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Ben Gvir : « Les crimes qui touchent la communauté arabe pourraient très bien se propager dans la communauté juive »

"Est-ce que c'est ma faute si des dizaines de milliers d'armes circulent actuellement dans la communauté arabe ?", a interrogé le ministre devant les caméras de Kan

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors d'un événement organisé par la police, à Jérusalem, le 17 août 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors d'un événement organisé par la police, à Jérusalem, le 17 août 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui supervise la police, a expliqué mercredi que la vague criminelle croissante qui s’abat sur la communauté arabe était une menace pour l’État d’Israël et qu’elle pourrait se propager dans la communauté juive, ajoutant que cet état de fait représenterait « une menace plus importante » que le bilan presque quotidien des homicides chez les Arabes israéliens.

« La réalité est que nous faisons face à une menace existentielle », a commenté le ministre d’extrême-droite qui a été attaqué, mercredi, par des personnalités de l’opposition et de la coalition en raison de sa prise en charge des meurtres en série qui sont commis dans la communauté arabe. Les chiffres de ces violences ont fait exploser les records.

« Il ne s’agit pas seulement de plus de 150 victimes de meurtre, que leur mémoire soit une bénédiction, mais d’une menace plus importante encore qui pèse aujourd’hui sur nous », s’est emporté Ben Gvir dans un entretien accordé à la chaîne publique Kan, qualifiant les gangs criminels arabes de « milices » armées.

« Les crimes qui touchent la communauté arabe pourraient très bien se propager dans la communauté juive. Ces gens ont toutes sortes d’armes qui pourraient se tourner contre nous si quelqu’un leur en donnait l’ordre », a-t-il dit.

En réponse à ces propos, la journaliste qui l’interrogeait lui a demandé : « Mais ne devons-nous nous inquiéter de cette problématique uniquement parce qu’elle est susceptible de se propager aux communautés juives ?… ». Ben Gvir a estimé que cet aspect était, en effet, « important ».

« C’est un problème de vague criminelle qui va se transformer en menace sécuritaire pour l’État d’Israël », a-t-il indiqué. « Cette réalité n’est pas une bonne chose et les choses vont encore empirer. Nous ne prenons pas pleinement la mesure du problème ».

Parlant du terrorisme en Cisjordanie, Ben Gvir a affirmé que les droits de sa famille étaient plus importants que les droits des Arabes qui vivent sur ce territoire.

« Mon droit, le droit de mon épouse et de mes enfants de se déplacer sur les routes de la Judée-Samarie, sont plus importants que la liberté de déplacement des Arabes », a-t-il déclaré, se référant à la Cisjordanie par son nom biblique. « C’est la réalité, c’est la vérité ».

Ben Gvir s’est exprimé au lendemain du meurtre de quatre hommes – l’un d’entre eux était candidat au conseil municipal – qui ont été abattus dans la ville arabe d’Abu San. Il y a deux jours, le directeur-général de la municipalité de Tira avait été tué, lui aussi par arme à feu.

Un groupe de veille anti-violences, Abraham Initiatives, a fait savoir que 156 homicides avaient eu lieu dans la communauté arabe israélienne depuis le début de l’année 2023.

Dans les entretiens distincts accordés par le ministre de la Sécurité nationale à Kan et à la Douzième chaîne, Ben Gvir a mis en cause des années de négligences de la part du gouvernement, le renforcement des familles du crime et les nombreuses armes illégales qui circulent au sein de la communauté arabe, expliquant que ces facteurs étaient à l’origine de la vague de violences actuelle. « Vous avez des familles du crime, des gangs. Est-ce que c’est ma faute si des dizaines de milliers d’armes circulent actuellement dans la communauté arabe ? », a-t-il interrogé devant les caméras de Kan.

Le ministre a estimé que les groupes criminels avaient pris de l’influence avec l’afflux d’armes illégales, au cours des dernières années.

« Il y a eu des années et des années de négligences », a-t-il continué, notant que son prédécesseur à son poste, Omer Bar-Lev, ancien ministre de la Sécurité intérieure, n’était pas le seul responsable de la situation.

Bar-Lev avait critiqué avec force Ben Gvir, dans la matinée, disant qu’il était un « zéro » et l’accusant d’avoir mis au rebut des plans qui avaient d’ores et déjà été préparés dans la lutte contre le crime dans les communautés arabes lorsqu’il avait pris ses fonctions, au mois de janvier.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à gauche, et le commandant de police de la région côtière Yoram Sofer présentent une nouvelle proposition visant à éradiquer le crime dans les communautés arabes à Jérusalem, le 17 août 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ben Gvir avait rétorqué que Bar-Lev avait laissé derrière lui un ministère en plein désordre et des forces de police dysfonctionnelles.

Dans son entretien avec la Douzième chaîne, Ben Gvir a accusé Bar-Lev et Yoav Segalovich, ancien responsable de l’unité anti-fraude de la police, le Lahav 433, d’avoir financé les familles du crime. Ils « ont donné de l’argent à la rue arabe et avec cet argent, aujourd’hui, les familles du crime font la fête », a-t-il déclaré.

Dans les deux interviews, le chef d’Otzma Yehudit a défendu son bilan à ses fonctions, affirmant être parvenu à obtenir un budget plus important pour la police, lors des pourparlers de coalition, pour augmenter les salaires, pour embaucher un plus grand nombre d’agents et pour créer de nouveaux postes à responsabilité. Il a déploré le temps qu’il faudra pour qu’il puisse créer sa garde nationale controversée, qui luttera, selon lui, contre le crime local.

« Je veux que les choses se passent maintenant. Je veux des mises en détention administrative maintenant. C’est maintenant que je veux intervenir et combattre les gangs criminels », a-t-il précisé, ajoutant que ce dossier était une priorité urgente.

« Nous n’avons plus de temps à perdre, nous devons faire intervenir maintenant le Shin Bet », a-t-il ajouté. Ben Gvir a demandé de manière répétée une implication de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet dans la lutte contre le crime dans les communautés arabes, et il veut pouvoir utiliser ses outils anti-terroristes – comme les mises en détention administratives qui sont fréquemment utilisées par les autorités militaires en Cisjordanie, mais pas sur le sol israélien.

Suite aux meurtres récents d’un officiel municipal et d’un candidat aux élections locales dans des villes arabes, une commission ministérielle qui a été établie pour s’attaquer aux crimes violents dans les communautés arabes a chargé le Shin Bet, mercredi, d’aider la police dans ses opérations « contre les organisations criminelles, dans tout ce qui relève des élections municipales », a noté un communiqué émis par le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

La prise en charge par Ben Gvir de la vague criminelle qui s’abat sur la communauté arabe a été critiquée, mercredi, par un certain nombre de politiciens de tout le spectre politique.

Parmi eux, un haut-membre du Likud qui a confié au site d’information Ynet, sous couvert d’anonymat, que le ministre était obsédé par la nécessité d’attirer l’attention des médias – une obsession qui entravait sa capacité à tenir pleinement son rôle.

Ben Gvir avait fait campagne sur la promesse de renforcer la sécurité publique et il dirige le ministère qui supervise les forces de l’ordre – mais il n’a pas été en mesure, jusqu’à présent, d’endiguer les violences qui touchent la communauté arabe israélienne.

De son côté, le député de l’opposition Benny Gantz, leader du parti HaMahane HaMamlahti, a vivement recommandé à Netanyahu de renvoyer Ben Gvir et de nommer un autre ministre à son poste.

« J’en appelle au Premier ministre – cela ne dépend que de vous. Aucun prix, au niveau politique, ne vaudra le prix du sang que nous devons payer en tant que société. Vous devez limoger Ben Gvir et nommer un ministre qui a la volonté et qui a les capacités de s’attaquer à cette crise », a déclaré Gantz lors d’un rassemblement organisé à Tira aux côtés de Mansour Abbas, le chef du parti islamiste Raam.

Benny Gantz, député et chef du parti HaMahane HaMamlahti, en visite à Tira, le 23 août 2023. (Crédit : Elad Malka)

« Le ministre qui est censé s’occuper de la sécurité des personnes est incapable de gérer quoi que ce soit et il ne désire pas venir en aide à la communauté arabe », a-t-il ajouté. « C’est une réalité où les citoyens israéliens ignorent s’ils se réveilleront encore en vie, le lendemain matin ».

« Le droit le plus fondamental, le droit de vote, le droit d’être élu, est menacé », a-t-il continué, faisait référence aux personnalités politiques prises pour cible avant le scrutin municipal. « Sans garantir une vie en sécurité, sans garantir le droit fondamental de pouvoir voter, le droit d’être élu, alors la démocratie perd son droit à exister ».

Gantz a aussi critiqué le gouvernement pour les attaques lancées par certains ministres et certains députés de la coalition à l’encontre de hauts-responsables militaires, comme le chef d’état-major Herzi Halevi, à un moment où l’État juif doit aussi affronter une série d’attentats terroristes meurtriers.

« Quand des ministres du cabinet transforment des discussions en conférence de presse, et que des membres de la coalition attaquent les commandants militaires, nous transmettons de la faiblesse, nous ne transmettons plus de la résilience ou de la force. Nous donnons à nos ennemis de la motivation et nous sapons la dissuasion », a-t-il expliqué, faisant référence à des fuites émanant d’une rencontre du cabinet, la veille, qui ont révélé des disputes entre les ministres.

Peu après la réunion, des propos partiels avaient fuité auprès des médias, impliquant Ben Gvir et le ministre de la Défense Yoav Gallant. Ce dernier avait été blâmé, vingt-quatre heures auparavant, par Ben Gvir et d’autres ministres ultra-nationalistes qui avaient déclaré qu’il était responsable de la vague de terrorisme actuelle.

Une source non identifiée – le site Ynet a indiqué qu’il s’agissait d’un ministre issu du Likud – a, lui aussi, critiqué Ben Gvir dans la journée de mercredi, confiant au site d’information que le ministre « est obsédé par les médias, c’est tout ce qui le préoccupe. Tout le bruit qu’il fait ne nous aide pas ».

« Il donne l’impression que tout le reste ne l’intéresse pas. Il parle toute la journée et cela fait des dégâts aux niveaux national et international », avait-il poursuivi. « Et tout ce bruit nuit à Netanyahu et au Likud ».

Abbas, le leader du parti Raam, a également demandé le renvoi de Ben Gvir, disant à Ynet : « il faut remplacer le ministre de la Sécurité nationale. La confiance n’est pas là et il faut le remplacer. C’est une initiative nécessaire ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, s’entretenant avec le ministre de la Défense Yoav Gallant lors d’un vote sur le projet de loi du « caractère raisonnable » à la Knesset, le 24 juillet 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Zeev Elkin, député du parti HaMahane HaMamlahti, a déclaré que « voilà le résultat lorsqu’un ministre de la Sécurité nationale ne s’intéresse qu’aux élections et qu’aux coups médiatiques. Les chiffres disent tout ici. Itamar Ben Gvir est devenu le fou du roi et son échec est évident et énorme ».

De son côté, le leader de l’opposition, Yair Lapid, a estimé que « le gouvernement pleinement de droite a échoué », faisant référence aux partis de droite, d’extrême-droite et religieux qui constituent la coalition.

« Il y a plus de terrorisme, il y a plus de meurtres, il y a moins de sécurité individuelle pour les citoyens d’Israël », a dit Lapid. « Sous l’autorité de Netanyahu, le pays se déchire et des Israéliens sont assassinés tous les jours ; c’est l’état d’urgence, nous ne pouvons pas continuer ainsi ».

Pour sa part, la députée provocatrice du Likud, a attribué la responsabilité des violences dans la communauté arabe à la procureure-générale Gali Baharav-Miara qui avait interdit à la police d’utiliser la mise en détention administrative, qui permet d’emprisonner des suspects sans autre forme de procès et sans mise en examen.

« Elle a sur les mains le sang des Israéliens qui ont été assassinés », a déclaré la législatrice. « Il y a quelques mois, la police avait demandé à Miara des mandats de mise en détention administrative pour six individus qui étaient super-dangereux. Miara a refusé ! Depuis, cinq d’entre eux ont été impliqués dans des meurtres et dans des tentatives de meurtre. Le plus important, c’est qu’elle a pu trouver le temps pour ce qui est réellement déterminant – intervenir dans la gouvernance ».

Par ses propos, elle faisait référence à un post écrit par Ben Gvir sur Facebook – le ministre avait affirmé que quelques mois auparavant, la police placée sous son contrôle avait demandé le droit d’arrêter six chefs de gangs et de les placer en détention sans mise en examen. Cet outil est fréquemment utilisé par les autorités militaires en Cisjordanie, mais pas sur le sol israélien et la demande avait été rejetée par Baharav-Miara. Ben Gvir avait alors dit que cinq des six individus avaient ensuite pris part à des homicides, ou à des tentatives d’homicides – ce qui n’avait jamais été confirmé par les autorités.

La police sur les lieux d’une fusillade à Abu Snan, le 22 août 2023. (Crédit : Shir Torem/Flash90)

Dans la même publication, Ben Gvir avait déclaré que les gangs armés arabes étaient « des organisations terroristes » dotées « de budgets énormes et de centaines de milliers d’armes qui sont à leur disposition, avec notamment des millions de balles, des charges explosives et des lanceurs de grenade ».

Selon le groupe de veille Abraham Initiatives, ce sont 156 Arabes israéliens qui ont été tués depuis le début de l’année, majoritairement par arme à feu. A titre de comparaison, 69 personnes avaient perdu la vie dans les mêmes circonstances à la même période, l’année dernière.

Ces meurtres entrent dans le cadre d’une vague de crimes violents qui a déferlé sur la communauté arabe, ces dernières années. De nombreux responsables de la communauté attribuent la responsabilité de cette vague à la police qui, selon eux, a été dans l’incapacité de réprimer les puissantes organisations criminelles et qui a largement détourné le regard face à ces violences. Ils évoquent aussi de longues décennies de négligences et de discrimination de la part des institutions gouvernementales, disant que cette problématique est à la racine du problème.

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