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Cisjordanie : Soldats et résidents d’implantations agressent et urinent sur 3 Palestiniens

L'un des Palestiniens dit avoir été victime d'une tentative de viol ; des activistes israéliens disent avoir aussi été visés ; Tsahal renvoie le commandant et ouvre une enquête

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Une photo de Palestiniens ligotés et déshabillés après avoir été appréhendés par des soldats israéliens et des résidents d'implantations dans le village central de Wadi al-Seeq en Cisjordanie, le 12 octobre 2023. (Crédit : Utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Une photo de Palestiniens ligotés et déshabillés après avoir été appréhendés par des soldats israéliens et des résidents d'implantations dans le village central de Wadi al-Seeq en Cisjordanie, le 12 octobre 2023. (Crédit : Utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Un groupe de soldats et d’habitants d’implantations israéliennes aurait sauvagement agressé trois Palestiniens dans le centre de la Cisjordanie la semaine dernière, quelques jours après l’assaut du groupe terroriste du Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël

Les victimes ont affirmé jeudi au quotidien Haaretz avoir été abusées pendant des heures le 12 octobre. Les trois hommes auraient été tabassés, déshabillés jusqu’à leurs sous-vêtements, ligotés et photographiés. Deux d’entre eux se sont fait uriner dessus, des cigarettes ont été éteintes sur le corps de l’un d’eux et un autre aurait été agressé sexuellement par un assaillant qui aurait tenté de le sodomiser, selon leur témoignage.

Tsahal a annoncé que la police militaire avait ouvert une enquête sur l’incident et que le commandant avait été démis de ses fonctions.

Cet incident entre dans le cadre d’une augmentation générale des violences en Cisjordanie depuis le début de la guerre de Gaza.

L’attaque a eu lieu dans le petit hameau palestinien de Wadi al-Seeq, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Ramallah. Haaretz rapporte que le village a été en grande partie évacué ces dernières semaines en raison d’une recrudescence des attaques des habitants des implantations contre cette communauté de bergers.

Les quelques résidents palestiniens encore présents à Wadi al-Seeq se préparaient à partir jeudi matin, avec l’aide de plusieurs activistes israéliens de gauche et de deux activistes palestiniens de Ramallah.

Ces derniers, Muhammad Mattar, 46 ans, et Muhmmad Khaled, 27 ans, ont rapporté au journal que, alors qu’ils montaient dans leur voiture pour prendre le chemin de Ramallah, ils ont vu arriver deux camionnettes, transportant 20 à 25 Israéliens en uniforme de Tsahal, dont certains d’entre eux avaient le visage masqué.

Mattar a rapidement fait demi-tour pour essayer de sortir par l’autre côté et a appelé l’agent de liaison de l’Autorité palestinienne (AP) avec l’armée israélienne pour signaler qu’il se faisait attaquer.

Les Israéliens ont réussi à rattraper Mattar et Khaled. Ils les ont tirés de leurs voitures et jetés à terre avant de les frapper avec leurs armes, ont déclaré les Palestiniens, ajoutant que les soldats leur avaient enfoncé la tête dans le sol et leur avaient donné des coups de pied avant de leur lier les mains.

Les Palestiniens disent avoir reconnu plusieurs des personnes en uniforme, qui seraient des résidents d’avant-postes illégaux situés à proximité. Ils ont également précisé à Haaretz qu’ils n’étaient pas en mesure de dire qui, parmi les Israéliens, étaient des soldats enrôlés, des réservistes en service ou des personnes portant simplement une tenue militaire partielle.

Mattar a affirmé que les soldats avaient alors sorti son sac de sa voiture et déclaré qu’ils y avaient trouvé plusieurs grands couteaux. Mattar les a accusés d’avoir placé les couteaux à cet endroit. Il a expliqué au quotidien qu’il n’aurait jamais appelé l’agent de liaison de l’Autorité palestinienne (AP) avec l’armée israélienne pour que celle-ci vienne sur les lieux s’il était en possession d’armes susceptibles de le faire arrêter.

Mattar a ajouté que les soldats leur avaient dit, à lui et à Khaled, qu’ils étaient en état d’arrestation et que des agents des services de sécurité intérieure du Shin Bet étaient en route pour les interroger.

Khaled a indiqué qu’une GMC blanche avec une étoile de David noire est alors arrivée, d’où sont sortis six à huit Israéliens en uniforme de Tsahal. Les Palestiniens pensaient qu’il s’agissait d’officiers du Shin Bet.

Les deux hommes affirment avoir été emmenés dans un bâtiment abandonné où on leur a bandé les yeux. L’un des assaillants leur a arraché leurs vêtements à l’aide d’un couteau et leur a ordonné de s’allonger sur le ventre, vêtus uniquement de leurs sous-vêtements.

Les Israéliens auraient ensuite frappé les Palestiniens à l’aide d’un tuyau de fer, leur assénant des coups sur tout le corps, y compris la tête. Khaled a déclaré que les soldats avaient éteint des cigarettes sur lui et essayé de lui arracher les ongles, et que son visage et celui de Mattar avaient été enfoncés à plusieurs reprises dans le sol, y compris dans des excréments.

Mattar a déclaré que les soldats lui avaient demandé à plusieurs reprises où il prévoyait de commettre un attentat à l’arme blanche, malgré son insistance sur le fait qu’il n’en avait jamais eu l’intention. Il a déclaré que les Israéliens leur avaient versé de l’eau et même uriné dessus, et que l’un d’entre eux avait essayé de le pénétrer avec un bâton, mais qu’il s’était arrêté lorsqu’il avait résisté.

Après avoir été maltraités pendant environ six heures, les deux hommes ont été sortis du bâtiment, abandonnés et jetés à terre. C’est à ce moment-là que l’un des agresseurs a pris une photo des Palestiniens et l’a téléchargée sur un groupe Facebook ultranationaliste.

La publication était accompagnée de la légende suivante : « Alerte à l’infiltration terroriste à la ferme Ben Fazi près de Kochav HaShahar. Nos forces ont appréhendé les terroristes. »

La publication a ensuite été supprimée, mais a eu le temps d’être reprise par plusieurs comptes de médias arabes.

La photo montre un troisième Palestinien. Mattar et Khaled ont dit ignorer sa présence parce qu’ils avaient les yeux bandés.

Le troisième individu, un résident de Wadi al-Seeq qui a demandé à n’être identifié que par son prénom Majed, a déclaré à Haaretz qu’il était chez lui lorsque les Israéliens sont arrivés et qu’il n’avait pas réussi à s’enfuir comme certains de ses voisins.

Majed a déclaré qu’il avait été brutalement battu par les Israéliens, qui l’avaient ligoté et s’étaient emparés de ses biens.

Les soldats de l’administration civile qui sont arrivés plus tard sur les lieux ont relâché les trois Palestiniens en début de soirée, après les avoir détenus pendant environ huit heures.

Le site de démolition d’une maison à Wadi al-Seeq, dans le centre de la Cisjordanie, le 25 août 2020. (Crédit : Wafa)

Bien que soupçonnés d’avoir planifié une attaque à l’arme blanche, ni Mattar, ni les deux autres Palestiniens n’ont été arrêtés ou emmenés pour un interrogatoire plus approfondi.

L’administration civile leur a permis d’appeler leurs familles et ont appelé une ambulance pour les transporter à l’hôpital. Mattar a été hospitalisé pour la nuit ; Khaled et Majed, quant à eux, ont passé deux jours à l’hôpital. Les trois hommes ont déclaré qu’on leur avait pris leurs téléphones, une voiture, divers biens et 2 200 shekels en espèces.

Alors que les violences dont ils auraient été victimes se déroulaient, cinq activistes israéliens de gauche ont également été détenus pendant des heures par des soldats dans une autre zone de Wadi al-Seeq, toujours selon Haaretz.

L’un de ces militants, qui a requis l’anonymat, a déclaré que, dès qu’il avait entendu les soldats et les résidents d’implantations attaquer les Palestiniens à l’entrée du village, il était monté dans sa voiture et s’était dirigé dans cette direction.

Repérés par les assaillants, dont la plupart n’étaient que partiellement vêtus d’uniformes de Tsahal, les activistes ont été appréhendés et on leur a dit qu’ils étaient en état d’arrestation « parce qu’ils étaient soupçonnés d’aider l’ennemi en temps de guerre », ont-ils déclaré.

D’autres activistes ont réussi à fuir les lieux et se sont cachés pendant des heures dans les environs. Ils disent avoir appelé la police, mais celle-ci n’est pas venue. Les activistes auraient également affirmé au quotidien avoir aperçu à plusieurs reprises des résidents d’implantations frappant des Palestiniens qui n’avaient pas réussi à s’enfuir.

Une image qui semble montrer des résidents d’implantations masqués près du village de Qusra en Cisjordanie, le 11 octobre 2023. (Crédit : Capture d’écran, X utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Au bout de plusieurs heures, deux des activistes israéliens ont quitté leur cachette et se sont retrouvés face à une camionnette blanche remplie de soldats de Tsahal, qui, selon eux, les auraient violemment appréhendés et les auraient accusés à plusieurs reprises d’aider « l’ennemi » et de « soutenir le terrorisme ».

Selon les activistes, les soldats leur auraient pris leurs téléphones et effacé les photos et les vidéos qu’ils avaient prises d’eux.

Les militants ont également déclaré à Haaretz qu’il leur avait été impossible de distinguer les habitants de l’implantation des soldats et qu’à un moment donné, les soldats les avaient mis sous la garde d’un jeune homme armé de 16 ans pendant une brève absence des soldats.

Lorsque les activistes israéliens ont finalement été libérés, en même temps que les Palestiniens, les assaillants leur ont dit qu’ils avaient de la chance de ne pas avoir été roués de coups et qu’ils devaient partir et ne jamais revenir, toujours selon le même article.

Les activistes ont déclaré que les Israéliens leur avaient ordonné de prendre leur voiture et de rouler jusqu’à Jérusalem, leur disant que leurs téléphones se trouvaient dans le coffre du véhicule, mais qu’ils ne pouvaient pas l’ouvrir avant d’avoir atteint la capitale. À leur arrivée, ils se sont rendu compte que l’un des téléphones avait disparu, ainsi qu’un appareil photo d’une valeur de 3 000 dollars.

Encore sous le choc une semaine après les événements, Mattar a déclaré à Haaretz que les agresseurs voulaient envoyer deux messages : « D’une part, que les Juifs sont devenus fous après ce qui s’est passé à la frontière de Gaza et, d’autre part, nous avertir, nous les Arabes, de ne pas nous frotter à eux. »

« Je leur ai dit que j’étais contre le Hamas et contre le Jihad islamique palestinien, mais ils s’en fichaient. Ils ont dit que tous les Arabes étaient des salauds et que nous devrions être envoyés en Jordanie », a-t-il déclaré, faisant référence au groupe terroriste au pouvoir à Gaza et à une autre faction terroriste armée soutenue par l’Iran dans la bande de Gaza. « Vous avez entendu parler de la prison d’Abou Ghraib en Irak ? C’est exactement ce qui s’est passé là-bas. »

Photo d’illustration : un soldat irakien ferme la porte d’une cellule de la prison d’Abu Ghraib, aux abords de Bagdad, le 2 septembre 2006. (Crédit : AP Photo/Khalid Mohammed, File)

Dans un communiqué en réponse à une enquête sur l’incident, l’armée israélienne a déclaré que les troupes étaient arrivées à une ferme dans la région de Wadi al-Seeq après avoir reçu un signalement concernant plusieurs suspects palestiniens. « Tsahal a arrêté les suspects et, après les avoir fouillés, a trouvé un couteau et une hache », a déclaré l’armée israélienne.

« La manière dont l’arrestation a été effectuée et le comportement des forces sur le terrain sont contraires à ce que l’on attend des soldats et des commandants de Tsahal. L’incident fait l’objet d’une enquête menée auprès des commandants et de nombreuses contradictions ont été relevées dans leurs déclarations ».

« Après l’enquête initiale, il a été décidé de démettre de ses fonctions le commandant de l’unité qui a procédé à l’arrestation. En raison de la gravité des soupçons, il a été décidé d’ouvrir une enquête par la police militaire », a déclaré l’armée.

« Dans tout incident de friction, les soldats de Tsahal sont censés séparer les parties impliquées et maintenir la sécurité et l’ordre dans la région. »

Le Shin Bet a insisté sur le fait que ses agents n’avaient pas été impliqués dans l’incident.

La police israélienne a refusé tout commentaire à ce sujet.

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