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Bombarder Tel Aviv est un jeu d’enfant, dit le frère du chef du Hamas

Dans une interview exclusive pour Al-Jazeera, Muhammad Sinwar a évoqué les enlèvements ratés de soldats israéliens et affirme que le conflit de 2021 avait changé la donne

Dans la banlieue de Givatayim, à Tel Aviv, des Israéliens inspectent une maison endommagée le 12 mai 2021, touchée par une roquette tirée par des terroristes palestiniens depuis la bande de Gaza. (Crédit : Alexandra Vardi/AFP)
Dans la banlieue de Givatayim, à Tel Aviv, des Israéliens inspectent une maison endommagée le 12 mai 2021, touchée par une roquette tirée par des terroristes palestiniens depuis la bande de Gaza. (Crédit : Alexandra Vardi/AFP)

Le frère du chef du Hamas, Yahya Sinwar, a déclaré dans une interview que le conflit de l’an dernier avec Israël avait établi de nouvelles règles, et consacré l’utilisation de roquettes par Gaza au cœur d’Israël.

Muhammad Sinwar, haut commandant de l’aile militaire du Hamas, a tenu ces propos dans le cadre d’une interview exclusive, diffusée vendredi, par la chaine qatarie Al-Jazeera.

Les tensions sont exacerbées en ce moment, avec le Hamas et d’autres groupes terroristes palestiniens, qui menacent la tenue de la marche annuelle prévue par des Israéliens nationalistes dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, à l’occasion de Yom Yeroushalayim. Les Palestiniens considèrent depuis longtemps cette marche comme une forme de provocation.

Un tir de roquettes du Hamas sur Jérusalem, lors de la marche en 2021, avait déclenché un conflit long de onze jours, baptisé en Israël « Opération Gardien des murs ». Les groupes terroristes dirigés par le Hamas avaient tiré des milliers de roquettes sur des villes israéliennes, auxquelles Israël avait répondu par d’intenses frappes aériennes sur des cibles terroristes.

« Lorsque nous donnons des avertissements à Israël, nos mots sont pesés et correspondent à une réalité opérationnelle », a déclaré Sinwar à propos des tensions et menaces actuelles. « Nous savons comment frapper Israël et faire pression sur lui. »

Il a déclaré que le Hamas avait établi « de nouvelles équations », connaissait les points faibles d’Israël et « savait comment faire pression sur lui ».

« Pour nous, tirer des roquettes sur Tel Aviv est plus facile que de boire de l’eau », a déclaré Sinwar, assurant qu’Israël avait tenté de l’éliminer à plusieurs reprises.

Évoquant le conflit de mai 2021, Sinwar a indiqué que le Hamas avait tenté d’enlever des soldats israéliens dans le but de les utiliser comme contrepartie lors d’un échange de prisonniers, mais que l’opération avait échoué et que 18 combattants du Hamas avaient été tués. Sinwar n’a pas donné plus de détails.

Il a par ailleurs affirmé que des manœuvres israéliennes tendant à faire croire à une incursion terrestre imminente à Gaza, afin de précipiter les combattants du Hamas dans les tunnels souterrains pilonnés depuis les airs, avaient elles aussi échoué.

« Aucun de nos hommes n’a été blessé à cette occasion », a commenté Sinwar à propos de cette opération de grande envergure contre ce qui est qualifié de « métro », ces centaines de kilomètres de tunnels creusés sous Gaza par le Hamas.

Il a en outre révélé qu’un centre de commandement conjoint de groupes militaires palestiniens à Gaza avait tenu des réunions tout au long du conflit, avec notamment le Hezbollah et le Corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran. Des officiers de ces deux derniers groupes se trouvaient d’ailleurs dans le centre de commandement de la bande de Gaza, a affirmé Sinwar.

Au cours de l’interview, Al-Jazeera a diffusé une vidéo de tireurs d’élite du Hamas prenant pour cible une tour de guet de Tsahal ainsi que des images de véhicules de Tsahal prétendument prises par un drone du Hamas en Israël. Un commandant du Hamas chargé des tirs de roquettes a déclaré à la station que Muhammed Deif, chef de l’aile militaire, avait personnellement donné l’ordre, à 18 heures, de tirer les roquettes sur Jérusalem, ouvrant la voie à 11 jours d’intenses combats.

Le Commandant de la branche armée du Hamas, Muhammad Deif (Crédit : Autorisation)

Sinwar a précisé qu’à la toute fin du conflit, le Hamas avait prévu de tirer plus de 360 roquettes sur 14 villes en Israël, parmi lesquelles Haïfa, Tel Aviv, Dimona et Eilat. L’Égypte avait effectué une médiation afin d’obtenir le cessez-le-feu.

Sinwar a également affirmé avoir été impliqué dans l’enlèvement et la détention de Gilad Shalit, soldat de Tsahal enlevé par le Hamas lors d’un raid transfrontalier en Israël, et gardé captif pendant cinq ans à Gaza. Shalit avait fini par être libéré en 2011, dans le cadre d’un échange contre un millier de prisonniers palestiniens détenus en Israël.

Des policiers montent la garde pendant la « marche du drapeau », à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’interview de Sinwar a été diffusée au moment-même où celui qui avait été le geôlier de son frère Yahya qualifiait le chef du Hamas de « lâche », l’accusant d’être un homme cruel et insensible préférant laisser aux autres la « sale besogne ».

Yom Yeroushalayim commémore la conquête par Israël de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est sur la Jordanie, lors de la guerre des Six Jours, en 1967. Elle est célébrée publiquement par des Juifs nationaux-religieux, en majorité des jeunes, qui défilent dans la capitale en dansant et en agitant des drapeaux israéliens.

L’itinéraire habituel de la marche, qui emprunte la porte de Damas, à Jérusalem-Est puis le quartier musulman avant de parvenir au mur Occidental, est considéré comme une provocation par les Palestiniens et de nombreux Israéliens.

Bien que l’itinéraire de la marche ne conduise pas au mont du Temple, le Hamas et les groupes terroristes du Jihad islamique palestinien ont tous deux menacé de représailles toute « profanation » du lieu saint.

Israël a décidé de maintenir la marche dans son itinéraire habituel.

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