Benny Gantz : nous voulons gouverner avec « quiconque est juif et sioniste »
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Benny Gantz : nous voulons gouverner avec « quiconque est juif et sioniste »

Le chef de Kakhol lavan a semblé exclure une future coalition avec les partis arabes et a appelé à la démission de Netanyahu, dont l'audience préliminaire est prévue en juillet

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz lors d'un rassemblement à Beer Sheva, le 11 mars 2019 (Crédit : Saria Diamant/Kakhol lavan)
Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz lors d'un rassemblement à Beer Sheva, le 11 mars 2019 (Crédit : Saria Diamant/Kakhol lavan)

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz a déclaré lundi qu’il était ouvert à une coalition formée avec « quiconque est Juif et sioniste », excluant apparemment les minorités non-juives comme partenaires potentiels.

S’exprimant devant une assistance d’environ 500 personnes à Beer Sheva, dans le sud du pays – et répondant pour la toute première fois aux questions du public – Le candidat aux législatives a également appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à présenter sa démission en raison des accusations de corruption pesant sur lui.

L’ancien chef d’état-major a débattu des perspectives de partenariat dans le cas d’une coalition future, alors que Netanyahu est en proie à de vives critiques pour des propos considérés comme racistes après avoir suggéré que les Arabes israéliens n’avaient pas leur place dans le gouvernement d’Israël.

Benny Gantz a expliqué que Kakhol lavan voulait « que le plus grand nombre de personnes possible nous rejoignent au sein du gouvernement » après le scrutin du 9 avril.

« Nous examinons beaucoup de partenaires potentiels », a-t-il déclaré sans spécifiquement mentionner le Likud de droite et les formations de centre-gauche.

« Nous n’appliquons pas de restriction contre qui que ce soit », a-t-il continué avant d’ajouter : « je parle évidemment de quiconque est Juif et sioniste, n’est pas extrémiste, et qui saura travailler dans l’intérêt d’Israël ».

Un élément central de la campagne de Netanyahu contre son principal adversaire a été son allégation que ce dernier se trouverait dans l’incapacité de former une coalition au pouvoir sans le soutien des partis arabes. Ces derniers n’ont jamais participé à un gouvernement israélien de coalition mais ont soutenu des gouvernements de minorité de l’extérieur.

L’intéressé a rapidement rejeté et sans équivoque cette allégation, assurant qu’il ne s’appuierait pas sur des députés non sionistes pour former un futur gouvernement.

Tandis qu’il avait par le passé exclu de participer à un gouvernement qui comprendrait les Arabes israéliens qui se présentent au scrutin – en affirmant qu’il n’intégrerait qu’une coalition formée de « partis sionistes » – Gantz n’avait jamais précédemment mentionné qu’il ne travaillerait qu’avec des Juifs.

Un porte-parole du parti a refusé de donner une explication enregistrée lorsque le Times of Israel l’a interrogé sur cette déclaration.

Ces propos surviennent alors que Netanyahu est critiqué pour avoir employé ce que certains ont qualifié de rhétorique anti-arabe et raciste dans ses tentatives de discrédit de Gantz.

Le Premier ministre Bejamin Netanyahu lors de la signature d’un accord portant sur la construction de nouveaux appartements à Jérusalem, le 11 mars 2019 (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

Netanyahu et ses ministres du Likud, la semaine dernière, ont poussé leurs arguments plus loin, allant jusqu’à dire que l’élection consistait en un choix entre Benjamin Netanyahu et des élus arabes, avec en premier lieu le député Ahmad Tibi du parti Taal. La rengaine « Bibi ou Tibi », faisant référence au surnom de Netanyahu, a été entendue plusieurs fois ces derniers jours dans la bouche d’officiels du parti.

Dimanche, celui qui dirige également le Likud a eu de vives échanges sur les réseaux sociaux avec une présentatrice populaire de télé-réalité qui a critiqué sa rhétorique anti-arabe, après que la ministre de la Culture Miri Regev a répété samedi, dans un entretien télévisé, que Gantz allait former un gouvernement avec des partis arabes.

« Quel est le problème avec les Arabes ??? », a déclaré Rotem Sela, également mannequin et actrice sur Instagram.

« Bon sang, il y a aussi des citoyens arabes dans ce pays. Quand donc quelqu’un dans ce gouvernement passera le message au public qu’Israël est l’état de tous ses citoyens et que tous les gens ont été créés égaux, et que même les Arabes, les Druzes, les LGBT et – grand choc – les gauchistes sont humains », a-t-elle déclaré.

Netanyahu avait répliqué en ligne : « Chère Rotem, une correction importante : Israël n’est pas un état de tous ses citoyens. Selon la loi sur l’Etat-nation que nous avons adoptée, Israël est l’État-nation du peuple juif – et personne d’autre ».

« Comme vous l’avez écrit, il n’y a pas de problème avec les citoyens arabes d’Israël. Ils ont des droits égaux et le gouvernement du Likud a investi plus que n’importe quel gouvernement dans la population arabe », a-t-il ajouté, avant d’affirmer immédiatement, une fois encore, qu’un gouvernement dirigé par Gantz avec des partis arabes « nuirait à la sécurité de l’État ».

Appels à la démission de Netanyahu

Au début du rassemblement organisé à Beer Sheva – son premier dans une municipalité – Gantz a demandé la démission du Premier ministre Netanyahu en raison des accusations criminelles le visant et ce alors que le procureur général a annoncé que l’audience préalable à son inculpation aurait lieu avant le mois de juillet.

« L’annonce par le procureur général d’un processus d’audience si court n’est pas négligeable », a estimé Gantz qui a ajouté qu’Israël ne peut pas se permettre d’avoir « un Premier ministre à temps partiel », le chef du gouvernement devant se défendre des accusations de corruption.

Clamant que Netanyahu devra consacrer un temps considérable à sa défense contre les accusations dont il doit répondre devant les tribunaux, Gantz a déclaré que « ce qui serait juste, c’est qu’il démissionne et qu’il montre que l’Etat d’Israël passe avant tout le reste… Si ce pays vous est cher, prenez vos responsabilités envers les citoyens et cessez de ne vous préoccuper que de vous-même ».

Dans un communiqué émis par le ministère de la Justice, lundi, le procureur général israélien a fait savoir qu’une audience préalable à une inculpation dans les trois dossiers impliquant Netanyahu aurait lieu dans les trois mois qui suivraient le dépôt, le 10 avril, des détails de l’enquête aux procureurs chargés de superviser le processus.

Avichai Mandelblit a informé le 28 février, six semaines avant les élections, le Premier ministre Benjamin Netanyahu de son intention de l’inculper et de le faire juger pour corruption, fraude et abus de confiance.

Même si cette décision n’est pas définitive, c’est la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice apprend qu’il devra répondre d’accusations criminelles – ce qui sème une profonde incertitude sur la campagne pour la réélection de Netanyahu.

« Sur l’agenda du Premier ministre, il y a les pots de vin, la fraude et les abus de confiance. Son agenda, c’est Netanyahu avant toute autre chose. Notre agenda, c’est Israël avant toute autre chose », a dit Gantz sous les applaudissements.

Évoquant les complaintes du Premier ministre qui ne cesse de dénoncer un « complot » et une « chasse aux sorcières » à son encontre, Gantz s’est adressé directement au Premier ministre : « C’est vous qui êtes à l’origine de tout ce qui vous arrive ».

« Ce n’est pas l’ouvrage du chef de la police que vous aviez vous-même nommé, ce n’est pas l’ouvrage du procureur de l’Etat que vous aviez vous-même nommé, ce n’est pas l’ouvrage du procureur général que vous aviez nommé. Ce n’est pas leur ouvrage à eux. C’est le vôtre », a-t-il ajouté.

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