Booba risque un procès pour cyberharcèlement après sa campagne contre Magali Berdah
La fondatrice de Shauna Events, qui impute aussi au rappeur un lourd préjudice causé à son agence, vient de faire saisir près de 40 millions d'euros à titre conservatoire
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Il s’agirait plutôt d’un harcèlement ciblé et personnel que d’une campagne contre les dérives des influenceurs : le parquet a requis un procès contre le rappeur Booba pour avoir cyberharcelé Magali Berdah, fondatrice de l’agence Shauna Events.
Mi-février, le parquet de Paris a requis le renvoi en correctionnelle du rappeur de 49 ans, ainsi que de deux complices présumés : Grégory Zaoui, également connu des services de police pour son implication dans une fraude à la taxe carbone, et une ancienne employée de Berdah, a appris l’AFP de sources proches du dossier.
Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, monument du rap depuis les années 1990, s’est lancé en 2022 dans une croisade contre les influenceurs, qu’il a surnommés les « influvoleurs », et leurs pratiques commerciales, qu’il présente comme trompeuses.
Avec l’appui de ses « pirates », une communauté numérique qui relaie ses publications ou harcèle les personnes ciblées, le « Duc de Boulogne » lançait des « malédictions ».
Dans son viseur notamment : Magali Berdah, 44 ans, dont la carrière d’agente de stars de l’influence a été mise à mal. Mais pour le parquet, qui souligne une « volonté de nuire », les publications de Booba ont dépassé « le cadre de la dénonciation de ses pratiques commerciales ».
1,3 publication par jour
« Nous nous attendions à ce réquisitoire. C’est simplement le cours normal de la procédure », ont estimé auprès de l’AFP les avocats du rappeur, Mes Marie Roumiantseva et Gilles Vercken. Le juge d’instruction doit désormais décider s’il ordonne un procès ou non.
Le parquet relève l’avalanche de tweets publiés par Booba au sujet de Berdah : 1,3 publication par jour en moyenne pendant un an. Certains de ces tweets la visaient personnellement : critiques sur son physique, mise en cause de son judaïsme, comparaison à un animal, à un « démon » ou à un « monstre »…
Du côté de Berdah, ses avocats, Mes Antonin Gravelin-Rodriguez, Rachel-Flore Pardo et David-Olivier Kaminski, ont réagi : « Nous attendons désormais qu’une ordonnance soit rendue rapidement afin qu’un procès puisse se tenir dans les meilleurs délais. »
Le parquet relève que Booba « n’a pas hésité à publier tout élément de la vie privée de Magali Berdah », lui en voulant personnellement depuis qu’elle avait fait suspendre certains de ses comptes sur les réseaux sociaux.
Certaines publications concernaient sa vie sexuelle et ses enfants, ou diffusaient de « fausses rumeurs sur sa famille », note le parquet. Berdah s’était vu prescrire quinze jours d’incapacité.
Booba a continué de publier alors qu’il était mis en examen, note encore le parquet. « Pour moins que cela, certains ont vu leur contrôle judiciaire révoqué… », souligne Me Kaminski.
Si « ces publications ne constituent pas » une violation du contrôle judiciaire de Booba, elles caractérisent pour le ministère public « une continuation du harcèlement en ligne ».
Les charges de menaces de mort et de recel, un temps retenues, ont par contre été abandonnées.
« Comme une guerrière »
« Booba a voulu me mettre à terre et me rendre infréquentable », a réagi lundi Berdah, contactée par l’AFP.
« J’ai énormément souffert de ce harcèlement inhumain, ma famille aussi. J’ai même tenté à plusieurs reprises d’en finir, non pas par lâcheté, mais pour libérer mes proches de cet enfer. Mais j’ai tenu bon, et je me sens aujourd’hui comme une guerrière. J’irai jusqu’au bout grâce à la justice, afin que cela ne se reproduise plus jamais. »
Outre le cyberharcèlement, Berdah impute à Booba un lourd préjudice causé à Shauna Events, une société spécialisée dans les influenceurs qu’elle a fondée et qui vient de faire saisir près de 40 millions d’euros à titre conservatoire sur ses droits d’auteur et ses comptes bancaires.
Booba a pour sa part porté plainte contre Berdah, mais l’enquête pénale ouverte pour des soupçons de pratiques commerciales trompeuses a été classée sans suite en novembre 2023.
Le rappeur est également mis en examen depuis octobre pour harcèlement moral en ligne à l’encontre de Demdem, la compagne du rappeur Gims, et doit être jugé en avril dans un dossier d’injures et de cyberharcèlement visant une journaliste et une essayiste.
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