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Lapid soutiendra la solution à deux États aux Nations unies

Le Premier ministre veut offrir "l'espoir et une vision" ; la droite et certains alliés critiquent ce positionnement par ailleurs salué par les députés de gauche

Le Premier ministre Yair Lapid, ses aides et les personnels de sécurité à New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : Avi Ohayon / GPO)
Le Premier ministre Yair Lapid, ses aides et les personnels de sécurité à New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : Avi Ohayon / GPO)

NEW YORK — Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, jeudi, le Premier ministre Yair Lapid lancera un appel explicite en faveur de la solution à deux États dans le conflit qui oppose Israël aux Palestiniens, a fait savoir un responsable proche du dirigeant israélien dans la journée de mercredi.

Une révélation qui a entraîné les critiques des ministres de droite de la coalition de Lapid, constituée de huit partis idéologiquement hétéroclites, et le soutien de ses alliés de la gauche de l’échiquier politique.

L’allocution de Lapid sera divisée en quatre parties et elle vise à offrir « de l’espoir à travers une vision du monde forte », a dit l’officiel lors d’un point-presse. Le Premier ministre soulignera que l’État juif « doit avancer vers la solution à deux États ».

« Cela fait de nombreuses années qu’aucun Premier ministre israélien n’a dit une telle chose à la tribune des Nations unies », a fait remarquer le responsable.

Mais Lapid utilisera aussi son discours pour souligner les risques qu’Israël ne souhaite pas prendre.

« Nous ne ferons rien qui mettra en péril la sécurité des Israéliens et d’Israël, même d’un seul centimètre du territoire », a expliqué le responsable, qui a ajouté que « la séparation d’avec les Palestiniens doit néanmoins faire partie de notre vision diplomatique, elle doit faire naître l’espoir à travers une vision du monde forte ».

Ayelet Shaked, cheffe du parti HaBayit HaYehudi, lors d’un événement de campagne électorale à Givat Shmuel, le 20 septembre 2022. (Crédit : Flash90)

En réponse, la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, a écrit sur Twitter que Lapid « n’a pas la légitimité publique nécessaire pour mêler Israël à des déclarations susceptibles de nuire au pays ».

Shaked – qui a publiquement présenté ses excuses pour avoir intégré la coalition dans laquelle elle sert encore, et qui est dorénavant à la tête du parti de droite HaBayit HaYehudi – a ajouté que Lapid ne parlait qu’en son nom propre, et non au nom du gouvernement.

« Établir un État terroriste en Judée-Samarie mettra en danger la sécurité israélienne », a pour sa part tweeté le ministre de la Justice, Gideon Saar, de la formation HaMahane HaMamlahti, utilisant le nom biblique de la Cisjordanie.

Le Premier ministre d’alternance, Naftali Bennett, qui fait une pause dans sa carrière politique mais qui reste membre du cabinet, a écrit « qu’il n’y a aucune logique, aucun espace disponible pour faire émerger une nouvelle fois l’idée d’un État palestinien ».

« Nous sommes en 2022, pas en 1993 », a ajouté Bennett, se référant à la période de la signature des accords d’Oslo entre Israël et les Palestiniens. « Même les vrais amis d’Israël n’attendent pas de nous que nous compromettions notre sécurité. Il n’y a pas de raison pour que nous nous portions volontaire à une telle compromission », a-t-il ajouté, notant « qu’il n’y a pas de place pour un autre pays entre la Jordanie et la mer Méditerranée ».

Le Premier ministre Yair Lapid, à droite, et le Premier ministre suppléant Naftali Bennett lors d’une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 31 juillet 2022. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Bennett avait été Premier ministre du mois de juin 2021 jusqu’au mois de juin de cette année. Au cours de cette période, il avait promis de ne jamais rencontrer le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, tandis que Lapid n’avait pas exclu de son côté la possibilité d’un tel entretien. Lapid est devenu Premier ministre dans le cadre d’un accord de rotation avec Bennett, un accord qui est entré en vigueur quand le gouvernement s’est effondré et que de nouvelles élections ont été décidées. Elles sont prévues le 1er novembre prochain.

La ministre de l’Environnement, Tamar Zandberg, qui appartient au parti du Meretz de gauche, a indiqué que Lapid faisant « la bonne démarche » et qu’Israël « doit prendre la tête de cette initiative et retourner chaque pierre » jusqu’à ce qu’un accord soit conclu.

Mossi Raz, lui aussi du Meretz, a fait part de son soutien à la déclaration attendue de Lapid « en faveur de la paix et de la solution à deux États, qui mettra un terme au cycle des effusions de sang ». Raz a appelé Lapid dans cette publication parue sur Twitter à faire un premier pas dans cet objectif en rencontrant Abbas.

La ministre de l’Environnement, Tamar Zandberg participant à une discussion sur la violence dans la société arabe, le 23 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans l’opposition, le parti du Likud a fustigé le Premier ministre, disant qu’il voulait « établir un État palestinien à la frontière » et « remettre la sécurité du territoire entre les mains de nos ennemis ».

Le Likud a affirmé que, « depuis des années », l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu était « parvenu à exclure la question palestinienne de l’agenda mondial – et Lapid réussit à faire revenir Abbas au cœur de l’ordre du jour en moins d’un an ».

Toutefois, alors qu’il était Premier ministre en 2016, Netanyahu avait fait part de son soutien en faveur de la solution à deux États pendant son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies. « Je n’ai pas abandonné la paix », avait-il alors déclaré. « Je reste attaché à une vision de paix basée sur deux États pour deux peuples. Je pense, comme je ne l’avais jamais pensé auparavant, que les changements qui ont actuellement lieu aujourd’hui dans le monde arabe offrent une opportunité unique d’avancer vers cette paix ».

Aida Touma-Sliman, députée de l’alliance de partis arabes Hadash-Taal, qui siège dans l’opposition, a écrit sur Twitter qu’alors que Lapid déclarait son soutien à l’existence d’un État palestinien sur la scène internationale, « il mène en Israël l’enracinement de l’occupation [des territoires palestiniens] ». « Nous en avons assez des déclarations de relations publiques », a-t-elle écrit. « A Lapid, je le dis : le moment est venu de dire ‘État palestinien’ depuis la tribune de la Knesset ».

Le président américain Joe Biden, qui a pris pour sa part la parole devant les Nations unies mercredi, a déclaré que la solution à deux États était la meilleure stratégie à poursuivre pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

Les négociations de paix entre l’État juif et les Palestiniens sont moribondes depuis 2014, même si le ministre de la Défense Benny Gantz s’est rendu à Ramallah pour y rencontrer Abbas au mois de juillet, cette année.

L’officiel israélien a aussi indiqué mercredi que Lapid utiliserait son allocution devant l’ONU pour souligner qu’Israël ne permettra pas à l’Iran de devenir un état du seuil nucléaire et que le pays est déterminé à agir militairement seul, si cela devait s’avérer nécessaire.

Une liberté d’action qui « est convenue entre nous et les Américains. Nous agirons seuls. Nous n’avons à demander la permission de personne », a-t-il continué.

« Mais nous devons aussi offrir au monde une alternative à ce qui est arrivé ces derniers mois », a continué l’officiel, « cette précipitation qui a été stoppée en grande partie en raison de notre propre implication dans le JCPOA. »

Les négociations visant à redonner vie à l’accord sur le nucléaire qui avait été conclu entre l’Iran et les grandes puissances en 2015, connu sous le nom de JCPOA (Plan d’action global conjoint) étaient apparemment sur le point d’aboutir il y a quelques semaines avant qu’elles ne retombent dans l’impasse. Avec l’avancée des pourparlers, Israël avait renforcé ses efforts diplomatiques pour contrecarrer leur progrès, avertissant que les dispositions envisagées dans le cadre de cet accord n’étaient pas suffisantes pour éviter que l’Iran devienne un état du seuil nucléaire.

« Nous devons le dire au monde, nous devons avancer vers un accord meilleur, plus long, plus fort, et le baser sur le fait que le monde pourra poser une option militaire crédible sur la table », a dit le responsable.

Lapid a évoqué mercredi la question de l’accord sur le nucléaire iranien avec la Première ministre britannique Liz Truss, à New York. Selon son bureau, le Premier ministre israélien a souligné la nécessité d’éviter de nouveaux compromis avec l’Iran au cours des discussions – des négociations qui impliquent aussi le Royaume-Uni.

Le discours de Lapid abordera aussi le sujet de la délégitimation de l’État juif au sein de l’ONU, a poursuivi le responsable.

« Nous allons dire au monde que nous ne sommes pas seulement des invités aux Nations unies. Nous sommes des membres des Nations unies et nous en sommes fiers, et nous n’accepterons pas que cette tribune soit utilisée pour propager des mensonges au sujet d’Israël. Nous allons défendre notre réputation », a-t-il expliqué.

Lapid se tournera aussi vers les pays de tout le Moyen-Orient qui n’ont pas encore rejoint les Accords d’Abraham et le Forum du Negev, qui ont déjà permis à Israël de normaliser ses liens diplomatiques avec plusieurs pays arabes.

« Notre objectif est d’élargir le cercle de la paix et un appel international à ce sujet est important », a-t-il indiqué.

Lapid doit prononcer son discours en tout début d’après-midi, heure locale, avant de rejoindre l’aéroport d’où son avion repartira en Israël pour assister au mariage de son fils vendredi.

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