Avec des alliés comme eux, qui a besoin d’ennemi ?
Rechercher
Analyse

Avec des alliés comme eux, qui a besoin d’ennemi ?

Alors que Netanyahu fantasme sur une possible détente avec le monde arabe, les Etats-Unis et l’UE se préparent à mettre la pression

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 10 mai 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem / Flash90, Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 10 mai 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem / Flash90, Pool)

Oubliez les Etats-Unis d’Amérique. Ne pensez plus au Canada, à l’Australie et l’Allemagne. Les jours où ces pays étaient considérés comme plus proches amis d’Israël ne sont plus. Les nouveaux meilleurs amis de l’Etat juif sont l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis.

Tout du moins c’est l’impression que l’on pourrait avoir si on écoutait attentivement le récent discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Nos meilleurs alliés sont en fait, ces jours-ci, certains de nos voisins arabes, parce qu’ils savent que nous sommes confrontés à une menace commune », a déclaré Netanyahu mardi lors d’une conférence à Jérusalem.

La notion à laquelle il se réfère n’est pas nouvelle : Israël et les Etats arabes sunnites considérés comme modérés ont un ennemi commun en l’Iran, et l’ennemi de mon pire ennemi doit être mon meilleur ami.

Ces derniers jours, Netanyahu a parlé à plusieurs reprises de cette convergence d’intérêts, ce qui suggère que cela pourrait conduire à un accord de paix régional.

Les Etats du Golfe ont exprimé leur mécontentement envers l’administration américaine au sujet de son rapprochement avec l’Iran donnant au Premier ministre l’espoir de renforcer la coopération avec le monde arabe.

« Nous avons fait la paix avec deux de nos voisins arabes, mais il y a de nouvelles forces dans la région », a déclaré le Premier ministre à la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen lundi. « Non seulement, ils nous menacent, mais menacent aussi nos voisins arabes avec lesquels nous avons fait la paix. Cela crée la possibilité de faire d’autres alliances avec d’autres Etats arabes ».

Jeudi dernier, Netanyahu a déclaré que les intérêts mutuels d’Israël et des Etats arabes « créent des opportunités d’alliances et peut-être même pour la promotion de la paix ».

Depuis, il a répété cette idée peut-être une douzaine de fois – peut-être parce qu’il croit que des déclarations de paix pourraient adoucir la pression attendue des Etats-Unis et de l’Union européenne pour faire avancer le processus de paix avec les Palestiniens.

En outre, après la rupture de la dernière ronde de négociations de paix parrainées par les États-Unis l’année dernière, Netanyahu ne croit plus que les pourparlers bilatéraux puissent conduire à un accord. Il espère donc que la possibilité d’un partenariat avec les Etats arabes puisse se traduire par un accord régional, sur le modèle de l’Initiative de paix arabe de 2002.

Mais tous ceux qui espèrent que le discours constant de Netanyahu sur un accord régional signifie qu’un vrai rapprochement entre les Arabes et les Israéliens, et qu’un accord ultérieur avec les Palestiniens, se profile à l’horizon seront probablement déçu.

Premièrement, un coup d’œil sur les lignes directrices d’un nouveau gouvernement israélien révèle rapidement que trouver une solution viable au conflit israélo-palestinien ne figure pas parmi ses priorités.

« Le peuple juif a le droit incontestable d’un Etat souverain dans la Terre d’Israël, sa patrie nationale et historique, » indique la feuille de route du nouveau gouvernement, en écho aux principes des deux derniers gouvernements de Netanyahu (en 2009 et 2013).

« Le gouvernement fera progresser le processus diplomatique et nous nous efforçons à parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens et tous nos voisins, tout en maintenant la sécurité d’Israël, les intérêts nationaux et historique ».

Ce qui est frappant au sujet de ces lignes directrices, qui ont été présentées à la Knesset cette semaine, est l’absence de toute mention d’un Etat palestinien ou même de la solution à deux Etats.

Netanyahu accepte officiellement, en principe, à la création d’un Etat palestinien démilitarisé qui reconnaît qu’Israël est l’Etat-nation du peuple juif. Mais il croit que dans les circonstances actuelles, avec les islamistes radicaux faisant des ravages dans le voisinage immédiat d’Israël, une solution à deux Etats comme imaginé par la communauté internationale est irréalisable, voire impossible.

Aussi bien l’administration des États-Unis que de l’UE ont explicitement appelé le nouveau gouvernement d’Israël à s’engager dans l’objectif d’un Etat palestinien et de prendre des mesures réelles vers un renouvellement du processus de paix.

« Nous attendons du nouveau gouvernement israélien et des Palestiniens qu’ils démontrent – grâce à des politiques et des actions – un véritable engagement dans une solution à deux Etats », a déclaré le président américain Barack Obama dans une interview mercredi.

Benjamin Netanyahu et Federica Mogherini à la Knesset le 16 juillet 2014 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)
Benjamin Netanyahu et Federica Mogherini à la Knesset le 16 juillet 2014 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Federica Mogherini, la chef de la politique étrangère de l’UE, prévoit un voyage dans la région pour encourager les deux parties à reprendre les pourparlers de paix.

Elle a parlé la semaine dernière de la nécessité pour le nouveau gouvernement d’Israël de « permettre la relance des négociations de paix palestinien/israélien dès que possible, dans le but de parvenir à un accord global pour la création d’un État palestinien indépendant, démocratique, contigu et viable ».

Washington et Bruxelles veulent voir des actions, pas seulement des mots. Ils considèrent les commentaires de Netanyahu sur « la paix régionale » comme de pure forme, destinée à apaiser le monde alors qu’Israël continue à étendre les implantations en Cisjordanie.

Les accords de coalition que Netanyahu a signés avec HaBayit HaYehudi et sa nomination de Tzipi Hotovely en tant que ministre adjoint des Affaires étrangères ne soulèvent pas la confiance de la communauté internationale dans son engagement pour une solution à deux Etats.

La députée Tzipi Hotovely (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)
La députée Tzipi Hotovely (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

Membre de la communauté nationale-religieuse, Hotovely est une ardente défenseuse d’une solution à un Etat. Elle a appelé à plusieurs reprises à l’annexion de la totalité de la Cisjordanie (offrant la citoyenneté israélienne aux Palestiniens qui y vivent) et, en 2011, a invité le groupe extrême droite anti-assimilation juive Lehava à la Knesset et les a douchés d’applaudissements.

En outre, HaBayit HaYehudi a obtenu le contrôle de la Division des implantations et de l’administration civile de l’Organisation sioniste mondiale (via le ministre adjoint de la Défense Eli Ben Dahan), qui est responsable de « la mise en œuvre de la politique du gouvernement » par l’armée israélienne en Cisjordanie.

Donc, qu’en est-il du rêve de Netanyahu d’une détente arabo-israélienne détente ? Peut-être qu’il y a des choses que seuls les fonctionnaires au hauts échelons du gouvernement savent, mais les experts doutent que l’alliance avec les Etats du Golfe soient dans les cartes.

« Dans les circonstances actuelles, cet espoir [de renforcer la coordination stratégique] ignore le fait que même si l’Iran est craint et détesté dans de nombreux pays arabes sunnites, Israël, quoique peut-être moins à craindre, n’est pas moins détesté – en raison de la solidarité arabe avec les Palestiniens », a écrit Mark A. Heller, de l’Institut d’études de la sécurité nationale, dans un article publié cette semaine.

Le potentiel de liens élargis existe certainement, a admis Heller, mais un accord régional de paix est peu probable à moins qu’Israël ne prenne des mesures tangibles sur le front palestinien.

Et si les progrès se révèlent difficiles en raison de réticence de Ramallah, les dirigeants arabes exigeraient de Jérusalem qu’il accepte, du moins en principe, l’Initiative de paix arabe et de la restriction de l’expansion des implantations.

Jusqu’à présent, il n’y a aucune indication que le 34e gouvernement d’Israël envisage sérieusement ces options, a estimé Heller.

Le Premier ministre et ses collègues peuvent faire valoir que « le coût palestinien » ne vaut pas l’ « avantage » régionale, écrit-il, « mais ils devraient au moins éviter de se livrer au fantasme que la participation d’Israël à une réponse régionale aux défis d’Israël – la menace iranienne, le radicalisme islamiste, l’irresponsabilité américaine, ou toute autre chose – est un substitut pour les mesures sur la question palestinienne plutôt qu’une conséquence de celle-ci ».

En l’absence de progrès significatifs dans le processus de paix, les nouveaux « meilleurs alliés » de Netanyahu dans le monde arabe continuera à mépriser Israël. Les amis de Jérusalem aux États-Unis et dans l’Europe ne seront pas si gentils que ça non plus.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...