Biens volés aux juifs: la politique de restitution manque d’efficacité en France
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Biens volés aux juifs: la politique de restitution manque d’efficacité en France

"L’État, et les musées nationaux en particulier, 'paient' en effet l’inaction de 40 années", déplore David Zivie, auteur du rapport commandé par l'ex-ministre de la Culture

L'Hôtel de Saint Aignan qui accueille le Musée d'art et d'histoire du judaïsme à Paris (Crédit: Wikimedia Commons/MBZT)
L'Hôtel de Saint Aignan qui accueille le Musée d'art et d'histoire du judaïsme à Paris (Crédit: Wikimedia Commons/MBZT)

Inefficacité et manque d’ambition : un rapport remis au gouvernement français critique la politique de restitution des biens culturels spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale et préconise qu’elle soit confiée à un service dédié.

Ce document, dont l’AFP a pu prendre connaissance, souligne que « le nombre, devenu canonique, de 2 000 oeuvres MNR (Musées nationaux récupération) ne diminue pas ».

Quelque 2 108 objets sont concernés, dont 2 008 biens culturels sans propriétaire identifié. Il y en avait 2 143 il y a 17 ans au moment d’une mission sur la spoliation des juifs pendant l’Occupation, selon le rapport remis il y a environ deux semaines à la ministre française de la Culture Françoise Nyssen.

« L’État, et les musées nationaux en particulier, ‘paient’ en effet l’inaction de 40 années », estime David Zivie, auteur du rapport commandé par l’ex-ministre de la Culture Audrey Azoulay. Selon lui, « l’action actuelle est insuffisante, en raison de son manque de coordination, de pilotage et de visibilité ».

« Afin de progresser plus nettement dans la connaissance des oeuvres MNR et de lancer véritablement les recherches d’éventuelles oeuvres spoliées dans les collections publiques, il est nécessaire que l’État dispose d’un service dont ce soit la mission propre », affirme ce haut fonctionnaire.

Il « suggère de confier le traitement de tous les dossiers à un nouveau service de la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (Civs) ». Ce service serait assisté d’un conseil d’experts.

Autre suggestion, les oeuvres qui n’auraient pas été restituées à l’issue de la période de recherche intensive seraient affectées administrativement au musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAJH).

Le ministère de la Culture, contacté par l’AFP, ne s’est pas exprimé.

Quelque 60 000 oeuvres et objets, considérés comme des biens spoliés ou vendus sous la contrainte, ont été récupérés en Allemagne et renvoyés en France. Les deux tiers, environ 45 000, ont été restitués à leurs propriétaires avant 1950. Les plupart des autres pièces ont été vendues par le service des Domaines, à l’exception de quelque 2 000 oeuvres, sélectionnées par des commissions spécialisées et confiées à la garde de musées français en raison de leur qualité artistique.

Au passage, le rapport note que la politique de restitution des biens MNR « pourra aussi constituer un modèle, ou du moins une base de travail, pour les autres dossiers de revendication et de restitutions qui portent sur d’autres géographies, d’autres chronologies, mais qui concernent les musées français ».

Le président français Emmanuel Macron a confié à deux experts culturels la mission d’étudier la restitution à des pays africains d’oeuvres d’art actuellement en France. Ces deux personnalités, l’historienne d’art Bénédicte Savoy, et l’écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr, devront rendre leur avis d’ici novembre.

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