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Breaking Bread : Un festival gastronomique peut-il favoriser la paix israélo-arabe ?

Le film suit une microbiologiste arabe israélienne devenue chef cuisinière lors du festival A-Sham de Haïfa, consacré aux collaborations culinaires entre chefs juifs et arabes

Un houmous garni de salade grecque préparé pour un festival gastronomique israélo-arabe dans le documentaire "Breaking Bread". (Crédit : Cohen Media Group via JTA)
Un houmous garni de salade grecque préparé pour un festival gastronomique israélo-arabe dans le documentaire "Breaking Bread". (Crédit : Cohen Media Group via JTA)

JTA – Le houmous est le ciment de la société dans « Breaking Bread », un documentaire sur des chefs israéliens et arabes qui sort vendredi aux États-Unis et qui s’efforce d’être aussi savoureux que ses plats.

Malheureusement, il manque quelques ingrédients clés au film.

La principale protagoniste du film est le Dr. Nof Atamna-Ismaeel, microbiologiste devenue chef cuisinière, qui organise un festival gastronomique à Haïfa, qu’elle considère comme un symbole poignant de la coexistence arabo-juive. Une section spéciale du film et du festival est consacrée au « projet houmous », dans lequel différents chefs réalisent différentes variations de ce condiment.

Les spectateurs ont droit à un montage de bols de houmous accompagnés de toutes les garnitures imaginables, de l’agneau à l’ail en passant par le citron, etc.

Le Dr. Nof Atamna-Ismaeel supervise un festival alimentaire israélo-arabe dans le documentaire « Breaking Bread ». (Crédit : Cohen Media Group via JTA)

Pourquoi le houmous ? « C’est très symbolique », explique Atamna-Ismaeel à la caméra. « Il coexiste avec toutes les garnitures que vous choisissez d’y mettre. »

Présenté à New York et Los Angeles ce vendredi, avec une sortie nationale à venir, « Breaking Bread » reprend l’essentiel de cette déclaration sur le houmous en l’étendant au long métrage : une vision d’Israël résolument optimiste et axée sur la nourriture, dans laquelle des chefs de tous horizons parviennent à instaurer la paix grâce à leur cuisine.

Le film a déjà été diffusé dans d’autres pays, notamment en Israël et en Australie.

La réalisatrice et productrice Beth Elise Hawk – qui est également productrice de la série de thrillers de rencontres électroniques « Eye Candy » sur MTV – souligne fortement ses intentions dans le film. Chaque chef cuisinier dont elle fait le portrait fait inévitablement une déclaration grandiose sur l’utilisation du pouvoir de la cuisine pour combler les fossés et guérir leur nation divisée.

Dans le rôle de l’héroïne du film, Atamna-Ismaeel est une présence séduisante. Elle croit profondément à la réconciliation israélo-palestinienne et à la particularité d’être la première Arabe-Israélienne à remporter le concours israélien « Master Chef ». (À noter également : sa mère était professeur d’hébreu.)

Elle a gagné en 2014 et, plus tard dans l’année, a lancé le festival A-Sham, un festival gastronomique à Haïfa consacré aux collaborations culinaires entre chefs israéliens et arabes.

« Breaking Bread » raconte l’histoire de ce festival, même s’il passe sa création en grande partie sous silence. Au lieu de cela, il associe des séquences des éditions 2017 et 2018, et interroge les chefs participants et les politiciens de Haïfa qui les soutiennent pour présenter une étude de cas sur la coexistence.

En cours de route, nous rencontrons des chefs comme Shlomi Meir, troisième génération de cuisiniers israéliens, qui perpétue l’héritage de son grand-père en matière de cuisine d’Europe de l’Est, bien que ce dernier n’ait jamais écrit une seule recette, et Osama Dalal, un chef palestinien célèbre qui a trouvé le succès dans le monde de la haute cuisine israélienne. (À part Atamna-Ismaeel elle-même et une équipe mari-femme, tous les chefs présentés dans le film sont des hommes.)

Une assiette de houmous. Illustration. (Crédit : Wikipédia/CC BY-SA 2.0)

Bien entendu, nous découvrons également leurs plats, grâce à de nombreux gros plans succulents lors de la préparation des produits du festival. Le qatayef, une boulette arabe au fromage et aux noix, et le sumaghiyyeh, un plat traditionnel des mariages à Gaza (farine, tahini, viande et autres ingrédients cuits dans du sumac), font partie des délices qui sont mis en vedette.

Nous voyons également beaucoup de salades. Le débat sur l’appellation « salades arabes » ou « salades israéliennes » est lancé mais non résolu. L’approche du film sur ces questions est parfaitement illustrée par un segment qui visualise le « Levant » comme une pita falafel géante, que ses chefs peuvent ensuite accentuer avec de nouvelles saveurs, rouler et servir.

« Je crois qu’il n’y a pas de place pour la politique dans la cuisine », déclare Atamna-Ismaeel à la caméra, assis à une table. C’est une affirmation difficile à soutenir lorsque la politique a coloré tous les aspects de la vie arabo-israélienne comme une infusion d’huile d’olive.

Quand on revendique une terre, est-ce qu’on exprime aussi la propriété de tous les aliments cultivés et cuisinés sur cette terre ? Lorsque la cuisine est une composante aussi importante de l’identité nationale, les aliments fusionnés contribuent-ils à exprimer cette identité ou à l’effacer ? Le film ne creuse pas suffisamment ces questions pour y répondre.

Ce qu’il offre, c’est un houmous lisse et homogène. Et pour les gourmands qui ont envie de pois chiches et de paix, c’est peut-être suffisant.

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