Rechercher

Biden salue l’appel « courageux » de Lapid en faveur de la solution à deux Etats

Le président américain s'est dit "on ne peut plus d'accord" après que le Premier ministre a soutenu la création d'un Etat palestinien à la 77e Assemblée générale des Nations Unies

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Joe Biden parlant de l'ouragan Fiona lors d'une visite au bureau de l'Agence fédérale de gestion des urgences, à New York, jeudi 22 septembre 2022. (Crédit : AP/Evan Vucci)
Le président américain Joe Biden parlant de l'ouragan Fiona lors d'une visite au bureau de l'Agence fédérale de gestion des urgences, à New York, jeudi 22 septembre 2022. (Crédit : AP/Evan Vucci)

Le président américain Joe Biden s’est joint à un chœur de louanges pour l’approbation par le Premier ministre Yair Lapid d’un État palestinien aux côtés d’Israël jeudi, qualifiant la déclaration de « courageuse », tandis que des groupes ont exhorté le gouvernement israélien « à joindre le geste à la parole ».

S’adressant à la 77e Assemblée générale des Nations unies à New York jeudi, Lapid a déclaré que la plupart des Israéliens, y compris lui-même, étaient favorables à une solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

« Un accord avec les Palestiniens, basé sur deux États pour deux peuples, est la bonne chose pour la sécurité d’Israël, pour l’économie d’Israël et pour l’avenir de nos enfants », a-t-il déclaré.

Dans un tweet sur son compte officiel quelques heures plus tard, Biden a cité les mots de Lapid et a déclaré qu’il « ne pouvait être plus d’accord ».

« Je salue la déclaration courageuse du Premier ministre israélien Lapid à l’Assemblée générale des Nations unies », a tweeté Biden.

Mercredi, Biden a profité lors de sa prise de parole à la réunion annuelle de l’ONU pour réaffirmer le soutien de Washington au statut d’État palestinien.

« Une solution négociée à deux États reste à nos yeux le meilleur moyen d’assurer la sécurité et la prospérité d’Israël… et de donner aux Palestiniens un État auquel ils ont droit », a déclaré Biden dans ce discours, qui portait principalement sur l’agression de la Russie contre l’Ukraine.

Le président américain n’a pas rencontré Lapid en marge de la réunion de l’ONU, mais a posé pour une photo avec le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, mercredi soir.

Lapid s’est empressé de rentrer en Israël après son discours pour assister au mariage de son fils, vendredi.

Les commentaires en faveur d’un État palestinien sont intervenus après plusieurs années pendant lesquelles aucun Premier ministre israélien n’avait dit une telle chose à la tribune des Nations unies. Mais l’appel a suscité la colère de certains alliés de droite de Lapid ainsi que du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, qui avait lui-même utilisé la tribune de l’ONU en tant que Premier ministre en 2016 pour soutenir publiquement la création d’un État palestinien.

Le Premier ministre Yair Lapid s’adressant à la 77e session de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU, à New York, le 22 septembre 2022. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)

Netanyahu s’est ensuite écarté de cette position, car Washington, sous la direction de l’ancien président américain Donald Trump, a également rompu avec des décennies de politique étrangère américaine en évitant de soutenir la solution à deux États.

Quelques minutes après le discours de Lapid, l’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, a salué ce discours « courageux ».

« La coexistence pacifique est la seule voie possible. Comme @POTUS l’a demandé ici en juillet, ‘deux peuples, avec d’anciennes racines profondément ancrées dans cette terre, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité' », a tweeté Nides, faisant référence aux commentaires faits par Biden lors de sa visite en Israël et en Cisjordanie.

Il n’y a pas eu de commentaire de la part des responsables palestiniens.

Tor Wennesland, coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, a déclaré lors d’une réunion des donateurs de l’Autorité palestinienne que les propos de Lapid étaient « une réaffirmation importante ».

« Créer un horizon politique vers une réalité à deux États est une urgente nécessité », a-t-il déclaré, selon un porte-parole.

Plusieurs groupes américains ont également fait l’éloge de Lapid, y compris le lobby pro-israélien J Street, qui l’a qualifié de « pas important dans la bonne direction. » Beaucoup ont cependant noté que la vision de Lapid a peu de chances de se concrétiser, la plupart des partis qui devraient entrer à la Knesset étant opposés à une solution à deux États et les pourparlers de paix étant essentiellement gelés depuis huit ans.

Un Palestinien brandissant son drapeau national alors que des Israéliens lèvent le leur à l’occasion de Yom Yeroushalayim, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

L’Israel Policy Forum, basé à New York, a noté que la décision de Lapid de soutenir la création d’un État palestinien quelques semaines avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes lui nuirait probablement sur le plan politique, mais a néanmoins déclaré qu’il était « encouragé par le fait que le gouvernement israélien actuel partage cet objectif ».

L’American Jewish Committee a publié une déclaration saluant les commentaires de Lapid et appelant à des discussions directes entre Israël et les Palestiniens en vue du projet de deux États.

Les pourparlers de paix ont été mis en veille en 2014, lorsque les négociations menées par John Kerry, alors secrétaire d’État américain, ont échoué. Depuis lors, les Palestiniens ont refusé de s’engager avec l’administration Trump, qui a pris plusieurs mesures considérées comme favorisant Israël. Biden, pour sa part, a concentré la plupart de ses efforts diplomatiques sur la Chine et maintenant sur l’Ukraine.

Le prédécesseur de Lapid, Naftali Bennett, était opposé à la création d’un État palestinien et son parti Yamina a conditionné son entrée au gouvernement à l’absence de pression en faveur d’une solution négociée avec les Palestiniens.

Le Premier ministre Yair Lapid et le Premier ministre suppléant Naftali Bennett lors de la cérémonie d’accueil du président américain Joe Biden à l’aéroport Ben Gurion, le 13 juillet 2022. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

L’AIPAC a déclaré que le discours de Lapid « a révélé l’état d’esprit d’Israël au monde », et a cité des parties du discours, tout en laissant les commentaires sur une solution à deux États de coté. Mais plus tôt, il avait retweeté des extraits du discours sur le compte de Lapid qui incluait les commentaires sur la solution à deux États.

Americans for Peace Now a qualifié le discours de « développement bienvenu et rafraîchissant », tout en précisant que ses commentaires « ne sont pas soutenus par les politiques de son gouvernement ».

« Les actions sont plus éloquentes que les mots », a déclaré l’organisation. « Bien que nous nous félicitions l’éloge du concept de paix faite par Lapid et son soutien à une solution à deux États pour le conflit israélo-palestinien, nous exhortons l’actuel gouvernement et le prochain, à rechercher la paix par de réelles actions. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...