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Avec la disparition des survivants, un petit musée se penche sur le futur de l’enseignement de la Shoah

La Maison des combattants du ghetto cherche à établir des partenariats avec d'autres institutions pour explorer la manière d'enseigner la tragédie aux générations futures

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La Maison des combattants du ghetto, musée du patrimoine de l'Holocauste et de la résistance juive,    en mai 2011. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)
La Maison des combattants du ghetto, musée du patrimoine de l'Holocauste et de la résistance juive, en mai 2011. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Alors que le nombre de rescapés survivants de l’Holocauste en mesure de raconter leur histoire ne cesse de diminuer chaque année, un petit mais influent musée situé dans le nord d’Israël et fondé par des rescapés de la Shoah tente d’assurer la transition entre le récit du souvenir et la manière d’enseigner les leçons tirées du génocide aux générations futures.

Lundi, la Maison des combattants du ghetto, dans l’ouest de la Galilée, accueille la cérémonie officielle de clôture de Yom HaShoah, avec la participation du président Reuven Rivlin et celle de son ancien homologue allemand Joachim Gauck, ce qui vient refléter l’initiative prise par le musée : passer de la narration de la tragédie pure qui s’est abattue sur le peuple juif aux leçons morales à tirer pour toute l’humanité.

Le musée, petit mais actif, prévoit de créer un consortium de musées et autres institutions consacrés à l’Holocauste pour débattre de la manière d’enseigner l’Holocauste et de transmettre les leçons qui en ont été tirées aux prochaines générations, explique Arye Carmon, président du Conseil d’administration de la Maison des combattants du ghetto et fondateur du Centre israélien pour la démocratie.

« Nous en sommes dorénavant à la deuxième décennie du 21e siècle, à une période où tous les rescapés de l’Holocauste disparaissent les uns après les autres et qui pourrait s’achever par l’encouragement du déni et l’oubli de la Shoah, explique Carmon. Cela rend nécessaire le fait de se concentrer maintenant sur la vision de la prochaine génération. »

Selon des chiffres israéliens cités dimanche dans le quotidien Yedioth Ahronoth, il y a entre 155 000 et 180 000 survivants qui vivent en Israël, et plus de 16 000 sont décédés l’année dernière. Le chiffre varie, toutefois, selon qui compte et qui est considéré comme un rescapé. L’été dernier, un porte-parole de la Conférence des revendications matérielle des biens juifs à l’Allemagne avait indiqué au Time magazine que seulement 100 000 Juifs encore en vie aujourd’hui avaient connu les camps, les ghettos et la clandestinité sous l’occupation nazie contre 500 000 deux années auparavant seulement.

Avec la présence de Gauck lundi, ce sera la toute première fois qu’un responsable allemand participe à une cérémonie officielle de Yom HaShoah.

Arye Carmon, nouveau directeur du conseil d'administration de la Maison des combattants du ghetto qui veut changer la manière dont le souvenir de l'Holocauste est abordé (Crédit : Arye Carmon)
Arye Carmon, nouveau directeur du conseil d’administration de la Maison des combattants du ghetto qui veut changer la manière dont le souvenir de l’Holocauste est abordé (Crédit : Arye Carmon)

« Il est également remarquable que le président Rivlin ait accepté de participer à la cérémonie », dit Carmon.

Carmon souligne que changer les objectifs de l’enseignement de l’Holocauste est un défi qui va au-delà de la portée d’une seule institution et que l’un des objectifs est de créer un consortium d’organisations et des sessions de réflexion, en Europe et en Amérique du nord, qui permettront de développer une feuille de route des prochaines évolutions à envisager.

Carmon, qui a pris ses fonctions à la fin de l’année dernière, indique qu’il a déjà tenté de s’atteler à la question de l’approche de l’enseignement de la Shoah il y a plus de 40 ans, cherchant à s’intéresser également aux questions plus larges de la xénophobie, mais qu’on lui avait répliqué que ses idées étaient trop en avance sur leur temps.

Carmon pense que la vision du monde sur l’Holocauste a changé ces dernières années. Considérés comme des victimes, Israël et les Juifs sont dorénavant vus comme des agresseurs des Palestiniens. Il souligne également ce qu’il considère comme une tendance mondiale au nationalisme et à la xénophobie dans les démocraties mondiales, des changements politiques qui, dit-il, rendent nécessaires la modification de l’approche de l’enseignement de l’Holocauste.

« Le changement n’est pas facile, estime-t-il. Un grand nombre de gens insistent sur le fait de s’en tenir aux leçons du passé, et c’est ce qui les guide. Mais au lendemain de Yom HaShoah, nous commencerons le processus stratégique, chercherons des partenaires et trouveront des manières plus tangibles de nous souvenir. »

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