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Ces Juifs américains qui manifestent contre Israël suite aux massacres du Hamas

Galvanisés par des groupes comme "IfNotNow" et "Jewish Voice for Peace", des milliers de Juifs américains ont dénoncé Israël après le massacre de 1 200 Israéliens

Des milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche à Times Square, dans Manhattan, pour exprimer leur soutien au peuple palestinien et exhorter à ne pas poursuivre l'aide militaire américaine à Israël (Crédit :  Bryan R. Smith (AFP))
Des milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche à Times Square, dans Manhattan, pour exprimer leur soutien au peuple palestinien et exhorter à ne pas poursuivre l'aide militaire américaine à Israël (Crédit : Bryan R. Smith (AFP))

NEW YORK – Alors que la plupart des organisations juives américaines se sont mises en mode urgence ce week-end pour organiser des rassemblements pro-israéliens, tous les Juifs américains n’ont pas regagné la « tente communautaire » en ce qui concerne le soutien à l’État juif en guerre.

Dimanche, alors que beaucoup étaient encore en train de méditer sur la nature et l’ampleur des massacres perpétrés par le Hamas, samedi, qui ont fait plus de 1 300 morts israéliens et plus d’une centaine d’otages à l’issue d’une offensive aérienne, terrestre et maritime redoutablement organisée, le groupe juif d’extrême gauche IfNotNow a opté pour un positionnement radicalement différent.

« Nous ne pouvons pas et ne dirons pas que les actions d’aujourd’hui des militants palestiniens ne sont pas provoquées », peut-on lire dans la déclaration d’IfNotNow, organisation fondée en 2014 pour protester contre l’aide américaine à la défense israélienne, en référence aux terrorisme palestinien.

« Chaque jour de plus sous le système d’apartheid israélien est une provocation. Le siège de Gaza est une provocation », dit le communiqué.

En ce qui concerne les civils assassinés dans les attaques de samedi, IfNotNow a déclaré : « Leur sang est sur les mains du gouvernement israélien, du gouvernement américain qui finance et excuse leur imprudence, et de tous les dirigeants étrangers qui continuent de fermer les yeux sur des décennies d’oppression palestinienne, mettant en danger les Palestiniens et les Israéliens. »

Ces déclarations reflètent une certaine réalité des campus universitaires, où les activistes des deux bords du conflit israélo-palestinien luttent pied à pied, explique l’historienne Sara Hirschhorn, professeure d’études israéliennes à l’Université Northwestern. Il y a eu un changement radical parmi les jeunes sur le soutien à Israël, avance-t-elle.

« Il y a un changement générationnel parmi les jeunes Juifs américains milléniaux qui est signifié dans cette déclaration [IfNotNow], et cela suggère qu’il y a des changements d’attitude ici », a déclaré Hirschhorn au Times of Israel lundi.

Sara Hirschhorn, auteure et historienne. (Autorisation de Sara Hirschhorn)

Sur de nombreux campus, souligne Hirschhorn, « on demande aux jeunes Juifs de laisser leur sionisme à la porte de la cause progressiste. S’ils entendent de leurs pairs que le sionisme représente le fanatisme, l’injustice et le racisme, pourquoi prendraient-ils fait et cause pour Israël ? »

Aux États-Unis, le soutien juif à Israël a commencé à s’éroder il y a de cela une cinquantaine d’années, estime Hirschhorn. Bien que les raisons de la désunion d’aujourd’hui soient variées, un nouvel élément s’est ajouté l’an dernier, dit-elle.

« L’actuel gouvernement israélien et certaines de ses politiques ont été un véritable électrochoc et une source de crainte pour les Juifs américains, en particulier pour ceux qui commencent à se demander si la relation entre Israël et la diaspora repose sur des valeurs communes », explique Hirschhorn, ajoutant que de nombreux étudiants juifs étaient « profondément attachés aux valeurs progressistes et à l’activisme ».

« Les Juifs de Harvard pour la libération »

On voit beaucoup de keffiehs autour du cou des étudiants de l’Université Harvard depuis dimanche, dit au Times of Israel Alex Bernat, étudiant en première année en génie électrique et informatique.

Le Comité de solidarité avec la Palestine de Harvard a lancé le mouvement « Keffieh Thursday » à Harvard bien avant les attaques de ce week-end, de sorte que Bernat était habitué à voir environ « 10 ou 20 » personnes portant le keffieh les jeudi.

Le Comité de solidarité avec la Palestine de Harvard tient son « Jeudi Keffieh » hebdomadaire en soutien à la Palestine. (Crédit : Facebook)

Malgré tout, ce dimanche, Bernat s’est dit « choqué » de voir tant de personnes de sa connaissance porter un keffieh, jusqu’à des camarades de classe.

« Harvard est un environnement très toxique pour les questions liées à Israël ou pour les étudiants juifs, et les massacres du Hamas de ce samedi ont fait ressortir des sympathies pour le terrorisme et autres choses désagréables », explique Bernat, qui dirige la Conférence de Harvard Israël depuis deux ans.

Bien que Bernat n’ait, semble-t-il, pas vu d’étudiants juifs avec un keffieh ce dimanche, l’organisation « Harvard Jews for Liberation » de l’université a attiré l’attention des médias internationaux avec une déclaration condamnant Israël, publiée au cours du week-end.

Présentée comme une « déclaration conjointe des groupes de solidarité avec la Palestine de Harvard sur la question palestinienne », la déclaration appelle à l’action pour protéger les Palestiniens des « représailles coloniales ».

Rassemblement des « Juifs contre Israël » à Brookline, dans le Massachusetts, le lendemain du meurtre de 1 200 Israéliens par le Hamas, le 8 octobre 2023. (Crédit : Réseaux sociaux)

Selon la déclaration, publiée par le Comité de solidarité avec la Palestine (PSC) de Harvard, la riposte d’Israël à l’assassinat de plus de 1 300 civils et soldats « requiert une position ferme contre ces représailles coloniales. Nous appelons la communauté de Harvard à prendre des mesures pour mettre un terme à l’anéantissement des Palestiniens », peut-on lire dans la déclaration.

Selon Bernat, la majorité des étudiants juifs de Harvard soutiennent Israël. Dans la foulée de la déclaration anti-israélienne publiée par le CPS, Bernat a publié une lettre ouverte de soutien à Israël qui dénonce les 32 groupes de Harvard cosignataires de la déclaration du PSC en soutien au Hamas.

« Dans l’ensemble, ici, la communauté juive est incroyablement unie », assure Bernat, ajoutant que les dirigeants des campus Hillel et Chabad se sont joints à la lettre, signée jusqu’à présent par plus de 3 500 personnes.

Selon Bernat, natif de Chicago, Harvard Jews for Liberation est une « émanation » de Jewish Voice for Peace et IfNotNow, et non une organisation née sur le campus.

Des militants de Jewish Voice for Peace à Bryant Park, New York. (Crédit : Réseaux sociaux)

Jewish Voice for Peace (JVP) a été fondé en 1996 par des militants anti-Israël, parmi lesquels Tony Kushner et Noam Chomsky. Semblable aux organisations sionistes J Street et AIPAC, JVP est un mouvement national avec des militants recrutés parmi les étudiants des campus.

Hier, JVP a publié une note de blog demandant au gouvernement américain de « prendre sans délai des mesures pour retirer les financements militaires à Israël et tenir le gouvernement israélien responsable des violations flagrantes des droits de l’homme et de ses crimes de guerre contre les Palestiniens ».

« Des souffrances palestiniennes incommensurables »

Alors que des milliers de Juifs et soutiens d’Israël affluaient aux rassemblements et veillées organisées dès samedi soir, des Juifs américains ont utilisé leur notoriété pour dire haut et fort qu’Israël était responsable des massacres du Hamas.

« Il ne peut y avoir de retour au statu quo ante de l’occupation indéfinie en Cisjordanie et du siège de Gaza, ce contre quoi les Palestiniens luttent depuis longtemps », a écrit Joshua Leifer, rédacteur en chef de Jewish Currents.

Célèbre sur les réseaux sociaux anti-Israël, Leifer a dit que ce mois-ci resterait dans les mémoires en raison du « génocide » perpétré par Israël à Gaza, et non en raison des massacres du Hamas.

Joshua Leifer, journaliste et rédacteur en chef de Jewish Currents (Domaine public)

« Contrairement à ceux, à gauche, qui ont rapidement salué l’attaque du Hamas comme le premier acte d’ouverture d’un possible soulèvement, il est plus probable qu’on s’en souvienne comme d’un acte suicidaire qui entraînera presque certainement des souffrances palestiniennes incommensurables », a écrit Leifer.

Hirschhorn estime que des déclarations comme celles de Leifer ou d’IfNotNow ne sont « ni favorables à la solution à deux États ni contre le terrorisme », comme elle s’en est ouverte au Times of Israel.

Elle a en effet dit « ignorer si IfNotNow, personnellement ou professionnellement, se considère comme faisant partie de la communauté ».

« Je ne suis pas certaine de leur position sur ces questions ni de la manière dont ils se perçoivent ».

Lundi soir, IfNotNow a tweeté que certains de ses membres avaient perdu des « proches israéliens » dans les attaques de samedi. Cependant, poursuit le tweet, les militants palestiniens devraient être « terrifiés pour leurs proches à Gaza, qui n’ont nulle part où aller, au moment où les dirigeants utilisent notre douleur comme arme pour appeler au génocide ».

La déclaration publiée dimanche par IfNotNow a placé le groupe au-delà des « limites » fixées par les Juifs américains traditionnels, a déclaré Hirschhorn.

Dans l’opposition, J Street, fondée en 2007 pour protester contre le soutien américain à la présence d’Israël dans les Territoires contestés, a publié une déclaration condamnant le Hamas.

« Nous sommes consternés de voir que certaines organisations, commentateurs ou politiciens trouvent des excuses, des justifications voire des raisons de se réjouir de ces crimes atroces commis contre des Israéliens », dit le communiqué de J Street, publié lundi.

Photographie du « mur de résistance » de la « Semaine contre l’apartheid israélien » de l’Université Harvard en 2019, à Cambridge (Massachusetts). (Crédit : Réseaux sociaux)

Le groupe J Street de Harvard est affilié à Hillel et s’est jusqu’à présent abstenu de publier des déclarations sur les massacres du Hamas.

Non content de soutenir le groupe J Street du campus, ces 15 dernières années, Harvard Hillel a accueilli des conférenciers de « Breaking the Silence », vétérans de Tsahal qui « révèlent au public la réalité de la vie quotidienne dans les territoires occupés ».

Confiné par les « Standards of Partnership » de Hillel International, le groupe Harvard Hillel n’a pas été en mesure « d’ouvrir la tente » au mouvement « Open Hillel », qui souhaite « ouvrir le débat sur les campus autour du conflit israélo-palestinien ».

Pour Hirschhorn, un des traits caractéristiques du judaïsme – sur les campus comme en dehors – est l’ouverture à la diversité des points de vue et au dialogue. Mais, regrette-t-elle, les déclarations de groupes comme IfNotNow ou JVP troublent et bouleversent un grand nombre de Juifs américains.

« C’est le moment de se rassembler en tant que communauté », dit Hirschhorn. « Nous devrions autant que possible faire en sorte de garder la tente ouverte, avec des limites qui doivent être rappelées avec force dans des moments comme celui-ci, lorsque des civils sont tués dans des circonstances atroces. »

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