Brésil: Des Juifs critiquent un magazine comparant un politicien juif à un nazi
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Brésil: Des Juifs critiquent un magazine comparant un politicien juif à un nazi

Les leaders communautaires condamnent la comparaison entre Fabio Wajngarten et Joseph Goebbels dans un hebdomadaire populaire, qui dénonce une "manipulation par la colonie juive"

Image de couverture du magazine Istoe avec le titre 'Le Goebbels of the Planalto.' (via JTA)
Image de couverture du magazine Istoe avec le titre 'Le Goebbels of the Planalto.' (via JTA)

RIO DE JANEIRO (JTA) — Plusieurs groupes juifs brésiliens ont condamné un article d’information qui établissait une comparaison entre un politicien juif éminent et le ministre de la propagande allemand Joseph Goebbels.

Le magazine Istoe a publié vendredi un article intitulé « Le Goebbels du Planalto » – une référence au palais présidentiel du Brésil – qui met en exergue le fait que le secrétaire des Communications du Brésil, Fabio Wajngarten, est Juif. Il évoque une théorie du complot pour expliquer des coupes récentes dans les budgets consacrés aux publicités parues dans des médias qui ne sont pas alliés au gouvernement.

Créé en 1976, Istoe est considéré comme l’un des trois principaux hebdomadaires du Brésil.

Le président de Bnai Brith, Abraham Goldstein, a déclaré à JTA qu’il était « scandaleux » que le magazine utilise les origines juives de Wajngarten pour afficher « un manque de respect odieux aux victimes de la Shoah ».

« Et ils vont encore plus loin, de manière répugnante, en impliquant la communauté juive et en disant que les ‘Israélites sont connus pour travailler dans l’industrie souterraine de la sécurité et de l’information’, ce qui est non seulement mensonger mais également l’un des actes les plus vils de préjugé, de racisme et d’antisémitisme », a dit Goldstein.

La réaction a entraîné une unanimité rare entre Juifs de gauche et Juifs de droite, qui nourrissent des sentiments marqués d’appréciation ou de haine au sujet du président Jair Bolsonaro, politicien chrétien et pro-israélien fervent qui fait souvent l’éloge de l’Etat juif et qui est devenu un ami proche de l’ambassadeur israélien au Brésil, Yossi Shelley.

L’ambassadeur israélien au Brésil Yossi Shelley (d) et le président brésilien Jair Bolsonaro, à Brasilia, le 7 juillet 2019. (Crédit : ambassade israélienne au Brésil)

« Ce sont des traces d’antisémitisme dangereuses. Elles soulèvent l’idée d’une conspiration juive utilisée par le régime nazi lui-même pour justifier les persécutions à l’encontre des Juifs », a fait savoir dans un communiqué le groupe Juifs pour la démocratie, un groupe d’extrême-gauche opposé au gouvernement brésilien actuel.

Dans une section appelée « La manipulation par la colonie juive », l’article a souligné la judéité du politicien de manière douteuse.

« Juif, Fabio Wajngarten a profité de ses relations avec la communauté juive, composée d’importants hommes d’affaire de Sao Paulo », dit l’article. « Afin de plaire au Messie, il n’allouera le budget qu’aux publications ‘converties’, » a-t-il dit, en référence au deuxième prénom de Bolsonaro — Messie — et aux conversions religieuses.

Un danseur d’une école de samba brésilienne lors de répétitions du Carnaval fait l’amalgame entre Adolf Hitler et Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien. (Crédit : Ismael Toledo via JTA)

« Cet article colporte des comparaisons pitoyables et inappropriées. En tout temps, et davantage aujourd’hui en ces moments d’intolérance et de prêche de la haine, une telle approche doit être combattue », a dit la confédération israélite brésilienne, organisation-cadre de la communauté juive, dans un communiqué.

Plusieurs fédérations juives, qui représentent la majorité des 26 états brésiliens, ont également émis des communiqués.

« Le débat intense d’idées et les querelles idéologiques partisanes ne doivent jamais se confondre avec la religion », a établi la fédération juive de Sao Paulo, qui s’exprime au nom d’une communauté juive de 60 000 personnes qui comprend la moitié des Juifs du Brésil.

Le consul honoraire d’Israël à Rio, Osias Wurman, a déclaré à JTA que des procédures judiciaires devaient être entamées contre la publication.

« Cet article me rappelle les années 1930 lorsque le célèbre rédacteur en chef allemand Julius Streicher, propriétaire du journal raciste Der Sturmer, avait caricaturé les Juifs de la manière la plus basse et la plus bestiale. Aujourd’hui, 80 ans plus tard, un héritier de Julius répète ce narratif désinvolte dans un magazine brésilien dans un pays qui n’accepte pas ce type de bassesse », a dit Wurman, un journaliste influent qui a écrit plus de 100 articles sur le judaïsme, le sionisme et Israël.

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