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Avant Pessah, l’ONG Leket alerte sur les risques de surachat et de gaspillage

Selon les estimations, le ménage israélien moyen dépensera environ 2 640 shekels en nourriture en avril, dont 340 shekels seront gaspillés

Leket Israël prépare des colis de produits frais pour les Israéliens dans le besoin.(Crédit : Leket Israël)
Leket Israël prépare des colis de produits frais pour les Israéliens dans le besoin.(Crédit : Leket Israël)

Cette année, les Israéliens devraient gaspiller 525 millions de shekels de produits pendant Pessah, a rapporté l’ONG Leket Israël.

Selon le cabinet de consulting BDO, les ménages israéliens dépenseront environ 2 milliards de shekels en produits agricoles pour la prochaine fête de Pessah. Sur ce total, 65 000 tonnes d’une valeur de 525 millions de shekels seront jetées. Dans l’ensemble, le ménage israélien moyen dépensera environ 2 640 shekels en nourriture en avril, dont 340 shekels seront gaspillés.

En plus des gaspillages qu’il y a chaque année lors de la fête, il y a cette année encore plus de surplus agricole en raison des sanctions imposées à la Russie et de l’arrêt de toutes les exportations vers la Russie et l’Ukraine. Les échanges agricoles israéliens avec la Russie s’élèvent à environ 700 millions de shekels chaque année. En raison de ces sanctions, environ 73 millions de shekels de production agricole et en ressources environnementales seront perdus, le marché israélien ne pouvant pas absorber les quantités cultivées pour des marchés d’exportation aussi importants. De plus, inonder le marché avec les légumes en question entraînerait une chute des prix si importante que les agriculteurs cesseraient de récolter les cultures destinées au marché local. La situation devrait ainsi entraîner la destruction inutile et à grande échelle de milliers de tonnes de produits de qualité destinés à l’exportation.

« Après les deux dernières années où, malheureusement, de nombreuses personnes ont souffert financièrement de la pandémie, beaucoup connaissent une insécurité alimentaire pour la première fois et il est dévastateur de voir combien de nourriture continue à être gaspillée », a expliqué Joseph Gitler, fondateur et président de Leket Israël. « De plus, les agriculteurs étant dans l’impossibilité d’exporter ce qu’ils ont cultivé spécifiquement pour les marchés russe et ukrainien, il est de notre obligation d’essayer de sauver ces produits avant leur destruction et de les acheminer vers ceux qui en ont besoin. Il y a tellement de gens qui manquent de nourriture pour les fêtes, c’est une solution gagnant-gagnant pour tout le monde. »

Leket Israël est la banque alimentaire nationale israélienne et la plus grande organisation de sauvetage alimentaire du pays. Elle récupère ainsi les invendus et les produits non consommés des agriculteurs, des hôtels, des cafétérias d’entreprise, des bases de l’armée… En 2021, Leket Israël a collecté et distribué 25 000 tonnes de fruits et légumes frais et 1,7 million de repas dans son réseau de 246 agences partenaires à but non lucratif, qui aident chaque semaine 223 000 Israéliens dans le besoin.

En 2020, environ 2,5 millions de tonnes de nourriture gaspillée ont coûté au pays 19,1 milliards de shekels à Israël soit, en moyenne, 3 600 shekels par foyer, selon le sixième rapport annuel sur le gaspillage alimentaire publié fin 2021 par Leket en partenariat avec le ministère de la Protection environnementale.

Ce gaspillage représente 35 % de la nourriture produite en Israël. La moitié environ des denrées jetées à la poubelle était encore consommable et aurait pu être revendue.

Ces pertes coûtent à l’environnement 3,4 milliards de shekels supplémentaires, a indiqué l’étude, en prenant en compte les ressources en termes de terre, d’eau, de collecte et de traitement des déchets et en s’arrêtant aussi sur la pollution de l’air et les émissions à effet de serre qui se dégagent dans ce secteur très précis et qui s’élèvent à cinq millions de tonnes, selon les estimations – soit 6 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre en Israël.

Au total, un tout petit peu moins d’un foyer sur cinq (18,7 %) des foyers ont souffert d’insécurité alimentaire en 2020, ce qui correspond à un demi-million de foyers, a noté Leket.

L’insécurité alimentaire est définie comme l’incapacité à garantir un approvisionnement de produits alimentaires constant qui est susceptible de contenir tous les éléments nécessaires à un bon développement et à la santé.

Une dame âgée reçoit un repas livré par Leket, la banque alimentaire nationale. (Autorisation de Leket)

Un autre rapport, qui a été émis début décembre par l’organisation d’aide israélienne Latet, a estimé qu’environ 630 000 foyers souffraient d’insécurité alimentaire – dont 300 000 gravement. Dans ces foyers, près de 800 000 enfants sont âgés de moins de 18 ans.

L’étude de Leket a établi que la crise de la COVID-19 n’avait pas modifié de façon significative le gaspillage par rapport aux autres années mais qu’elle avait changé, en revanche, la distribution des excédents recueillis par les associations.

Avec plus de personnes qui sont restées chez elles, le gaspillage, dans les foyers, a néanmoins augmenté de 800 millions de shekels par rapport à 2019 tandis que dans le secteur agricole, il a également connu une hausse et ce, principalement pendant la premier confinement – en raison de la pénurie de main-d’œuvre, des restrictions d’importation sur les produits agricoles et de la fermeture des hôtels, des restaurants et des cafétérias dans les entreprises.

Des bénévoles trient des produits alimentaires dans un entrepôt de Leket Israel, principale banque alimentaire du pays. (Crédit : Ben Sales/JTA)

Dans les établissements tels que les hôtels ou les bureaux, les déchets ont baissé d’environ 50 %, à 2,2 milliards de dollars en comparaison avec 2019.

Au mois d’avril 2020, au paroxysme de la crise, environ 1,2 million d’employés avaient quitté le marché du travail. Pendant l’année, 825 000 employés ont encaissé une perte de revenu. Après déduction des subventions gouvernementales versées dans le cadre de la pandémie de COVID-19, le rapport conclut que 150 000 personnes supplémentaires ont sombré dans l’insécurité alimentaire à ce moment-là et que les Israéliens qui étaient déjà dans le besoin le sont dorénavant davantage.

En raison des confinements, de la fermeture des écoles et du passage à l’enseignement à distance et en capsules et en raison aussi des journées passées en quarantaine par les élèves, ce sont environ 60 millions de repas qui n’ont pas été distribués dans les institutions d’éducation.

Les soupes populaires en ont également pâti, particulièrement pendant le premier confinement – avec 900 millions de shekels de moins qui ont été dépensés pour l’aide alimentaire en 2020, par rapport à 2019.

Le rapport dénonce la décision prise par le précédent gouvernement de verser des allocations pour la population toute entière, disant qu’il aurait été plus avisé de soutenir davantage les nécessiteux et qu’il aurait été plus efficace au niveau économique de financer des programmes de distribution alimentaire plutôt que de laisser chaque famille payer pour ses besoins.

Des bénévoles de Leket Israel livrent des produits alimentaires à des personnes défavorisées, au mois de septembre 2020. (Crédit : Leket Israël)

« L’augmentation en termes de déchets alimentaires et l’élargissement des écarts en matière de sécurité alimentaire qui sont survenus pendant la pandémie renforcent la nécessité d’utiliser la récupération des denrées en tant qu’outil de politique nationale parmi d’autres », précise le rapport qui appelle à fixer un objectif national visant à réduire le gaspillage de moitié d’ici la fin de la décennie.

Gidi Kroch, à la tête de Leket Israël, a appelé le Premier ministre Naftali Bennett à créer un plan interministériel de récupération des denrées alimentaires.

Chen Herzog, économiste en chef au sein de BDO Consulting et rédacteur du rapport, a qualifié de « folie économique » l’absence de politique nationale de récupération des denrées alimentaires nationale au cours de l’année 2020, où pas moins de 150 000 Israéliens ont sombré dans l’insécurité alimentaire.

« La prévention du gaspillage et la récupération des denrées non-utilisées sont des outils politiques à la fois économiques, sociaux et environnementaux », a-t-il poursuivi, ajoutant que « sans formuler un plan national permettant de récupérer les denrées alimentaires et d’empêcher le gaspillage, nous ne parviendrons pas à atteindre les objectifs en termes de climat et nous ne serons pas à la hauteur des déclarations faites lors de la conférence environnementale de Glasgow [la COP 26 des Nations unies] en matière de réduction des gaz à effet de serre dans le domaine des déchets ».

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