Biden recherche donateurs et soutien à sa politique étrangère auprès des Juifs
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Analyse

Biden recherche donateurs et soutien à sa politique étrangère auprès des Juifs

Le probable candidat démocrate à la présidentielle jouit du soutien d'éminents donateurs, de groupes politiques, de Bernie Sanders et de plusieurs membres de sa famille, tous juifs

Ron Kampeas
L'ancien vice-président Joe Biden participe à un débat lors des primaires du parti démocrate pour la présidentielle aux studios de CNN à Washington, le 15 mars 2020. (AP/Evan Vucci)
L'ancien vice-président Joe Biden participe à un débat lors des primaires du parti démocrate pour la présidentielle aux studios de CNN à Washington, le 15 mars 2020. (AP/Evan Vucci)

JTA – Pour commencer, un petit rappel des derniers événements.

A la veille de Pessah, Bernie Sanders a libéré Joe Biden : le sénateur du Vermont a mis fin à sa candidature aux primaires démocrates le 8 avril, quelques heures avant le début des fêtes de Pessah, laissant l’ancien vice-président devenir le potentiel candidat du Parti démocrate à la présidentielle américaine.

Le soutien que lui a officiellement apporté son ex-rival cinq jours plus tard a fait de Joe Biden le seul candidat, non automatique, à être désigné si tôt dans la campagne depuis John Kerry, qui s’était débarrassé de ses concurrents en mars 2004.

Cela donne à Biden une longueur d’avance pour tenter d’évincer le président américain Donald Trump de la Maison Blanche, mais Trump peut compter sur quelques avantages majeurs, notamment en matière de communication et de collecte de fonds.

Le président anime ses conférences de presse quotidiennes sur la pandémie à la Maison Blanche, qui se transforment souvent en discours de campagne. Biden, quant à lui, se contente de faire des discours d’encouragement quotidiens depuis son domicile du Delaware. Quelques exceptions subsistent, comme cette vidéoconférence fraternelle du 13 avril, au cours de laquelle Sanders a officiellement apporté son soutien à son ancien adversaire, et qui a enregistré des millions de vues.

Le président américain Donald Trump évoque le coronavirus dans la salle de presse James Brady de la Maison Blanche, le 23 avril 2020 à Washington. (AP/Alex Brandon)

Quant à la collecte de fonds, le New York Times a rapporté la semaine dernière que Biden accusait un retard de 187 millions de dollars par rapport à Trump, ce qui signifie qu’il devrait en collecter un million par jour jusqu’aux élections, simplement pour rattraper son retard sur Trump.

De nombreuses questions sur la campagne de Biden auprès des Juifs demeurent : vers qui se tournera-t-il pour récolter des fonds ? Qu’est-ce que cela signifie pour sa politique étrangère ?

Les donateurs

La dernière fois que Joe Biden s’est présenté à la présidence, en 2008, son directeur financier était Michael Adler, un développeur de Miami qui est bien connecté dans les milieux juifs : pendant des années, il a dirigé le National Jewish Democratic Council [Conseil national démocrate juif] et il est actif au sein de l’AIPAC. Michael Adler est de retour à bord du bateau Biden, bien qu’il n’occupe pas un poste de direction dans la campagne. Il a organisé des collectes de fonds dans sa maison du sud de la Floride.

Ce dernier est la vieille garde juive de Biden. Il est rejoint à cet égard par une série d’autres personnalités de l’establishment, notamment le vice-président exécutif de Comcast, David Cohen, qui a également organisé des collectes de fonds pour le candidat démocrate, et Stu Eizenstat, le négociateur vétéran des réparations de la Shoah, qui a rédigé une tribune pour la Jewish Telegraphic Agency en faveur de Biden.

Mais il y a aussi de nouveaux venus juifs dans l’entourage de l’ancien vice-président d’Obama. Ils ont gagné leur crédibilité auprès des démocrates sans être passés par les canaux traditionnels pro-israéliens, à savoir en gagnant en influence au sein de l’AIPAC ou en y collectant des fonds, notamment.

Citons par exemple Penny Pritzker et Bill Singer, qui seront à la tête d’une collecte de fonds pour Biden dans la région de Chicago le 27 avril. Penny Pritzker, héritière d’une chaîne d’hôtels dont le frère J.B. est le gouverneur de l’Illinois, a été l’une des premières à soutenir Barack Obama et a été sa secrétaire au commerce. Bill Singer, un avocat d’entreprise, est un prodige oublié : dans les années 1960 et 1970, alors qu’il avait une vingtaine et une trentaine d’années, il a rejoint le révérend Jesse Jackson pour diriger les insurrections de gauche contre l’establishment du Parti démocrate. Aujourd’hui, il fait partie du conseil d’administration de J Street, le groupe de pression progressiste du Moyen-Orient, bête noire de l’AIPAC.

Il manque notamment Haïm Saban, le magnat du spectacle et principal donateur démocrate, qui est proche de l’establishment politique israélien. Exprimant une antipathie notable pour Sanders et d’autres membres de l’aile gauche du parti, il a déclaré en mars qu’il attendait les primaires, mais n’a pas encore fait part de sa position.

L’homme d’affaires israélo-américain Haim Saban arrive avant le début du troisième débat présidentiel américain au Thomas & Mack Center, le 19 octobre 2016 à Las Vegas, Nevada. (Drew Angerer/Getty Images via JTA)

En ce qui concerne les donateurs juifs, une escarmouche intrigante entre l’establishment et les insurgés concernant le poste de directeur de campagne numérique du parti est en cours. Selon des reportages de The Intercept et de Politico, l’équipe que Michael Bloomberg a lancée pour sa campagne, Hawkfish, est en lice pour occuper la fonction.

L’appel est lancé, il a déjà été financé dans une large mesure par l’argent du magnat des médias, les enchères sont donc basses.

L’inconvénient : Bloomberg lui-même. S’il y a une victoire que la gauche du parti peut revendiquer, c’est bien d’avoir réussi à mettre un terme à la campagne de l’ancien maire de New York. Bloomberg a été fustigé pour son corporatisme et son bilan en matière de minorités dans la ville, et son attitude envers les femmes en tant que chef d’entreprise. La représentante Alexandria Ocasio-Cortez, élue new-yorkaise de l’aile gauche, a vivement déconseillé de faire appel à Hawkfish.

Les groupes

Biden est parvenu à rassembler derrière lui deux groupes juifs démocrates qui, autrement, passaient une grande partie des primaires à se critiquer mutuellement : il peut ainsi compter sur l’appui de la Democratic Majority for Israel, qui défend la politique centriste pro-israélienne, et de J Street. Cette semaine, le Conseil démocrate juif d’Amérique (Jewish Democratic Council of America), orienté au centre, lui a apporté son soutien.

Son consentement au soutien de J Street a été enthousiaste, bien qu’il n’ait pas pu s’entendre avec l’organisation sur certains points précis. Biden, notamment, a rejeté la récente position de J Street appelant à utiliser l’aide américaine versée à Israël pour influencer sa politique.

Politique étrangère

Biden a déclaré à ses associés que ses divergences les plus marquées avec Sanders concernaient la politique étrangère. On a donc naturellement beaucoup parlé de sa volonté d’accepter des conseillers de Sanders dans son équipe consacrée à la question. On ne sait pas encore si cela a été le cas, mais cela pourrait être un signal d’alarme pour l’AIPAC – l’ancien candidat a boycotté la conférence du lobby cette année et annoncé qu’il ferait pression sur Israël pour conditionner l’aide américaine.

En ce qui concerne Israël, Biden a fermement préconisé un retour à la solution à deux États comme résultat primordial des négociations israélo-palestiniennes ; Trump s’est considérablement éloigné de cet objectif.

L’ancien vice-président Joe Biden, (à gauche), et le sénateur Bernie Sanders, I-Vt., (à droite), se saluent avant de participer à un débat sur les primaires présidentielles démocrates aux studios de CNN à Washington, le 15 mars 2020. (AP/Evan Vucci)

La personne la plus étroitement liée à la politique étrangère de Biden est Colin Kahl, son conseiller à la sécurité nationale lorsqu’il était vice-président. Il faisait partie de l’équipe ayant élaboré l’accord nucléaire iranien de 2015, qui a été rejeté par Israël et qui a été abandonné par Trump.

Thomas Wright, de la Brookings Institution, affirme que les démocrates centristes qui ont conseillé Obama – et qui sont susceptibles de façonner la politique de Biden – ont abandonné leur désir de s’impliquer dans les affaires du Moyen-Orient. Il indique qu’ils « sont maintenant favorables à une réduction significative des objectifs américains » dans cette région.

L’angle de Charlottesville

L’année dernière, Biden a souligné ce qu’il a appelé les échos du sectarisme dans le style gouvernemental de Trump – en citant la réaction de ce dernier aux heurts de Charlottesville [entre néo-nazis et partisans de gauche], par exemple, au centre de sa campagne. Sanders a déclaré que cette même menace est une des principales raisons pour lesquelles il soutenait Biden, et a cité cette menace pour faire taire ses anciens collaborateurs qui ne soutiendront pas Biden. Il s’agirait de l’élément prépondérant de la campagne de Biden auprès des Juifs américains.

Mishpacha

Biden a trois gendres – tous juifs. Son message de vœux de Pessah a souligné la solitude dont les familles juives allaient souffrir pendant leur seder en pleine pandémie. Sa relation personnelle avec les Juifs, dans sa familles et au cours de sa longue carrière politique, sera également mise en évidence dans sa campagne. L’histoire d’un rabbin du Delaware qui a rencontré Biden lors d’une shiva dans une laverie a déjà été racontée à plusieurs reprises dans le cadre de la campagne.

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