Cisjordanie : Gantz et Shaked en désaccord ; le cabinet ajuste sa politique
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Cisjordanie : Gantz et Shaked en désaccord ; le cabinet ajuste sa politique

Le ministère de la Défense nie la mise en place de réunions trimestrielles pour approuver la construction d'implantations, affirmant qu'aucune décision de ce type n'a été prise

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

PHOTO A gauche, le ministre de la Défense Benny Gantz dirige une réunion de faction au parlement israélien le 21 juin 2021. A droite, la ministre de l'Intérieur, Ayelet Shaked, lors d'une cérémonie à Jérusalem le 14 juin 2021. ( Crédit : Olivier Fitoussi/Yonatan Sindel/Flash90 ; collage par Times of Israel)
PHOTO A gauche, le ministre de la Défense Benny Gantz dirige une réunion de faction au parlement israélien le 21 juin 2021. A droite, la ministre de l'Intérieur, Ayelet Shaked, lors d'une cérémonie à Jérusalem le 14 juin 2021. ( Crédit : Olivier Fitoussi/Yonatan Sindel/Flash90 ; collage par Times of Israel)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a critiqué dimanche la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked qui aurait déclaré à des leaders d’implantations que son bureau approuverait des constructions en Cisjordanie tous les trois mois, affirmant qu’aucune décision de ce type n’avait été prise.

« Tous les aspects des implantations continueront à être gérés au sein de l’establishment de la Défense, dirigé par le ministre de la Défense. Nous recommandons à chaque ministre de se concentrer sur les problèmes de son ministère », a déclaré le bureau de Gantz dans un communiqué.

Le différend est survenu alors que le gouvernement actuel, qui comprend à la fois des partis farouchement opposés à la construction d’implantations et d’autres qui les soutiennent fermement, peine à formuler sa politique en Cisjordanie.

Dimanche, le journal de droite Israel Hayom a rapporté que Shaked avait déclaré la semaine dernière aux membres du Conseil de Yesha – une organisation faîtière représentant de nombreuses implantations de Cisjordanie – que le Conseil suprême de planification de l’administration civile du ministère de la Défense, qui doit approuver la construction des implantations, se réunirait tous les trimestres pour approuver l’expansion des implantations de Cisjordanie.

Au cours de la réunion, Shaked aurait également déclaré aux représentants du Conseil de Yesha que le gouvernement actuel poursuivrait les politiques de base du gouvernement précédent en Cisjordanie.

Le bureau de Gantz a démenti catégoriquement qu’une telle décision avait été prise.

« Cela ne s’est jamais produit. Il n’y a jamais eu d’accord sur cette question lors des négociations de la coalition », a déclaré un porte-parole du ministre dans un communiqué.

Des habitants israéliens d’implantations marchent avec des drapeaux à l’avant-poste illégal d’Evyatar en Cisjordanie, le 21 juin 2021. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Lorsqu’on lui a demandé si le conseil se réunirait effectivement tous les trimestres, la porte-parole a répété qu’aucune décision n’avait été prise à ce sujet, notant que – contrairement à ce que rapportait l’article – les réunions trimestrielles du conseil représenteraient un changement de politique par rapport au gouvernement précédent.

« Nous allons gérer les choses comme nous le souhaitons. [Le conseil] ne se réunissait pas une fois par trimestre sous l’administration précédente. Aucune décision n’a été prise », a-t-elle déclaré.

En effet, lors de la dernière réunion du conseil, qui s’est tenue en janvier, la construction de plusieurs centaines de logements a été approuvée.

Vendredi, des habitants ont quitté pacifiquement l’avant-poste illégal d’Evyatar, dans le nord de la Cisjordanie, dans le cadre d’un accord sans précédent, aux termes duquel l’implantation sauvage surplombant une colline a été laissée intacte, malgré sa construction non autorisée il y a deux mois, le gouvernement ayant accepté d’étudier le terrain pour déterminer si l’avant-poste avait été construit sur des propriétés palestiniennes privées ou sur des terres publiques, auquel cas il pourrait être légalisé rétroactivement.

Cet accord a été largement critiqué par les partis politiques de gauche et par les membres de l’establishment de la défense, qui craignent qu’il ne crée un précédent encourageant les habitants Juifs de Cisjordanie à établir illégalement d’autres avant-postes à l’avenir afin que le gouvernement les reconnaisse après coup, leur permettant d’éviter une expulsion violente.

En conséquence, les forces de sécurité sont de plus en plus motivées à agir rapidement pour démolir les avant-postes immédiatement après leur édification, afin d’éviter que ne se crée une dynamique qui nécessiterait l’intervention de l’échelon politique.

Les forces de sécurité israéliennes se heurtent aux Palestiniens lors d’une manifestation contre l’avant-poste d’Evyatar, à Beita, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le 18 juin 2021. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Evyatar représente un sujet de discorde pour le nouveau gouvernement. L’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu avait imploré l’armée de ne pas évacuer l’avant-poste pendant les derniers jours de son mandat, sachant que la question diviserait la coalition politiquement hétéroclite qui l’a remplacé le 13 juin.

L’accord conclu cette semaine pourrait être considéré comme une petite victoire pour le nouveau Premier ministre Naftali Bennett – ancien directeur du lobby des habitants Juifs du Conseil de Yesha – qui a voulu éviter des scènes où les troupes israéliennes arrachent des Juifs de leurs foyers au cours de son premier mois de mandat.

Le principal opposant à l’avant-poste au sein du gouvernement était le ministre de la Défense Benny Gantz, qui a appelé à sa destruction quelques jours après sa création. Alors qu’un compromis était en cours de négociation ces dernières semaines, M. Gantz s’est battu pour s’assurer qu’une yeshiva ne serait pas établie tant qu’une étude du terrain n’aurait pas été réalisée, selon une source familière de la question.

Si le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, du parti centriste Yesh Atid, et les factions Meretz et Labor, orientées à gauche, ont également soutenu la démolition de l’avant-poste, ils n’ont pas participé aux négociations avec ses habitants, résignés à penser que l’affaire ne valait pas le risque de renverser le gouvernement si tôt, a expliqué la source.

L’accord a également fait l’objet de critiques de la part de l’extrême droite. Un haut responsable du Parti sioniste religieux a déclaré à la version hébraïque du Times of Israel, Zman Yisrael, que le compromis était un stratagème du nouveau gouvernement pour expulser les résidents israéliens et qu’il n’avait pas l’intention d’aller de l’avant avec l’enquête foncière.

« Je pense qu’une expulsion forcée aurait été préférable. Au moins, cela aurait eu un impact positif sur le mouvement des implantations », a soutenu le responsable sioniste religieux. « Après les expulsions forcées, les résidents sont toujours compensés par une nouvelle ville ou un nouveau quartier. »

Le président du conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, a déclaré à Zman Yisrael que ces scènes d’expulsion forcée étaient exactement celles qu’il cherchait à éviter.

Le chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, à l’avant-poste illégal d’Evyatar en Cisjordanie, le 27 juin 2021. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

« Nous ne devrions pas avoir à partir. Cela fait mal à plusieurs niveaux, mais c’était le meilleur compromis possible. Je voulais empêcher les scènes vues au Gush Katif et à Amona », a-t-il déclaré, en référence aux implantations de Gaza et de Cisjordanie évacuées en 2005 et 2017.

Evyatar a été établi à un kilomètre et demi de la jonction Tapuah, dans le nord de la Cisjordanie, quelques jours après une fusillade qui y a fait un mort et deux blessés parmi les étudiants de la yeshiva. Le mouvement Nahala, dirigé par l’ancienne maire de l’implantation de Kedumim, Daniella Weiss, a dirigé sa construction en coordination avec Dagan.

Des versions antérieures d’Evyatar ont été rasées plusieurs fois depuis que les Israéliens se sont installés sur le site en 2013.

Le site a été un point de friction, avec des affrontements mortels avec des Palestiniens protestant contre son établissement. Les tensions ont été quasi quotidiennes récemment. Vendredi après-midi, des centaines de personnes se sont rassemblées près du site alors qu’il était en cours d’évacuation et ont lancé des pierres et d’autres objets sur les soldats. Selon les médias palestiniens, cinq manifestants ont été blessés par des balles en caoutchouc tirées par les soldats en réponse à cette attaque.

L’avant-poste est susceptible de rester un point de frition, étant donné l’intention de Tsahal d’y maintenir une présence permanente.

Le département d’État américain a condamné mercredi l’établissement de l’avant-poste, notant qu’il était jugé « illégal, même en vertu du droit israélien ».

« Nous pensons qu’il est essentiel de s’abstenir de prendre des mesures unilatérales qui exacerbent les tensions et sapent les efforts visant à faire progresser des mesures égales de liberté, de sécurité et de prospérité et une solution négociée à deux États », a déclaré un porte-parole du département d’État au Times of Israel en réponse à une question sur le sujet.

La communauté internationale considère toutes les implantations israéliennes en Cisjordanie comme illégales, mais la loi israélienne fait la différence entre les implantations autorisées par le ministère de la Défense et les avant-postes établis sans autorisation, souvent par des jeunes aux motivations idéologiques. De nombreuses implantations ont débuté en tant qu’avant-postes illégaux et n’ont obtenu l’approbation rétroactive du gouvernement qu’après avoir atteint une masse critique de résidents.

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