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Nécrologie

Ben Stern, un survivant de la Shoah qui s’est opposé aux néo-nazis, meurt à 102 ans

 Ce "justicier" a empêché les néo-nazis NSM de défiler à Skokie, dans l'Illinois, en 1977, avant de s'opposer aux suprémacistes blancs en Californie en 2017

Le survivant de la Shoah Ben Stern (en chemise bleue) menant 200 marcheurs lors du "Bay Area Rally Against Hate", à Berkeley, en août 2017. (Crédit : Rob Gloster)
Le survivant de la Shoah Ben Stern (en chemise bleue) menant 200 marcheurs lors du "Bay Area Rally Against Hate", à Berkeley, en août 2017. (Crédit : Rob Gloster)

J. the Jewish News Weekly of Northern California via la JTA – Ben Stern, qui a survécu à deux ghettos, neuf camps de concentration et deux marches de la mort pour ensuite affronter des sympathisants nazis dans son Amérique d’adoption, est décédé le 28 février chez lui à Berkeley, en Californie. Il avait 102 ans.

Stern s’était illustré en empêchant des néo-nazis de défiler à Skokie, dans l’Illinois, en 1977. Quarante ans plus tard, il était toujours à la tâche, s’opposant aux suprémacistes blancs à Berkeley lorsqu’ils avaient menacé de venir dans sa ville en 2017.

Il a raconté sa vie à d’innombrables groupes, dans le film documentaire « Near Normal Man » et dans ses mémoires publiés en 2022, Near Normal Man : Survival with Courage, Kindness and Hope (« Homme quasi-normal : Survivre avec courage, gentillesse et espoir »), écrit en collaboration avec sa fille Charlène Stern.

« Je dois rendre hommage à mes proches qui ont été assassinés par les nazis », avait-il déclaré en 2017. « J’ai survécu et je tiens ma promesse, mon obligation envers eux. »

« Il était vraiment humble », s’est souvenue Charlène à propos de son père. « Il voulait juste aider à réparer le monde, à empêcher que d’autres horreurs ne se produisent. »

Stern, qui signait souvent par 129592, le numéro du camp de concentration tatoué sur son bras, est né Bendet Sztern le 21 septembre 1921 à Mogielnica, en Pologne. Il était l’avant-dernier d’une famille de neuf enfants.

Ira Glasser (à gauche), saisissant la main du survivant de la Shoah, Ben Stern, sur cette photo tirée de « Mighty Ira » (« Puissant Ira »). (Crédit : Autorisation)

Après l’invasion allemande de 1939, sa famille et lui ont été envoyés dans un ghetto de leur ville, puis dans le ghetto de Varsovie, où son père est mort en 1942. La même année, le jeune Stern a été envoyé à Majdanek. La plupart des membres de sa famille ont été tués à Treblinka.

Il a ensuite échappé à l’une des fameuses « sélections » de Josef Mengele à Auschwitz en utilisant un faux numéro après avoir été désigné comme mort. Vers la fin de la guerre, il a, une fois de plus, miraculeusement survécu quand un garde a échoué à allumer une bombe placée dans un baraquement rempli de Juifs.

Stern a rencontré sa future épouse, Chayah « Helen » Kielmanowicz, dans le camp de personnes déplacées de Bergen-Belsen ; ils se sont mariés au bout de six semaines seulement. En 1946, ils s’installent à Chicago, où Stern travaille d’abord comme charpentier, puis fonde une entreprise de blanchisserie prospère.

S’il a été libéré par l’armée américaine, il s’est réellement « libéré » deux ans plus tard en se défaisant de sa haine envers ses anciens bourreaux, a expliqué Charlène.

En 1977, le parti néo-nazi National Socialist Movement (NSM) a indiqué qu’il défilerait dans les rues de Skokie, dans la banlieue de Chicago, qui comptait une importante population juive et de survivants de la Shoah.

Stern savait qu’il ne pouvait pas rester silencieux et a alors rejoint une importante campagne de protestation juive contre le rassemblement néo-nazi. Cette initiative a attiré l’attention nationale et bloqué le rassemblement devant les tribunaux pendant plus d’un an.

« Je n’étais pas nerveux », avait-il confié à J. the Jewish News Weekly of Northern California en 2010. « Après ce que j’ai vécu, rien ne pouvait m’ébranler. »

En 1978, les néo-nazis ont été autorisés à défiler, mais ils étaient beaucoup plus nombreux que les contre-manifestants juifs qui suivaient de près l’itinéraire, dans une affaire qui a donné lieu à un arrêt historique sur la liberté d’expression devant la Cour suprême des États-Unis. La manifestation et les procès ont inspiré un téléfilm de 1981, « Skokie », avec Danny Kaye, et ont conduit à la création du Illinois Holocaust Museum & Education Center, d’une superficie de près de 500 mètres carrés, à Skokie, en 2009.

Un grand groupe de manifestants anti-nazis chantant dans un parc de la banlieue majoritairement juive de Chicago pour protester contre une alors éventuelle future marche nazie à Skokie, dans l’Illinois, le 4 juillet 1977. (Crédit : Charles Knoblock/AP Photo)

Les Stern ont déménagé à Berkeley en 2008 pour se rapprocher de leurs deux filles et de leurs petits-enfants. Ils étaient des membres actifs de la Congrégation Netivot Shalom, où Stern avait son propre siège au deuxième rang de la synagogue.

« Lorsque Ben est entré, la congrégation a ressenti une telle révérence et un tel respect. C’était comme si on sortait la Torah de l’arche », a déclaré la rabbin Chaï Levy.

En 2010, Stern a été invité à accompagner un groupe de lycéens lors d’un voyage en Pologne pour visiter des sites commémoratifs juifs. Sa fille a décidé de filmer le voyage, qui a donné le documentaire d’une demi-heure « Near Normal Man ». Le titre – « Un homme quasi-normal » – vient de la conviction de Stern qu’après ce qu’il avait vécu, il ne pourrait jamais être tout à fait normal.

« J’aurais compris s’il avait été colérique, déprimé et renfermé. Il était tout le contraire. J’ai eu un père qui embrassait la vie, aimait les gens et vivait pleinement. Il illuminait les lieux », a raconté Charlène.

Lea Heitfeld, 31 ans, colocataire de Ben Stern, un survivant de la Shoah âgé de 95 ans. (Crédit : Autorisation)

« Je ne comprenais pas comment il avait pu sortir de cette expérience avec autant d’amour et de joie et une mission de justice dans ce monde », a-t-elle ajouté. « Plus tard, de nombreuses personnes nous ont dit qu’elles avaient été marquées par son intervention et qu’elles s’appuieraient sur les enseignements de Ben pour guider leur vie. »

En 2017, Stern a fait l’objet d’un article dans le Washington Post lorsqu’il a accueilli une colocataire particulière : Lea Heitfeld, petite-fille de nazis qui préparait un master en études juives à la Graduate Theological Union de Berkeley.

« Je ne sais pas comment décrire l’acte consistant pour lui à ouvrir sa maison, à quel point il doit être indulgent ou à quel point son cœur doit être grand pour faire une telle chose, et ce que cela me permet d’apprendre en présence de quelqu’un qui est passé par là et qui est capable de m’accueillir et de m’aimer », a déclaré Heitfeld au Washington Post.

La même année, un groupe de suprémacistes blancs avait organisé un rassemblement à Berkeley. La communauté juive avait riposté en organisant son propre rassemblement, et le groupe avait fini par faire marche arrière. Stern avait pris la parole lors de ce rassemblement, entouré de trois rabbins.

« Je dois vous dire que je ne suis pas seul ici », avait déclaré Stern ce jour-là. « Je vois ma famille et mes amis qui n’ont pas survécu. »

En 2022, alors qu’il avait 101 ans, ses mémoires ont été publiées et une fête du livre a été organisée à Netivot Shalom. La rabbin Levy a déclaré que le respect que la congrégation éprouvait à son égard s’est maintenu jusqu’à la fin.

« Nous avons tous ressenti ce sentiment d’obligation sacrée de le connaître, d’être ses témoins, d’entendre ses témoignages et son histoire », a-t-elle indiqué.

« Nous savions que c’était une expérience sacrée que d’être avec lui et de ressentir ce poids. »

Outre Charlène, il laisse dans le deuil sa fille Susan Stern, de Fairfield, en Californie, son fils Norman Stern, de Géorgie, sept petits-enfants et neuf arrière-petits-enfants.

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