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Columbia : Affaire classée, l’antisémitisme reste impuni, déplorent les étudiants juifs

Le procureur de New York abandonne les poursuites contre les manifestants anti-Israël qui ont occupé un bâtiment en avril, de nombreux étudiants craignant de nouvelles attaques

Des manifestants anti-Israël occupant l'entrée du Hamilton Hall de l'université Columbia, le 30 avril 2024, à New York. (Crédit : Michael M. Santiago/AP)
Des manifestants anti-Israël occupant l'entrée du Hamilton Hall de l'université Columbia, le 30 avril 2024, à New York. (Crédit : Michael M. Santiago/AP)

NEW YORK – Tout espoir qu’avait Noah Miller de voir se dissiper le sentiment anti-israélien et antisémite qui s’est emparé de l’université Columbia depuis le 7 octobre s’est évanoui quand le procureur de Manhattan, Alvin Bragg, a abandonné la semaine dernière les poursuites contre la plupart des manifestants anti-Israël qui ont investi et occupé Hamilton Hall au mois d’avril.

« Cela crée un précédent très dangereux. C’est vraiment inquiétant parce que ce qui ressort, c’est que [les étudiants] n’ont rien fait de mal. Ce qui justifiera leurs actions le semestre prochain », a expliqué Miller, étudiant en architecture.

Lors d’une audience le 20 juin, le bureau du procureur a déclaré qu’il abandonnait les poursuites contre 31 des 46 personnes accusées d’avoir pénétré par effraction dans le bâtiment de l’université le 30 avril, par manque de preuves. Les manifestants s’étaient masqué le visage et avaient caché les caméras de sécurité, compliquant ainsi la tâche de les identifier et de les poursuivre en justice.

Miller fait partie des nombreux étudiants et enseignants juifs qui ont été déçus et ont exprimé leur colère à la suite de cette nouvelle, qui survient peu après la publication, en mars, du premier rapport du groupe de travail sur l’antisémitisme de l’université de Columbia, lequel confirmait les allégations d’un environnement de plus en plus antisémite et hostile.

« La décision du procureur a sans aucun doute renforcé mes craintes quant à ma propre sécurité sur le campus. Ayant été exposé aux horreurs et aux tragédies antisémites de la [deuxième] Intifada, je n’aurais jamais imaginé que je verrais mes propres camarades de classe afficher une bannière ‘Intifada’ dans un bâtiment universitaire qu’ils ont illégalement occupé au détriment du reste du corps étudiant », a confié Nich Baum, étudiant en deuxième année.

« J’aimerais pouvoir dire que la décision du procureur m’a surpris, mais il y a eu de nombreux cas de mes camarades juifs ont été poussés, bousculés et agressés sans que leurs agresseurs ne soient inquiétés », a-t-il ajouté.

Des étudiants participant à une manifestation devant le campus de l’Université de Columbia, en novembre 2023. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Pendant leur occupation du Hamilton Hall, les manifestants ont brisé des fenêtres, cassé des meubles et brièvement détenu un employé de l’établissement. Au bout de 17 heures, l’université a fait appel à la police de New York pour évacuer le bâtiment.

Les policiers ont alors arrêté six autres personnes à l’extérieur du Hamilton Hall, qui font toujours l’objet de poursuites pénales. Cinq d’entre elles ont été inculpées d’agression au second degré, ce qui est un crime, et un autre manifestant est accusé de possession criminelle d’une arme au quatrième degré.

Un activiste anti-israélien casse une fenêtre du bâtiment Hamilton Hall, à l’université de Columbia, pour installer une chaîne empêchant l’entrée des autorités dans l’immeuble à New York City, le 30 avril 2024. (Crédit : Alex Kent/Getty Images/AFP)

À la suite de cet incident, l’université a décidé de fermer le campus pour le reste du semestre de printemps. Les cours ont été donnés par Zoom et les cérémonies de remise des diplômes de l’université ont été annulées.

« La décision du procureur ne concerne pas seulement les 31 auteurs de l’incident », explique Eden Yadegar, étudiante en dernière année. « En abandonnant les charges contre eux, le procureur Bragg a créé un précédent extrêmement dangereux : il a donné un laissez-passer à ceux qui, masqués, sèment violemment et systématiquement le chaos dans nos rues et au sein de notre université ».

Yadegar a protesté contre cette décision en se joignant à plusieurs manifestants devant le bureau de Bragg le 24 juin.

Les étudiants de l’Université Columbia Eden Yadegar et Elisha H. Baker chantent des chansons en soutien à Israël, le 12 octobre 2023, sur le campus de l’Université Columbia à New York. (Autorisation)

« Ce même groupe, qui a paralysé Columbia avec une démonstration de violence virulente anti-américaine et antisémite ce printemps, a juré de continuer ce qu’il décrit comme des ‘attaques stratégiques et ciblées sur tous les aspects de la vie,’ encourageant la communauté élargie de New York à les rejoindre dans leur engagement à ‘agiter’ et ‘escalader’ », a déclaré Yadegar.

Une sécurité déficiente et peu de mesures punitives

Le professeur de droit Joshua Mitts, qui est également conseiller auprès de l’association « Law Students Against Antisemitism » (Étudiants en droit contre l’antisémitisme), a expliqué que l’abandon des poursuites par le procureur, au motif que les étudiants portaient des masques et avaient couvert les caméras de surveillance de l’université, est révélateur de sérieuses lacunes dans le système de sécurité général de Columbia.

« L’université devrait mettre en place des politiques anti-masques strictes et investir de manière substantielle dans des caméras de surveillance. Il ne devrait pas être aussi facile pour des criminels d’entrer de force dans un bâtiment universitaire et d’en couvrir les caméras. C’est un problème qui doit être résolu », a affirmé Mitts.

Joshua Mitts, professeur à la faculté de droit de l’université de Columbia (Crédit : Autorisation)

Mitts souhaiterait également une présence renforcée des forces de l’ordre sur le campus et une meilleure formation en matière de sécurité publique, afin que les politiques en vigueur soient mieux appliquées.

L’occupation du Hamilton Hall a eu lieu à la fin d’une année universitaire marquée par une forte augmentation des incidents anti-Israël et antisémites dans les universités du pays.

Columbia est l’une des universités faisant l’objet d’une enquête du Bureau des droits civils du ministère américain de l’éducation (DOE) au motif qu’elle aurait autorisé des groupes d’étudiants de l’université à se livrer à des actes de harcèlement antisémite dans ses locaux. La raison pour laquelle l’université fait l’objet d’une enquête est que le DOE a identifié une allégation crédible de violation de la loi sur les droits civiques.

Le 17 avril, des militants anti-Israël ont installé un camp sur la pelouse ouest de l’université. L’administration a fait appel à la police de New York un jour plus tard pour démanteler le campement et expulser les manifestants, dont plus de 100 ont été arrêtés. Les étudiants ont ensuite installé un autre campement le 18 avril, qui est resté en place pendant plusieurs semaines.

La décision de Bragg n’empêchera pas Columbia de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre des étudiants, et un représentant de l’université a confirmé que le processus disciplinaire était en cours.

« J’espère que l’université prendra des mesures disciplinaires sévères. C’est vraiment nécessaire. Occuper un bâtiment n’est pas un acte anodin. L’amnistie, à laquelle appellent certains professeurs, est tout à fait inappropriée », a ajouté Mitts.

Des manifestants américains anti-Israël agitent des drapeaux palestiniens sur la pelouse ouest de l’université Columbia, le 29 avril 2024 à New York. (Crédit : TIMOTHY A. CLARY / AFP)

Noah Lederman, étudiant en deuxième année, doute que l’administration punisse le moindre étudiant.

« Le procureur a renvoyé l’affaire à Columbia et, vu la manière dont ils ont géré les choses jusqu’à présent, je crains de ne pas pouvoir faire confiance à l’école », a indiqué Lederman.

Il ajoute que cette décision ne fera que renforcer le sentiment d’insécurité des étudiants juifs à Columbia tout en encourageant les activistes anti-Israël et antisémites.

Lederman affirme avoir été harcelé physiquement en février dernier après un rassemblement anti-Israël organisé par Within Our Lifetime, une organisation radicalement anti-Israël qui célébrait l’attaque du Hamas du 7 octobre, au cours de laquelle 1 200 personnes ont été brutalement assassinées dans le sud d’Israël et 251 autres ont été enlevées pour être emmenées en otage dans la bande de Gaza. Lederman avait alors signalé l’incident à la police de New York et au département de la sécurité publique de l’université.

Depuis la fin du semestre de printemps en mai, Lederman a passé une grande partie de son temps à voyager afin de dénoncer l’antisémitisme dans les établissements universitaires. Il s’est récemment rendu en Israël avec le groupe à but non lucratif Olami, où il a visité le kibboutz Kfar Aza et le site du festival de musique Nova, qui ont tous deux été le théâtre de terribles massacres pendant l’assaut. Il a également rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président Isaac Herzog et d’autres ministres pour discuter de l’antisémitisme qui sévit au sein des établissements universitaires aux États-Unis.

Noah Lederman, étudiant à l’université de Columbia (à gauche), rencontre le président Isaac Herzog à Jérusalem, en juin 2024. (Crédit : Autorisation)

Lederman espère qu’à la rentrée, l’université interdira aux étudiants qui protestent de dissimuler leur visage avec des foulards ou des keffiehs.

À l’instar de Lederman, Miller a également indiqué qu’il espérait voir l’université adopter une politique anti-masques plus stricte et voir les étudiants subir les conséquences de leurs actes. Les deux étudiants doutent toutefois de la volonté ou du désir de l’université d’agir.

« Malheureusement, ce que je constate, c’est que l’antisémitisme reste impuni », a affirmé Miller.

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