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Climat: après le constat catastrophique, un éventail de solutions

Le troisième rapport du GIEC étudiera les scénarios possibles pour freiner le réchauffement, déclinant les possibilités par secteurs : énergie, transport, industrie et agriculture

Des oiseaux survolent la rivière Old Parana, lors d'une sécheresse à Rosario, en Argentine, le 29 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Victor Caivano, File)
Des oiseaux survolent la rivière Old Parana, lors d'une sécheresse à Rosario, en Argentine, le 29 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Victor Caivano, File)

Comment freiner le réchauffement qui inflige des souffrances grandissantes à l’humanité ? Près de 200 États se penchent à partir de lundi sur l’éventail de solutions pour réduire les émissions, dans un contexte de guerre en Ukraine qui souligne la dépendance aux énergies fossiles.

Après deux semaines d’âpres négociations en ligne et à huis-clos, le nouveau volet des experts climat de l’ONU (Giec) doit conclure le 4 avril une trilogie catastrophe détaillant l’état des connaissances scientifiques sur le changement climatique.

« Prise dans son ensemble, son message est que la science est limpide, que les impacts sont coûteux et grandissants mais que nous avons encore la possibilité d’empêcher le pire si nous agissons maintenant », résume à l’AFP Alden Meyer, analyste au centre de réflexion E3G. « Ce rapport dira ce dont nous avons besoin si nous sommes sérieux à ce sujet ».

Le premier chapitre publié en août 2021 a mis en lumière l’accélération du réchauffement, prédisant que le seuil de +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle -objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris- pourrait être atteint autour de 2030.

Des amandiers morts gisent dans un champ ouvert après avoir été retirés par un agriculteur en raison du manque d’eau pour les irriguer, à Huron, en Californie, une ville de la vallée centrale frappée par la sécheresse, le 23 juillet 2021. (Crédit : Robyn Beck / AFP)

Le deuxième, fin février, qualifié de « recueil de la souffrance humaine » par le patron de l’ONU, dressait un tableau plus que sombre des impacts passés, présents et futurs sur la population et les écosystèmes, soulignant que retarder l’action réduisait les chances d’un « avenir vivable ».

Et maintenant ? Les 17 chapitres et milliers de pages du troisième opus passeront en revue les scénarios possibles pour freiner le réchauffement, déclinant les possibilités par grands secteurs (énergie, transport, industrie, agriculture…) sans oublier les questions d’acceptabilité sociale et la place des technologies comme l’absorption et le stockage du carbone.

Depuis le dernier cycle d’évaluation du Giec en 2014, « beaucoup de choses ont changé », souligne à l’AFP Taryn Fransen, du World Resources Institute.

L’accord de Paris a été signé, le monde voit de ses propres yeux les impacts dévastateurs des sécheresses, incendies ou inondations, la conscience du problème n’a jamais été aussi grande et les prix des énergies renouvelables, nécessaires à la transition, ont chuté.

« Inflammable »

Mais même si « nous savons ce que nous devons faire, et depuis longtemps », en priorité sortir des énergies fossiles, atteindre les objectifs de l’accord de Paris ne passe pas par « un seul chemin », note Taryn Fransen. Le rapport « va présenter divers chemins, et ce sera ensuite à nos dirigeants de prendre ça à cœur », en fonction des divers contextes nationaux.

Alors que selon l’ONU les engagements actuels des États, s’ils étaient respectés, mèneraient vers un réchauffement « catastrophique » de +2,7°C, les signataires de l’accord de Paris sont appelés à renforcer leurs ambitions de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici la conférence climat mondiale COP27 en Egypte en novembre.

Ce rapport du Giec « sera également une information importante dans le débat en Europe et aux États-Unis autour de la sortie du gaz et du pétrole russe », souligne Alden Meyer, qui espère qu' »à long terme », cette guerre « donnera plus d’élan et d’impulsion au besoin de sortir du gaz et du pétrole en général ».

L’invasion de l’Ukraine par la Russie avait fait irruption dans les débats lors des négociations du rapport du Giec sur les impacts en février.

La plénière avait ainsi été marquée par une déclaration enflammée de la cheffe de la délégation ukrainienne. « Le changement climatique provoqué par l’Homme et la guerre en Ukraine ont les mêmes racines: les combustibles fossiles et notre dépendance vis-à-vis d’eux », avait lancé Svitlana Krakovska, selon des sources à l’intérieur de la réunion.

« La situation est désormais encore plus inflammable (…) C’est une chose à garder à l’œil », note Alden Meyer.

Déjà en temps normal les négociations ligne par ligne, mot par mot, du « résumé pour les décideurs », sorte de condensé politiquement sensible des milliers de pages du rapport scientifique du Giec, sont souvent compliquées. Certains États comme l’Arabie saoudite tentent ainsi régulièrement de faire retirer les références à l’objectif de +1,5°C, qui nécessite de réduire de près de 50% les émissions d’ici 2030.

Une plénière d’adoption, « c’est comme courir un 10.000 mètres à la fin d’un super marathon de 100 km », commentait récemment sur Twitter Andy Reisinger, vice-président du groupe d’experts à la manœuvre pour ce 3e volet.

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