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Si le Premier ministre savait, il ne peut plus diriger

Barak : l’Affaire 3000 est une « quasi trahison », Netanyahu doit démissionner

Pour l’ancien Premier ministre, ce scandale de corruption est l’un des pires de l’histoire d’Israël ; selon le Likud, Barak lance "de fausses accusations"

L'ancien Premier ministre Ehud Barak assiste au lancement du mouvement Mehazkim à Tel Aviv le 24 août 2018. (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)
L'ancien Premier ministre Ehud Barak assiste au lancement du mouvement Mehazkim à Tel Aviv le 24 août 2018. (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

L’ancien Premier ministre Ehud Barak souhaite une enquête sur l’acquisition de navires de guerre, un des cas de corruption les plus graves de l’histoire d’Israël qu’il qualifie de “quasi trahison”.

S’exprimant samedi lors d’une manifestation culturelle à Nes Tziona, quelques jours à peine après que la police a recommandé d’inculper un certain nombre de suspects dans l’enquête, Barak a également appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à démissionner, à la suite d’accusations criminelles portées contre plusieurs de ses proches collaborateurs.

L’enquête, connue sous le nom d’Affaire 3000, est considérée comme l’un des plus lourds cas de corruption de l’histoire du pays et porte sur l’achat de sous-marins à 2 milliards de dollars à un constructeur naval allemand.

“L’affaire des sous-marins est l’une des plus graves de l’histoire de l’Etat”, a déclaré Barak, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et ancien ministre de la Défense. “C’est pratiquement une trahison.”

“En fin de compte, le cercle restreint du Premier ministre est impliqué dans cette affaire”, a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’INS Tanin, sous-marin construit par la firme allemande ThyssenKrupp, à son arrivée en Israël, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Bien que Netanyahu lui-même ne soit pas suspect dans l’affaire, M. Barak a déclaré que les accusations criminelles formulées par la police contre l’ancien avocat du Premier ministre et d’autres proches collaborateurs justifient sa démission.

“Dans tous les pays normaux du monde, Netanyahu rendrait les clés et démissionnerait”, a déclaré Barak, qui a été commandant pour le Premier ministre dans l’armée, avant de le vaincre aux élections de 1999, puis de devenir son ministre de la Défense (2009-2013).
“Si [Netanyahu] savait, sa place est en prison. S’il ne savait pas, alors il n’est pas apte à diriger le pays”, a ajouté Barak.

L’appel à la démission de Netanyahu par l’ancien Premier ministre travailliste fait écho à la demande formulée par un certain nombre de personnalités de l’opposition depuis que la police a recommandé jeudi l’inculpation de plusieurs personnalités connues dans l’Affaire 3000, parmi lesquelles l’ancien avocat du Premier ministre, candidat au poste de conseiller à la sécurité nationale.

Avi Gabbay, l’actuel chef de l’alliance du syndicat et de l’Union sioniste, a déclaré que les accusations portées contre les collaborateurs de Netanyahu s’apparentaient à une “trahison”, tandis que l’ancien ministre de la Défense, Moshe Yaalon, a déclaré que le fait que la police ne considérait pas Netanyahu comme un suspect malgré l’implication de son avocat de confiance, David Shimron, soulève de sérieuses questions sur l’enquête.
Le Likud de Netanyahu a publié une déclaration contre Barak, l’accusant d’avoir “lancé des accusations sans fondement” contre le Premier ministre.

Il a également déclaré qu’il partageait la “douleur de Gabbay et de ses amis de l’Union sioniste, qui rappellent que leurs efforts pour associer le Premier ministre Netanyahu à la question des sous-marins ont sombré dans les profondeurs”.

Outre Shimron, qui est aussi le cousin de Netanyahu, la police a déclaré qu’il y avait suffisamment de preuves pour inculper l’ancien chef adjoint du Conseil de sécurité nationale, le général Avriel Bar-Yosef; l’ancien chef de marine Eliezer Marom; David Sharan, ancien chef de cabinet de Netanyahu; le général Shay Brosh; et l’ancien ministre Eliezer Sandberg.

La police a recommandé que les suspects soient inculpés pour corruption, fraude, abus de confiance, blanchiment d’argent et d’autres accusations moins graves.

L’avocat du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Shimron, son ancien ambassadeur diplomatique, Yitzhak Molcho, son ancien chef de bureau, David Sharan, son ancien conseiller de sécurité nationale, Avriel Bar-Yosef, et son ancien commandant de la marine israélienne Eliezer Marom. (Crédit : Flash90)

Malgré les liens de Netanyahu avec les suspects de l’affaire, Shimron a rejeté les allégations selon lesquelles le Premier ministre – qui a été interrogé en tant que témoin mais pas en tant que suspect – était au courant ou impliqué dans les actes reprochés.
“Je ne donne pas au Premier ministre d’informations sur mes clients, tout comme je ne lui pose pas de questions sur les différents sujets qu’il traite”, a déclaré Shimron au journal télévisé israélien Hadashot lors d’un entretien jeudi.

Shimron a également nié tout acte répréhensible de sa part et s’est dit convaincu que les procureurs clôtureraient la procédure sans acte d’accusation.

Shimron est soupçonné d’avoir organisé un contrat de défense d’un montant de 6 milliards de shekels (1,5 milliard de dollars) pour l’achat de sous-marins de la marine israélienne et d’autres navires destinés à la protection des gisements de gaz naturel maritime du pays, une transaction qui aurait pu lui rapporter une importante commission. Le propre rôle de Netanyahu dans la décision d’achat, y compris son insistance pour que ThyssenKrupp soit exempté du processus d’appel d’offres usuel du ministère de la Défense, a fait craindre un conflit d’intérêts pour Shimron. Une partie de l’accord prétendument appuyé par Shimron aurait également vu ThyssenKrupp construire un chantier naval lucratif en Israël, où la société aurait eu de nouveaux navires.

La police a déclaré que les preuves étaient insuffisantes pour recommander la mise en accusation de l’ancien conseiller et confident de Netanyahu, Yitzhak Molcho, partenaire juridique de Shimron, également lié à l’affaire.

Netanyahu lui-même n’est pas suspecté dans l’affaire, mais la police l’a interrogé comme témoin. Il est suspect dans plusieurs autres enquêtes dans lesquelles il a nié toute malversation.

Les recommandations de la police vont maintenant être examinées par les procureurs d’État qui décideront s’il y a lieu d’entamer des poursuites.

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