Israël en guerre - Jour 148

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Interview

Comment aider les enfants pendant la guerre ?

La directrice du département de psychologie de l'Éducation, Chava Friedman, explique au ToI que même les enfants qui ne sont pas directement touchés par la guerre en souffrent

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Un enfant souffrant de stress. Illustration (Crédit: goodmoments, iStock at Getty Images)
Un enfant souffrant de stress. Illustration (Crédit: goodmoments, iStock at Getty Images)

Votre enfant mouille son lit ou insiste pour dormir avec son père ou sa mère ? Votre adolescent évite-t-il de sortir pour voir ses amis ? Nous avons tous été affectés par les atrocités du 7 octobre et par la guerre dans le sud du pays, et certains d’entre nous ont besoin de soutien supplémentaire en cette période difficile.

Le Times of Israel s’est entretenu avec Chava Friedman, directrice du département de psychologie au ministère de l’Éducation, pour savoir comment les enfants et les adultes qui s’occupent d’eux font face à la crise.

L’entretien a été légèrement modifié par soucis de clarté.

Quel est l’impact de la guerre sur les enfants qui n’ont pas été directement touchés par les horreurs du 7 octobre, à commencer peut-être par les enfants d’âge préscolaire ?

Les enfants sont des sismographes sensibles, surtout avant leur acquisition du langage et tout au long de leur développement. Ils recueillent des informations sur les visages de leurs proches, sur les propos de leurs parents au téléphone, sur ce qu’ils entendent à la télévision à travers les murs quand ils essaient de s’endormir, à la radio en voiture sur le chemin de l’école.

À partir de là, ils se forgent leur propre image. C’est tout à fait naturel. Plus ils sont âgés, plus cette image est liée à des données et à des faits. Les enfants plus jeunes construisent une image et la complètent eux-mêmes. Ils sont donc très susceptibles d’être exposés au stress, qui dépend de leur famille et de leur communauté. Il est impossible d’exclure la réalité de leur monde.

Quels sont les signes révélateurs de problèmes décelables dans le comportement des enfants à ce moment-là ?

Il s’agit de changements comportementaux, qui varient en fonction de l’âge et du contexte.

Prenons l’exemple d’un enfant de 5 ans, dont le père (ou la mère) est réserviste, et qui insiste pour dormir avec sa mère (ou son père) dans le lit des parents, chose qui n’est pas habituelle dans cette maison. La première nuit, maman accepte. La deuxième nuit, elle veut revenir à la routine, mais l’enfant insiste pour dormir à nouveau avec elle. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix. Cela dépend de la relation entre les deux, de la maison et de la situation. On peut dire : « Je comprends que c’est très difficile pour toi en ce moment, et le sommeil est important pour reprendre des forces pour les jours à venir, tu peux donc dormir avec moi pour trois jours » – ou « jusqu’à ce que papa rentre à la maison ». C’est à vous de décider.

Dr Chava Friedman, directrice du département de psychologie au ministère de l’Éducation. (Crédit : Dr Friedman)

Les jeunes enfants pourraient mouiller leur lit et devenir plus sensibles aux bruits, n’importe quel son leur semblant soudain être une sirène. Il peut y avoir des changements dans les rythmes de sommeil ou des problèmes d’attention.

Plus l’enfant grandit, plus il pourrait se montrer agressif. L’une des façons dont les enfants expriment leur stress est par l’agressivité, à la maison ou à l’école, envers leurs frères et sœurs, ou par le refus d’aider à la maison ou à l’étude. Dans de tels cas, vous pourriez vouloir leur demander : « Que se passe-t-il ? pourquoi cette insolence ? » Alors que ce que l’enfant de 10 ou 15 ans peut vouloir exprimer, c’est que les choses sont difficiles pour lui.

Une fois que les enfants sont en âge de sortir, ils sont plus susceptibles de gérer leur stress par la consommation de drogues, d’alcool, par l’automutilation, par des courses effrénées à bicyclette ou même par des pensées suicidaires. Les données actuelles ne montrent pas d’augmentation des comportements suicidaires, mais nous constatons une augmentation des troubles anxieux et de la dépression, ce qui est inquiétant.

(La Dr Friedman fait référence ici à une étude réalisée par la caisse de santé Maccabi au cours de la huitième semaine de la guerre, qui a révélé une augmentation de 21 % des diagnostics d’anxiété et de dépression chez les filles de moins de 18 ans depuis le début de la guerre, et une augmentation comparable de 18 % chez les garçons).

Comment assurer la sécurité des enfants pendant cette période ?

Il est important de préserver une routine.

Il peut y avoir des comportements régressifs, des réticences à voir des amis, par exemple, par peur de sortir. Mais aller chez des amis fait partie de la routine et ils ont besoin de savoir qu’ils seront protégés en y allant.

Comment un parent ou un enseignant peut-il aider ?

Vous devez jouer le rôle de médiateur en fonction des circonstances et de l’enfant. Cette médiation doit être effectuée par une personne importante pour l’enfant, car elle repose sur un lien. L’objectif est d’instaurer un climat de confiance et un sentiment de sécurité. Leur monde a soudainement changé – même si la télévision est éteinte jusqu’à ce que les enfants aillent se coucher.

La connexion avec une personne significative est importante pour les enfants. (Crédit : Andrii Borodai, iStock, at Getty Images)

La médiation doit être adaptée à l’âge et aux besoins des enfants. Certains enfants curieux veulent toujours en savoir plus, et nous devons leur répondre. On ne peut pas se contenter de leur dire que la sirène nous protège. Il faut dire qu’elle est censée nous protéger en cas de danger, et que le danger vient du fait que nous sommes en guerre. Qu’est-ce que la guerre et pourquoi la guerre ? Il faut y répondre. Pour certains enfants, il suffit de dire « Nous vous protégeons, et c’est pour cela que nous sommes assis dans cette pièce », en expliquant ce que vous allez faire. Vous pouvez dire « Nous allons jouer » ou leur demander de choisir le jeu auquel ils aimeraient jouer la prochaine fois qu’ils viendront dans la pièce sécurisée.

Certains enfants ont besoin d’un soutien émotionnel ou physique plus important. Vous pouvez dire : « Je vais te serrer dans mes bras jusqu’à la fin de la sirène, et te protéger ».

Le langage utilisé est-il important ?

Si cela dépendait de nous [les psychologues], nous n’utiliserions pas de mots tels que « kidnappé ». L’idée que quelqu’un puisse venir chercher un enfant chez lui est choquante. Là encore, tout dépend des circonstances.

Comment votre département intervient-il ?

Nous sommes répartis sur l’ensemble du territoire, avec 3 400 psychologues pédagogiques dans toutes les municipalités et 7 500 conseillers pédagogiques travaillant dans les écoles. Pour les enfants qui ont été évacués dans des hôtels [du sud et du nord], nous avons reçu des subventions du ministère de l’Éducation pour augmenter les heures de travail des psychologues.

Une salle de classe à Modiin le 30 janvier 2022. Illustration (Crédit : Flash90)

Nous avons fourni une assistance psychologique aux enseignants et aux parents des enfants scolarisés dans le système d’éducation ordinaire – et n’oublions pas que certains parents ont d’autres enfants qui servent dans l’armée – y compris en organisant des sessions Zoom pour apprendre à repérer les problèmes avec les enfants et à aider les enseignants à se sentir eux-mêmes plus forts. Au cours des premières semaines de la guerre, nous avons davantage travaillé avec les personnes évacuées. Ensuite, nous avons recruté des psychologues qui pouvaient garantir un minimum de huit séances pour chaque enfant ayant besoin d’aide.

Les enseignants ont-ils également besoin de soutien ?

Ils ont besoin de beaucoup de compassion et de considération. Le personnel des maternelles et des écoles vit également les moments les plus difficiles de sa vie. Si les enseignants ont des enfants qui servent à Gaza, ils sont évidemment soumis à un stress terrible, depuis un certain temps déjà. Ils doivent pouvoir parler à un conseiller pédagogique ou à un psychologue, et bénéficier d’un soutien dans la salle des professeurs. Nous devons faire preuve de beaucoup d’humanité et comprendre ce à quoi les gens tentent de faire face. Et l’échelle est très large, elle est nationale.

Les enseignants peuvent également être très stressés. (Crédit: fizkes, iStock at Getty Images)

Le pays tout entier n’est-il pas traumatisé ?

En tant que psychologues, nous établissons une distinction entre les états mentaux. Le traumatisme est une paralysie ou une altération majeure du fonctionnement quotidien. Il ne fait aucun doute que les événements du 7 octobre ont pu provoquer un traumatisme, mais il convient de faire la distinction entre cet état et l’état mental réel des personnes, ainsi que leur capacité à faire face. Les outils personnels, sociaux et nationaux peuvent protéger contre les traumatismes. Ainsi, certaines personnes vont être traumatisées et développer un syndrome de stress post-traumatique (TSPT), tandis que d’autres seront anxieuses, inquiètes et très tendues, sans pour autant être traumatisées.

Une personne m’a dit que, bien qu’elle ne connaisse personne qui ait perdu un être cher, elle était en deuil. Voici donc un autre élément. Votre réaction dépend de la force intérieure de la personne, de sa personnalité et de sa capacité à gérer le stress. A-t-elle tendance à être anxieuse en temps normal ? La pression ou le stress sont-ils des sujets dont elle peut parler librement à la maison, ou sont-ils considérés comme une faiblesse ? Y a-t-il quelqu’un dans la famille avec qui [il/elle] peut partager ses émotions ? Quelles sont les normes au travail ? Les gens parlent-ils de ce qu’ils ressentent ? Ou s’agit-il d’un travail de 9 à 5 où personne ne parle de rien ? La direction du lieu de travail offre-t-elle un soutien aux employés pendant qu’ils travaillent, sans porter de jugement ?

Un autre élément est la capacité à demander de l’aide. Il faut pouvoir frapper à la porte de son supérieur et lui dire « J’ai besoin de vous parler ». Le fait d’être entendu renforce la résilience. Tout comme l’espoir.

De jeunes élèves et des enseignants de l’école élémentaire Gamla pratiquent un exercice d’attaque de missiles lors d’un exercice national d’une semaine, à Katzrin, sur les hauteurs du Golan, le 20 février 2023. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Les Israéliens ont une longue expérience de la guerre et nous savons que nous sommes capables de nous sortir de situations difficiles. En envisageant une situation différente de celle dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, je vois le présent comme une période [révolue] et j’essaie déjà de créer de l’espoir. Et ça, c’est un travail. Un travail individuel.

Les psychologues ont-ils besoin d’aide ?

Je suis heureuse que vous me posiez cette question. Nous avons des psychologues, y compris des directeurs de services, qui ont été évacués, et nous les soutenons depuis la première semaine.

Les psychologues pédagogiques travaillent en équipe, avec un chef d’équipe, et ils ont besoin d’être soutenus au niveau local. Jusqu’à présent, cela s’est fait dans le cadre d’une initiative locale. Nous voulons développer cela. Tout psychologue ou équipe peut contacter le service psychologique du district et obtenir un soutien. Au début de la guerre, le service psychologique a organisé deux conférences par semaine pendant six semaines pour rafraîchir les connaissances des psychologues. Cela leur a permis d’acquérir des connaissances et de se sentir appartenir à une communauté.

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