Israël en guerre - Jour 150

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Aux États-Unis, Israël reste un enjeu entre républicains et les démocrates

Les deux parties s'accusent mutuellement de dénigrer Israël alors que se profile, à l'horizon, les élections à la présidence de 2024

Le président de la Chambre des représentants des États-Unis, Kevin McCarthy, à gauche, à la tête d'une délégation bipartisane, serrant la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu, en Israël, le 1er mai 2023. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)
Le président de la Chambre des représentants des États-Unis, Kevin McCarthy, à gauche, à la tête d'une délégation bipartisane, serrant la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu, en Israël, le 1er mai 2023. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

WASHINGTON (JTA) — Alors que les élections présidentielles de 2024 se profilent à l’horizon, républicains et démocrates font encore une fois d’Israël un enjeu.

Si beaucoup de choses ont évolué dans les deux pays depuis le dernier scrutin présidentiel, la bataille sur la question israélienne, pour sa part, n’a pas vraiment changé de visage dans les couloirs du Congrès.

Les Républicains accusent le président Joe Biden de snober le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui n’a pas encore reçu d’invitation à la Maison Blanche dans un contexte de différends politiques. Les Démocrates, de leur côté, affirment que les coupures dans les dépenses qui sont proposées par leurs adversaires mettront en péril l’assistance financière à l’État juif.

Et les dirigeants des deux partis ont indiqué que – même dans un contexte de querelle aux enjeux considérables portant sur le plafond de la dette publique américaine – la démonstration du soutien à Israël restait une priorité. Le président de la chambre américaine des représentants, le Républicain Kevin McCarthy, a pris le temps, cette semaine, de prendre la tête d’une délégation bipartisane en déplacement au sein de l’État juif et il s’est exprimé devant la Knesset.

Et ce une semaine seulement après que Hakeem Jeffries, leader de la minorité démocrate à la chambre et originaire de New York, s’est rendu avec sa propre délégation en Israël, déposant une gerbe à l’occasion de Yom HaZikaron.

Un autre visiteur a fait le détour par Jérusalem pour afficher son soutien : le gouverneur de Floride Ron DeSantis, qui devrait se lancer dans la course à la nomination Républicaine en vue des élections à la Maison Blanche pendant le mois de mai.

Le discours prononcé par McCarthy devant les députés israéliens a été clairement non-partisan – ce qui n’a pas été le cas des propos qu’il a pu tenir lors de ses entretiens avec les journalistes. McCarthy a ainsi déclaré au journal de droite Israel Hayom que Biden avait eu tort de ne pas inviter Netanyahu à Washington, disant que le Premier ministre avait déjà attendu « trop longtemps » d’être accueilli à la Maison Blanche depuis qu’il est revenu au pouvoir, au mois de décembre dernier.

« Si ça n’arrive pas, j’inviterai le Premier ministre à venir me rencontrer à la Chambre », a dit McCarthy. « C’est un ami qui m’est cher, en tant que Premier ministre d’un pays avec lequel nous entretenons les liens les plus étroits ».

Amir Ohana, président de la Knesset et membre du parti du Likud, a laissé entendre que l’invitation de McCarthy était une sorte de remontrance à l’égard de Biden. Le président américain a indiqué qu’il ne souhaitait pas voir Netanyahu avant que le Premier ministre ne lui apporte la preuve qu’il saura limiter l’influence de ses partenaires d’extrême-droite, et avant qu’il renonce à ses efforts controversés visant à affaiblir le système judiciaire. L’occupant du Bureau ovale a estimé, pour sa part, que le plan de refonte du système de la justice israélien qui est actuellement avancé par la coalition portera atteinte à la démocratie.

La députée de Floride Debbie Wasserman Schultz pendant un événement avec l’ancienne députée Gabrielle Giffords d’Arizona à l’université de Floride à Miami, le 12 septembre 2022. (Crédit : AP/Rebecca Blackwell)

Alors que McCarthy se préparait à quitter Israël, la représentante Debbie Wasserman Schultz, une démocrate de premier plan, a déclaré à ses collègues que les manœuvres républicaines sur la question du budget mettaient en péril l’assistance américaine à Israël.

L’avertissement lancé par Wasserman Schultz a suivi l’adoption par les Républicains de la chambre, qui ont voté le long des lignes partisanes, d’un projet de loi limitant le plafond de la dette qui freinerait les dépenses gouvernementales avant de les réduire. Ce que la législation se propose de diminuer ou de conserver très exactement reste toutefois largement indéterminé à ce stade. Mais Wasserman Schultz, représentante juive du sud de la Floride, a estimé que la formulation du texte de loi prévoyait la réduction de toutes les dépenses en-dehors du secteur de la Défense, notamment les aides étrangères – ce qui signifie, a-t-elle dit, que les 3,3 milliards de dollars obtenus chaque année par l’État juif en aide à la Défense pourraient être revus sérieusement à la baisse, peut-être même de 726 millions de dollars.

« Ce qui met en péril la sécurité d’Israël », a confié Wasserman Schultz à la JTA. « Sans protection spécifique, explicite, nous ne pouvons pas avoir la certitude qu’Israël restera un endroit sûr ».

McCarthy a lancé ce projet de loi limitant la dette en faisant un pari : il n’a aucune chance d’être adopté tel qu’il est au sénat, à majorité démocrate, et le président de la Chambre des représentants américaine a indiqué qu’il n’entrerait dans les détails de la législation qu’au commencement des négociations. Une législation qui est nécessaire pour permettre d’élever le montant que le gouvernement est en droit d’emprunter sous peine de se retrouver en défaut sur la dette publique.

Dimanche, un porte-parole de la JTA a expliqué que l’assistance à Israël ne serait pas touchée et le lendemain, McCarthy a en a fait explicitement la promesse lors de son discours à la Knesset. « Tant que je resterai président de la chambre, l’Amérique continuera à soutenir le financement total de l’aide sécuritaire qui est versée à Israël », a-t-il juré.

Sous certains aspects, le débat qui a animé les couloirs du congrès, cette semaine, reflète celui qui avait eu lieu en 2011 – la dernière fois où un candidat démocrate se présentait à sa réélection alors que les républicains contrôlaient la chambre. A ce moment-là, les républicains avaient éreinté le président Barack Obama qui, selon eux, faisait preuve d’une amitié insuffisante à l’égard d’Israël tandis que les Démocrates s’étaient inquiétés de ce que les réductions de dépenses envisagées par les Républicains ne viennent porter atteinte à l’aide apportée à l’État juif.

Le président de la Chambre américaine Kevin McCarthy lors d’une session spéciale en séance plénière de la Knesset, le 1er mai 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais Wasserman Schultz a fait remarquer qu’à un égard, le projet de loi de dépenses des Républicains, cette année-là, n’avait pas posé autant de risques pour Israël. Avant les élections de 2010, le républicain Eric Cantor, Juif et membre de la Chambre des représentants, avait promis que le budget alloué en faveur de l’assistance à Israël était sacro-saint et que la législation envisagée par les Républicains mentionnerait bien que l’aide apportée à l’État hébreu ne serait pas réduite.

« Il n’y a rien dans cette loi de spécifique qui vienne garantir que l’aide apportée à Israël sera protégée », a commenté Wasserman Schultz, évoquant la législation qui est avancée cette année.

Wasserman Schultz n’a pas été la seule à demander l’assurance que l’aide à Israël resterait intacte. L’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le lobby pro-israélien, l’a aussi réclamé.

« Nous continuons à travailler avec les membres du congrès pour nous assurer que les financements de l’assistance sécuritaire à Israël resteront les mêmes, sans conditions supplémentaires », a indiqué Marshall Wittmann, le porte-parole de l’AIPAC, à la JTA. « C’est une priorité législative absolue, dans la mesure où elle sert les intérêts sécuritaires des États-Unis et de notre allié, Israël, et nous nous réjouissons de voir que de nombreux membres du congrès ont d’ores et déjà écrit à des membres de premier plan de la Commission des crédits pour leur faire part de leur soutien à ces financements ».

Wasserman Schultz a indiqué que si elle saluait les assurances données par McCarthy sur Israël, elle s’inquiétait de ce que les réductions budgétaires des Républicains n’aient un impact sur les aides étrangères dans leur ensemble. L’AIPAC et d’autres groupes pro-israéliens ont également fait savoir que l’assistance aux pays étrangers, de manière générale, était essentielle pour la préservation de l’influence américaine à l’international.

« Les mots comptent mais les actions qui figurent dans le projet de loi sur la dette publique qui est avancé par les Républicains et qui a été adopté à la chambre ne correspondent pas à la rhétorique employée », a-t-elle écrit dans un texto, lundi. « Mais même si ce caucus permet à McCarthy de tenir la promesse qu’il a faite, les réductions drastiques envisagées dans la législation décimeront le soutien apporté à nos partenaires et à nos efforts diplomatiques dans la région, sapant plus largement la sécurité d’Israël ».

Interrogé à Jérusalem sur les négociations en cours sur le plafond de la dette, McCarthy a fait remarquer qu’à un égard au moins, lui et le Premier ministre étaient sur le même bateau.

« Le président ne m’a pas encore parlé », a-t-il dit, quelques heures avant que Biden ne l’invite à la Maison Blanche pour le lancement des négociations sur le plafond de la dette. « Je suis un peu comme Netanyahu ».

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