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Chili : Le responsable de la communauté juive réagit à l’élection présidentielle

Fervent critique d’Israël, le nouveau président a par le passé fait des déclarations antisionistes

Gerardo Gorodischer. (Crédit : capture d’écran YouTube / Keren Hayesod Chile)
Gerardo Gorodischer. (Crédit : capture d’écran YouTube / Keren Hayesod Chile)

Gabriel Boric est devenu le nouveau président du Chili. Candidat de la gauche radicale, il l’a remporté au second tour face au candidat d’extrême droite José Antonio Kast.

Fervent critique d’Israël, le nouveau président a par le passé fait des déclarations antisionistes.

Suite à l’élection, le CRIF a interrogé Gerardo Gorodischer, président de la communauté juive du Chili, sur les conséquences de cette élection pour la communauté juive du pays, qui compterait 18 000 membres actifs, « seule communauté de la région qui s’est agrandie ces vingt dernières années, grâce à l’immigration régionale en provenance d’Argentine, du Venezuela et du Pérou principalement ».

« L’élection a été difficile pour toute la société chilienne et pas seulement pour nous. La grande question est d’essayer de comprendre pourquoi le Chili a dû trancher entre les extrêmes et non quelqu’un du centre auquel appartient la majorité des Chiliens. Alors, en tant que Juif vivant au Chili et faisant partie de la société locale, la réponse est la même ; oui ce n’était pas le scénario idéal », a-t-il fait savoir.

Le président élu Gabriel Boric salue ses partisans en arrivant au palais présidentiel La Moneda pour un rendez-vous avec le président Sebastian Pinera à Santiago, au Chili, le 20 décembre 2021. (Crédit : AP Photo/Matias Delacroix)

« Lorsque nous avons réalisé que les deux candidats avaient des possibilités de passer au second tour, nous avons commencé à travailler avec leurs comités afin d’ouvrir des canaux de communication, notamment avec les équipes de Gabriel Boric. Dans le cas de José Antonio Kast, nous le connaissions très bien, il était membre du groupe de la chambre des députés Chili-Israël. Je pense qu’il n’est pas approprié d’institutionnaliser les élections ou les positions politiques, cela pourrait être très dangereux pour la communauté juive, donc nous ne l’avons jamais fait. »

Boric, devenu célèbre lorsqu’il était un leader étudiant, a gagné 56 % des votes lors du scrutin, soit 12 points de plus que son rival ultra-conservateur de droite, Kast, un politicien pro-israélien. La participation approche les 55 %, un plus haut historique depuis que le vote n’est plus obligatoire en 2012. Sur les 111 Chiliens vivant au sein de l’État juif qui ont pris part au vote depuis l’étranger, 73 se sont prononcés pour Kast contre seulement 33 en faveur de Boric, selon la base nationale de données électorales chilienne.

Dans son discours de victoire, Boric a promis de « combattre avec fermeté les privilèges de quelques-uns » en présentant sa vision de l’avenir pour le Chili.

La Communauté juive du Chili – une ONG qui représente les intérêts communautaires – a félicité Boric dans un court communiqué, lui souhaitant ainsi qu’à son gouvernement de connaître « beaucoup de réussite » et saluant la transparence du scrutin. Le communiqué a conclu que « nous continuerons à œuvrer pour un Chili démocratique, diversifié, où les minorités sont respectées ».

Chili : manifestation pro-palestinienne pour exiger la rupture des relations avec Israël, en 2014. (Crédit : AFP/ MARTIN BERNETTI)

Le responsable communautaire affirme que « la vision d’Israël de Gabriel Boric est très critique et est très influencée par sa proximité avec certains membres de la communauté palestinienne [qui compte 400 000 personnes], « soit la plus importante en dehors du Moyen-Orient ».

« Il n’a pas été facile pour la communauté juive d’écouter ces discours, dont les mots étaient parfois très durs en se référant à l’État d’Israël. Nous avons eu le sentiment que la communauté juive et son sentiment envers Israël n’étaient pas compris, mais récemment nous avons travaillé afin de développer des canaux de communication et le nouveau président a fait preuve d’ouverture pour mieux connaître et comprendre la situation, » poursuit-il.

« Nous avons eu un zoom il y a quelques mois, et il a déclaré que sa vision pour le Chili était un État laïc, avec la liberté religieuse, le respect des groupes minoritaires, la liberté d’éducation et aucun discours de haine. Par ses mots, nous concluons que Gabriel Boric nous respectera, de la même façon que tous les autres Chiliens. Nous devrons trouver les canaux pour partager avec lui notre vision de notre vie au Chili et de notre espoir de relation entre le Chili et Israël, » précise-t-il.

Il affirme ainsi que la communauté se sent « globalement en sécurité pour l’instant, même si l’antisémitisme et les sentiments anti-israéliens se sont accrus ».

« Nous devons être prudents, afin de ne pas institutionnaliser des positions politiques au sein de notre communauté, ce qui pourrait créer une polarisation entre nous. Aujourd’hui, nous devons être plus unis que jamais, travailler pour la communauté juive dans son ensemble, quelle que soit la couleur politique de chacun. Notre devoir est de prendre soin de tous les Juifs du Chili », dit-il.

« Les Juifs du monde ont besoin les uns des autres, où que nous soyons. Notre communauté ne fait pas exception. C’est pourquoi je vous invite à la prudence et à comprendre que chaque Juif, quelle que soit sa pensée politique ou religieuse, est précieux pour notre peuple et, plus encore, pour notre communauté. »

En 2019, la communauté juive du Chili avait transmis au député un cadeau de Rosh HaShana accompagné d’un petit mot qui exprimait le désir d’une
« société plus inclusive, plus respectueuse, avec plus de solidarité ».

« J’apprécie ce geste mais ils [les Juifs] pourraient commencer par demander à Israël de rendre les territoires palestiniens occupés illégalement », avait écrit Boric sur Twitter en légende d’une photo qui montrait le cadeau.

Enfin certains Juifs chiliens craignent que Boric ne veuille promouvoir l’un de ses partisans, Daniel Jadue, membre du parti communiste d’origine palestinienne, qui a refusé d’expliquer pourquoi l’annuaire de son lycée l’avait présenté comme « un antisémite » qui « nettoiera la ville des Juifs ».

Il a, dans le passé, qualifié la communauté juive du Chili de « communauté sioniste du Chili » et les Juifs du pays estiment qu’il est antisémite. Une accusation rejetée par Jadue qui a affirmé qu’il était lui-même sémite, étant arabe.

Daniel Jadue. (Capture d’écran :YouTube)

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