Ce que les Américains pensaient des réfugiés de guerre juifs
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Ce que les Américains pensaient des réfugiés de guerre juifs

Pour un parlementaire du Montana, les migrants juifs fuyant l'Allemagne nazie faisaient partie d'un « gouvernement invisible »

Réfugiés juifs à bord du paquebot allemand St. Louis, le 29 juin 1939. (Crédit : Planet News Archive/SSPL/Getty Images via JTA)
Réfugiés juifs à bord du paquebot allemand St. Louis, le 29 juin 1939. (Crédit : Planet News Archive/SSPL/Getty Images via JTA)

NEW YORK (JTA) – On les avait qualifiés de « soi-disant » réfugiés, on a dit d’eux qu’ils étaient étrangers à la culture américaine et on a mis en garde contre eux comme des ennemis potentiels des États-Unis.
 
Cette rhétorique anti-réfugiés enflamée en Amérique était dirigée contre les Juifs qui tentaient de fuir l’Europe, et non contre des Mexicains ou des Syriens.

Dans les années 30 et 40, la crainte était que des infiltrés nazis et communistes se mêlent dans le flux des réfugiés, plutôt que des militants islamistes ou des criminels mexicains que certains craignent aujourd’hui.

Voici un aperçu de ce que les Américains disaient à propos des Juifs alors qu’ils cherchaient à échapper à l’étau nazi et à trouver refuge aux États-Unis.

Les sondages

En 1938, lorsque la menace d’Hitler envers les Juifs d’Allemagne était déjà apparente, l’Amérique sortait à peine de la Grande Dépression, et la xénophobie et l’antisémitisme étaient monnaie courante.

Dans un sondage de juillet 1938, 67 % des Américains déclaraient au magazine Fortune que l’Amérique ne devrait pas du tout laisser entrer les réfugiés politiques allemands, autrichiens et autres, alors que 18 % estimaient que l’Amérique devrait leur permettre de venir mais sans augmenter les quotas d’immigration.

Dans un autre sondage de 1938, cité dans le livre « Jews in the Mind of America » [Les Juifs dans l’esprit de l’Amérique], quelque 75 % des répondants ont dit qu’ils s’opposaient à l’augmentation du nombre de Juifs allemands autorisés à s’installer aux États-Unis.

En janvier 1939, 61 % des Américains ont repondu à l’institut Gallup qu’ils s’opposaient à l’installation aux Etats-Unis de 10 000 enfants réfugiés, « pour la plupart, juifs ».

En mai de la même année, 12 % des Américains ont dit qu’ils soutiendraient une vaste campagne contre les Juifs aux États-Unis et 8 % ont dit qu’ils y étaient favorables, selon le livre « FDR and the Jews » [« Roosevelt et le Juifs »].

En juin 1944, le nombre d’Américains soutenant ou étant favorables à une vaste campagne contre les Juifs était passé à 43 %. Des sondages cités dans « Jews in the Mind of America » ont montré que 24 % des Américains croyaient les Juifs étaient « une menace pour l’Amérique. »

Dans le même temps cependant, 70 % des Américains ont dit dans un sondage commandé par la Maison Blanche en avril 1944, qu’ils étaient favorables à la création de camps temporaires aux États-Unis où les réfugiés de guerre pourrait rester jusqu’à la fin de la guerre.

Seulement un de ces camps a été mis en place, à Fort Ontario à Oswego, dans l’Etat de New York ; 982 réfugiés y ont été assignés en août 1944.

Les déclarations

Le représentant républicain du Montana Jacob Thorkelson, avait déclaré que les migrants juifs faisaient partie d’un « gouvernement invisible » lié à la « juiverie communiste » et aux « financiers juifs internationaux. »

Robert Reynolds sénateur démocrate de Caroline du Nord, avait affirmé que les Juifs « construisaient systématiquement un empire juif dans ce pays. »

« Que l’Europe prenne soin de ses propre gens, » avait-il dit. « Nous ne pouvons pas prendre soin des nôtres, alors en importer plus pour s’occuper d’eux… »

Reynolds a déclaré au magazine Life qu’il voulait simplement que « nos beaux garçons et de jolies filles aient tous les emplois dans ce merveilleux pays », selon TheIntercept.com.

Le président Franklin D. Roosevelt avait lui-même mis en garde que les réfugiés juifs risquaient d’être des espions nazis, forcés à exécuter les ordres du Reich par des menaces contre leurs familles restées en Allemagne.

Lors d’une conférence de presse, Roosevelt avait expliqué comment les réfugiés – « en particulier les réfugiés juifs » – pourraient être contraints de se mettre au service des nazis sous la menace que s’ils refusaient, on leur dirait, ‘Nous sommes terriblement désolés, mais vos vieux parents sont sortis et ont été tués dans une fusillade' ».

Des mises en garde similaires contre des nazis déguisés en réfugiés sont apparues dans le Saturday Evening Post, le Readers Digest et l’American Magazine, selon Reason.com.

Les nombres

L’Amérique n’a pas pris de mesures spécifiques pour aider les réfugiés juifs jusqu’en janvier 1944, quand Roosevelt, cédant à la pression de membres de son propre gouvernement et des Juifs américains, a institué le War Refugee Board pour aider les Juifs d’Europe.

Jusque-là, plusieurs milliers de réfugiés juifs avaient pu entrer aux États-Unis de 1938 à 1941 au titre du contingent germano-autrichien, qui n’était pas limité aux Juifs.

Mais pendant l’essentiel de la présidence de Roosevelt, le contingent américain pour les immigrants en provenance d’Allemagne a été rempli à moins de 25 %, selon le David S. Wyman Institute for Holocaust Studies. En tout, plus de 190 000 places du quota de l’Allemagne et des pays occupés par l’Axe n’ont pas été utilisées pendant la Shoah.

En 1938, deux semaines seulement après le pogrom de la Nuit de Cristal, le ministre americain de l’Intérieur a lancé l’idée de l’installation des réfugiés en Alaska, et très vite son ministère a commencé à en étudier la faisibilité.

En mars 1940, le sénateur Robert Wagner de New York et le représentant Frank Havenner de Californie ont soumis des propositions de loi concernant l’installation de 10 000 réfugiés de guerre sur le territoire éloigné qui ne seraient pas pris en compte pour les quotas d’immigration.

Mais l’idée a couru parmi leurs adversaires au Congrès qui ont exprimé la crainte que « ces étrangers ne pourraient pas être assimilés en Alaska, et constitueraient une menace pour notre civilisation américaine. »

Dans l’un des incidents les plus infâmes impliquant des réfugiés juifs, le paquebot St. Louis, un navire chargé de Juifs fuyant les nazis, a navigué en 1939 dans les eaux au large de la Floride, ses passagers suppliant Roosevelt d’entrer dans le pays.

Mais Roosevelt a refusé, et le navire – qui avait été assez proche pour que les passagers puissent voir les lumières de Miami – ont dû rentrer en Europe. Près de la moitié de ses passagers périrent entre les mains des nazis.

Même après la Seconde Guerre mondiale, les réfugiés juifs et les personnes déplacées qui voulaient s’installer aux États-Unis ont été soumis à de sévères restrictions.

Globalement l’immigration aux États-Unis n’a pas augmenté après la Shoah, mais dans un effort pour contourner l’inaction du Congrès et aider les réfugiés de guerre, le président Harry Truman a ordonné que les quotas d’immigration existants soient remplis par des personnes déplacées.

En vertu des dispositions de la directive Truman, 22 950 personnes deplacées sont entrées aux États-Unis entre la fin 1945 et 1947; dont les deux tiers étaient juifs.

En 1948, le Congrès a desserré les restrictions en matière d’immigration pour permettre à 400 000 personnes deplacées de venir aux États-Unis. La majorité de ce contingent est cependant revenu à des Chrétiens; seulement environ 20 %, soit 80 000, étaient des Juifs.

En tout, 137 450 réfugiés juifs se sont installés aux États-Unis jusqu’à 1952, selon le US Holocaust Memorial Museum de Washington.

En comparaison, en plus de quatre ans de guerre civile en Syrie, l’Amérique a accueilli environ 1 500 réfugiés syriens.

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