Bennett rejette la trêve avec le Hamas, qui « récompense les terroristes »
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Bennett rejette la trêve avec le Hamas, qui « récompense les terroristes »

Le chef de HaBayit HaYehudi a dit que son parti s'opposera à un cessez-le-feu à long terme, qui affaiblira "la force de dissuasion d'Israël" ; Liberman condamne des "slogans vides"

Le ministre de l'Education et chef du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett lors d'une réunion hebdomadaire de sa faction à la Knesset, le 15 janvier 2017 (Crédit :  Miriam Alster/Flash90)
Le ministre de l'Education et chef du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett lors d'une réunion hebdomadaire de sa faction à la Knesset, le 15 janvier 2017 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’un des partenaires de la coalition gouvernementale du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est dit hostile mardi à une trêve de longue durée avec le groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas au pouvoir à Gaza.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, chef du parti nationaliste HaBayit Hayehudi, a assuré que sa formation s’opposerait à tout accord sur une trêve durable, s’il devait être soumis à un vote du gouvernement.

Un responsable israélien a confié lundi soir au Los Angeles Times qu’un accord avec le groupe terroriste était « quasiment conclu ».

« A la lumière de l’accord en cours d’élaboration entre Israël et le Hamas, (M. Bennett) a annoncé que HaBayit HaYehudi s’opposerait à un accord basé sur un calme temporaire », selon un communiqué de ses services.

Bennett a également fustigé le ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui a annoncé plus tôt dans la journée qu’Israël rouvrirait le poste-frontière commercial de Kerem Shalom et agrandirait la zone de pêche dans la bande de Gaza mercredi, si l’accalmie se maintenait.

Bennett a dénoncé cette mesure dévoilée par son rival politique. « Les gestes de Liberman envers le Hamas sont une erreur – les ministres du parti HaBayit Hayehudi vont voter contre un accord d’Israël et du Hamas », a-t-il martelé dans son communiqué.

Un tel accord « permettrait au Hamas de se réarmer et de se regrouper pour le prochain round de terreur », a-t-il ajouté.

« Cette ‘accalmie’ donnera au Hamas l’immunité pour se réapprovisionner en dizaines de milliers de roquettes qui menacent l’ensemble du pays, et permettra une guerre ouverte contre Israël, au moment qui leur semblera opportun », a-t-il dit.

« Cela mènera à des batailles sur deux fronts hautement dangereux, au nord et au sud, à un moment que l’ennemi aura fixé, selon ses propres termes. »

« Après 130 jours d’attaques et de tirs de roquettes, nous ne devons pas récompenser les terroristes », a accusé Bennett. « Les terroristes apprendront que le terrorisme paye, et la force de dissuasion d’Israël sera amoindrie. »

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 18 juin 2018. (Miriam Alster/ Flash90)

Deux civils, Avera Mengistu et Hisham al-Sayed, seraient détenus par le Hamas, ainsi que les dépouilles des soldats Hadar Goldin et Oron Shaul, tués pendant la guerre de Gaza en 2014.

Les propos tenus par Bennett ont été vivement condamnés par le parti de Liberman, qui les a qualifiés de « slogans vides ».

Le parti Yisrael Beytenu a déclaré : « comme toujours, le ministre Bennett court vers la presse avec des slogans vides, qui ne sont rien d’autre que de la politique, au détriment de l’armée israélienne et de l’establishment de sécurité. »

Piquant au vif le ministre de l’Éducation, le communiqué ajoutait qu’il « devrait plutôt se concentrer sur l’augmentation de la violence dans les écoles ».

Le ministre de la Défense a ajouté que la levée des restrictions à Gaza était supposée véhiculer le message aux Palestiniens à Gaza que « maintenir l’accalmie est en premier lieu dans l’intérêt des résidents de Gaza ».

Cette décision a été annoncée après une réunion entre Liberman et plusieurs responsables de la Défense mardi après-midi.

Les propos de Bennett ont été condamnés par la cheffe du parti d’opposition de gauche, le Meretz, qui l’a accusé de chercher à satisfaire « les populistes et les provocateurs ».

« Selon la logique de Bennett, chaque réalité qui n’inclut pas de guerre ni de sang qui coule va à l’encontre de son intérêt », a déclaré Tamar Zandberg.

La députée du Meretz, Tamar Zandberg, assiste à une réunion de la Commission des affaires intérieures à la Knesset à Jérusalem, le 30 novembre 2017. (Miriam Alster/Flash90)

En annonçant sa décision, Liberman a déclaré qu’il « a été décidé que si l’accalmie relative à la frontière de Gaza qui a commencé cette semaine se poursuit jusqu’à demain matin, le poste-frontière de Kerem Shalom rouvrira à 9 heures du matin demain, et la zone de pêche sera agrandie à 9 milles au large de la côte », au lieu des six actuels. »

Le chef d’état-major Gadi Eizenkot, le conseiller national à la Sécurité intérieure Meir Ben-Shabbat, le chef du COGAT Kamil Abu Rokon, un représentant des services de sécurité du Shin Bet et d’autres responsables de la Défense ont pris part à cette réunion, a indiqué le bureau du Liberman.

D’autres mesures économiques stimulantes pourraient être envisagées cette semaine si la violence ne reprend pas, et particulièrement le lancement des dispositifs aériens incendiaires lancés depuis Gaza vers le territoire israélien. Plus de 2 800 hectares de terres ont été calcinés, causant des dégâts évalués à plusieurs millions de shekels, selon les autorités israéliennes.

Les responsables israéliens et le Hamas auraient tenté, par le biais de l’Egypte et des Nations unies ces dernières semaines, de conclure un accord de retour au calme à long terme le long de la frontière en échange d’un allègement des restrictions imposées à l’enclave palestinienne. La semaine dernière, un responsable du Hamas a prédit qu’une trêve serait actée d’ici la fin du mois.

Jérusalem est restée muette sur des pourparlers avec le Hamas, un groupe terroriste islamiste qui a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007 et cherche à détruire Israël.

Des responsable israéliens auraient tenté d’inclure le retour des captifs civils et des dépouilles des soldats détenus à Gaza dans le cadre de cet accord, mais le Hamas aurait décidé de laisser cette question hors des pourparlers autour de la trêve et d’en discuter au cours d’un prochain round de négociations.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, au centre, s’entretient avec le chef de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, à droite, et d’autres officiers supérieurs lors d’une visite à la division de Gaza le 13 août 2018 (Shahar Levi / ministère de la Défense)

Israël a fermé le poste-frontière de Kerem Shalom, le principal point de passage de biens vers l’enclave palestinienne le 9 juillet,

Israël a fermé le point de passage de Kerem Shalom le 9 juillet et n’autorisait que les livraisons de nourriture et d’équipement médical, après des semaines de violences à la frontière.

Israël a également sévèrement restreint la zone de pêche à Gaza, source importante de revenus pour l’enclave, imposant aux pêcheurs palestiniens de rester à 3 milles au large du littoral.

L’importation de fioul et de carburant vers la bande de Gaza a été ponctuellement autorisée, en fonction de l’intensité des attaques menées depuis la bande de Gaza.

Cette semaine, les autorités israéliennes ont noté une baisse significative des attaques incendiaires depuis l’enclave.

Les hauts-responsables israéliens insistent sur le fait que le pays n’a pas conclu le cessez-le-feu annoncé jeudi soir par le Hamas, et qui est entré en vigueur à minuit. Le Hamas, un groupe terroriste palestinien qui cherche à détruire Israël, affirme que cet accord a été négocié par l’Egypte, entre autres acteurs régionaux.

Cette apparente trêve est survenue après deux jours de violences. Il s’agissait du plus important échange de tirs entre Israël et le groupe terroriste de Gaza depuis l’Opération Bordure protectrice en 2014. Le Hamas a tiré plus de 150 roquettes et obus de mortiers en direction du territoire israélien, et l’armée israélienne a riposté avec plus ou moins autant de frappes aériennes sur des postes du Hamas à Gaza.

Judah Ari Gross, l’AFP et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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