notre communauté. Il a permis à nos enfants d’être maltraités par des extrémistes, sans exprimer un seul mot de soutien nous concernant, alors qu’il a exprimé un soutien total à leurs objectifs. Nous nous sentons maltraités par Abutbul et le Likud a décidé de s’associer à notre agresseur », a-t-il déploré, citant la décision du parti de droite de soutenir la candidature d’Abutbul.

Un passif de violence

Abutbul a parfois été une figure de division dans la ville. Son mandat a coïncidé avec une série d’attaques violentes perpétrées par des extrémistes cherchant à imposer leurs normes strictes de tsniout – ou règles vestimentaires de la loi juive orthodoxe – et de ségrégation des sexes au grand public.

Lors de l’un des incidents les plus médiatisés, Naama Margolese, 8 ans, avait été visée par des crachats et des insultes de la part d’hommes ultra-orthodoxes, alors qu’elle se rendait à l’école, un établissement situé à la limite entre Sheinfeld et Ramat Beit Shemesh, un bastion extrémiste. Cet incident a déclenché une série d’agressions violentes visant à reléguer les femmes à l’arrière des bus et à les éloigner des trottoirs.

En 2013, Abutbul avait insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de membres de la communauté LGBTQ dans la ville, la vantant comme « sainte et pure », et en 2017, la Cour suprême avait ordonné à la municipalité de Beit Shemesh de retirer les panneaux exigeant que les femmes locales s’habillent conformément à la tsniout – malgré l’insistance de l’administration d’Abutbul sur le fait qu’il ne s’agissait que de « panneaux idéologiques ».

Mais les querelles religieuses ne sont plus la caractéristique principale de la politique locale, a affirmé Aliza Bloch dans une interview accordée au Times of Israel la semaine dernière.

« À Beit Shemesh, les gens veulent de bons services [publics]. Cela ne m’intéresse pas vraiment de savoir si quelqu’un est haredi ou laïc – je leur apporte tout ce que je peux », a-t-elle déclaré en réfutant l’idée que les élections constituaient un duel entre les résidents ultra-orthodoxes.

« Je pense que les habitants laïcs et haredim veulent [simplement] que les choses soient bien gérées. Depuis que je suis en poste, la ville est plus calme », a-t-elle poursuivi, décrivant l’élection comme un affrontement entre « un maire du peuple et des askanim [courtiers du pouvoir] nommés par les partis et qui concluent toutes sortes d’accords ».

Des Juifs ultra-orthodoxes se heurtant à la police lors d’une manifestation, à Beit Shemesh, le 21 mars 2022. (Crédit : Yaakov Lederman/Flash90)

« Si vous voulez un maire qui ne se soucie pas de savoir si vous portez une kippa ou non, je suis pour la liberté de permettre à chacun de vivre sa vie comme il l’entend », a-t-elle souligné.

Mais si la violence a diminué ces dernières années, elle n’a pas disparu, les extrémistes cherchant à imposer par la force leur mode de vie aux résidents de Ramat Beit Shemesh Dalet, récemment construit, en affichant des panneaux de sensibilisation à la tsniout, en arrachant les drapeaux israéliens et en défilant dans le voisinage en harcelant les résidents.

En août dernier, lors de la deuxième attaque contre la mairesse en moins de deux mois, des dizaines d’extrémistes ont fait irruption devant une école locale alors que Bloch visitait le bâtiment, lançant des objets, déclenchant un incendie et vandalisant sa voiture – la retenant ainsi en otage pendant près de deux heures, jusqu’à ce qu’elle soit secourue par la police.

Plus récemment, des extrémistes ont incendié un magasin de téléphones portables dans le quartier anglophone plus modéré de Ramat Beit Shemesh Alef, une attaque qui, selon Bloch, est beaucoup moins représentative de la ville qu’elle n’a pu l’être par le passé.

Il s’agissait d’un « incident isolé » et les auteurs ont été traduits en justice, a-t-elle déclaré, affirmant que « nous réagissons très sérieusement à chaque incident relevant de l’extrémisme » et qu’il est important de veiller à ce que la ville ne « revienne pas en arrière ».

Des liens politiques qui se resserrent

Pour sa part, Abutbul a fait valoir que ses liens avec Deri et d’autres hommes politiques de niveau national seraient utiles pour poursuivre le développement d’une ville de Beit Shemesh en pleine expansion, qui compte aujourd’hui plus de 157 000 habitants.

S’adressant au magazine local Connections, l’ancien maire a insisté sur le fait qu’il s’efforcerait d’encourager les investissements, de renforcer les quartiers laïcs de la ville en partenariat avec le Likud, de promouvoir des « programmes culturels » et d’équilibrer la construction pour les ultra-orthodoxes avec « une réponse raisonnable également pour le secteur général ».

Interrogé pour savoir si son parti nourrissait des réserves à l’égard de Likud, Zvi Wolicki, conseiller municipal du Likud, a répondu « qu’il y a une tonne d’inquiétudes », mais a insisté sur le fait que les sondages internes montraient que le politicien chevronné du Shas était le seul candidat légitime.

Un accord entre les deux partis, qui délègue largement au Likud l’autorité sur les parties laïques et nationalistes-religieuses de Beit Shemesh, a été signé « pour protéger les intérêts des communautés que nous représentons » et garantit la construction de nouveaux quartiers non religieux, a-t-il déclaré.

Quant à la violence, Bloch n’a pas non plus réussi à enrayer totalement le phénomène, a fait valoir Wolicki, notant que son épouse a récemment été piégée à l’intérieur de son bureau à domicile parce que des extrémistes se livraient à des « émeutes et jetaient du fumier ou des excréments dans tous les sens ».

Zvi Wolicki, conseiller municipal de Beit Shemesh. (Crédit : Autorisation)

« La mairesse a beaucoup d’autorité quand il s’agit de parler au Département de la police, mais la faute ici revient au Département de la police. Ils doivent mettre fin à ces émeutes, ils doivent réagir en temps réel. Le passé a montré que, même durant le mandat [d’Abutbul], lorsque des membres du Conseil approchaient la police et lui déclaraient ‘vous devez vous ressaisir’, cela avait un effet », a-t-il poursuivi.

« Lors des mandats précédents, lorsque les fanatiques étaient hors de contrôle, le Likud n’était pas un partenaire principal de la coalition. Nous étions un partenaire très mineur. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. »

Tout ira bien

Le rabbin Dov Lipman, ancien député Yesh Atid qui s’est fait connaître au niveau national en tant qu’opposant ultra-orthodoxe aux extrémistes, a déclaré que, contrairement aux campagnes précédentes qui ont semé la discorde, les habitants sont aujourd’hui confrontés à « un scénario dans lequel, quel que soit le vainqueur, l’ensemble de la population semble s’en sortir ».

Le soutien du Likud à Abutbul signifie qu’il pourrait potentiellement « atténuer la polarisation dans la ville », tandis qu’une victoire de Greenberg de Degel HaTorah signifierait l’élection d’un politicien « modéré et apprécié « représentant une aile relativement libérale de l’ultra-orthodoxie israélienne.

Jusqu’à présent, les campagnes d’Abutbul et de Greenberg semblent avoir évité les attaques vicieuses qui avaient caractérisé l’élection de 2018, lorsque les adversaires de Bloch l’avaient diabolisée, distribuant des tracts prédisant qu’elle fermerait les écoles religieuses et lancerait un service de bus le jour du Shabbat.

Bien qu’il représente Degel HaTorah, Greenberg – un ancien militaire de l’armée israélienne rasé de près et titulaire d’une maîtrise en politique publique qui, jusqu’à récemment, occupait un poste de haut responsable de l’éducation au sein de la municipalité de Jérusalem – a travaillé dur pour se distancer de l’image d’un candidat communautariste.

« Je ne suis pas en compétition pour le vote haredi, je suis en compétition pour les votes des habitants de la ville qui veulent une bonne qualité de vie et un changement », a-t-il déclaré à Connections, bien que ses affiches de campagne appellent à « plus de pouvoir, plus de judaïsme ».

Des affiches du candidat Yahadout HaTorah Shmuel Greenberg dégradées avant les élections municipales de 2024, à Beit Shemesh. (Crédit : Sam Sokol)

« Je ne vois pas de différence entre les segments [de la population] », a-t-il déclaré, affirmant que « nous avons le devoir de traiter tous les segments sur un pied d’égalité ».

Bien que la question de la religion ne soit plus aussi dominante qu’auparavant, Greenberg a encore été attaqué pour son niveau d’éducation et le fait que ses enfants étudient dans des établissements « publics haredim ».

Selon un tract distribué dans le quartier de Greenberg, Ramat Beit Shemesh Alef, la ville « mérite un maire haredi » et « pas quelqu’un qui n’écoute pas les grands sages de la Torah ».

La menace d’une arnaque

Malgré l’optimisme prudent avec lequel certains résidents ont abordé ce scrutin, un projet de bourrage d’urnes qui a fait l’objet d’une fuite indique qu’elle pourrait potentiellement dégénérer en une contestation politique et juridique aussi conflictuelle que celle observée lors du vote de 2013, qui avait été entaché par des manifestations de colère alléguant que les partisans d’Abutbul s’étaient livrés à une fraude électorale conséquente.

Lundi, la correspondante de la Douzième chaîne, Inbar Twizer, a publié sur X une image de ce qu’elle a déclaré être un document divulgué lié à des éléments extrémistes dans la ville, décrivant un plan pour remplir les urnes avec « au moins 2 500 bulletins supplémentaires ».

Des enfants ultra-orthodoxes arrachant une affiche électorale, à Ramat Beit Shemesh, le 23 février 2024. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)

Lors des élections de 2013, la police locale avait découvert des centaines de cartes d’identité dans un appartement et une voiture censés appartenir à des partisans d’Abutbul, ainsi qu’une cache de vêtements qui servaient vraisemblablement à déguiser les personnes qui votaient plusieurs fois le jour du scrutin.

Les enquêteurs ont soupçonné Shaya Brand, un associé d’Abutbul, d’avoir organisé une action visant à identifier les non-votants et à leur payer leurs cartes d’identité, afin que les partisans d’Abutbul puissent les utiliser pour déposer des bulletins de vote frauduleux.

En réponse, le tribunal de Jérusalem avait ordonné de nouvelles élections, qu’Abutbul avait remportées avec 51 % des voix.

L’équipe du Times of Israel et la JTA ont contribué à cet article.

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