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"Ein kemakh, ein Torah"

Confronté aux propos de Maïmonide sur le travail et l’étude, Gafni change de sujet

La semaine dernière, Benjamin Netanyahu a accepté, sur le papier, de financer les écoles haredi, qu'elles enseignent ou non un tronc commun de matières profanes

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le commentateur politique Amit Segal, à gauche, soulevant une copie du 'Hilchot Talmud Torah' de Maïmonide pendant une interview avec le chef du parti Yahadout HaTorah, Moshe Gafni, à droite, alors que son co-présentateur Ben Caspit sourit, dans l'émission 'Meet the Press' de la Douzième chaîne, le 17 septembre 2022. (Crédit : La Douzième chaîne)
Le commentateur politique Amit Segal, à gauche, soulevant une copie du 'Hilchot Talmud Torah' de Maïmonide pendant une interview avec le chef du parti Yahadout HaTorah, Moshe Gafni, à droite, alors que son co-présentateur Ben Caspit sourit, dans l'émission 'Meet the Press' de la Douzième chaîne, le 17 septembre 2022. (Crédit : La Douzième chaîne)

Le chef du parti haredi Yahadout HaTorah, Moshe Gafni, s’est retrouvé à débattre avec un adversaire plus qu’improbable à la télévision samedi soir, le célèbre rabbin Moïse ben Maimon, plus connu sous le nom de « Maïmonide » ou encore sous l’acronyme hébraïque « Rambam ».

Le député ultra-orthodoxe de la Knesset était interviewé dans le cadre de l’émission « Rencontre avec la presse » de la Douzième chaîne, lorsqu’il a dû répondre à une remarque initialement attribuée, à tort par son interlocuteur, à un rival politique.

Gafni a été invité à l’émission pour discuter de la controverse actuelle sur les écoles haredi qui enseignent – ou n’enseignent pas, selon le cas – le programme de tronc commun de l’État, notamment des matières comme l’anglais, les mathématiques et les sciences.

La semaine dernière, afin d’apaiser les tensions entre les deux factions de Yahadout HaTorah, le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu a accepté, sur le papier, de financer les écoles haredi, qu’elles enseignent ou non un tronc commun de matières profanes, s’il revenait au pouvoir. Il s’agirait d’un réel changement de politique par rapport au modèle actuel dans lequel les écoles reçoivent un financement proportionnel à l’importance du programme qu’elles enseignent.

Cet accord a suscité de vives critiques de la part de la plupart des autres partis politiques, qui affirment que les Israéliens haredim ne seront pas en mesure d’intégrer le marché du travail sans avoir reçu une éducation de base et qu’ils constitueront donc un frein pour l’économie israélienne. Les partis politiques haredim, quant à eux, ont souligné l’importance suprême de l’étude religieuse.

Au cours de la discussion, le présentateur de la Douzième chaîne, Amit Segal, (qui est pratiquant) a demandé à Gafni de commenter des remarques qui auraient été faites par le candidat du parti HaMahane HaMamlahti, Matan Kahana, qui était jusqu’à récemment à la tête du ministère des Affaires religieuses (où il a mené un certain nombre de réformes qui ont suscité l’ire des législateurs et des rabbins ultra-orthodoxes).

« Avez-vous vu ce que Matan Kahana a déclaré cette semaine ? Il a dit qu’une personne qui n’apprend pas un métier, transforme la Torah en un instrument de profit (littéralement une ‘pelle à creuser’) », a déclaré Segal, en utilisant une formulation hébraïque quelque peu anachronique. « Que pensez-vous de cela ? »

Gafni a répondu avec sarcasme, disant qu’il « devrait vraiment écouter Matan Kahana, une lumière parmi les nations », avant de reprendre son sérieux et de répondre que « Matan Kahana ne [l]’intéresse pas ».

Mais Segal insiste, en déclarant que quiconque n’apprend pas un métier « insulte la Torah et diffame Dieu ».

Lorsque Gafni a une nouvelle fois rejeté le commentaire, Segal a sorti une copie du traité de Maïmonide sur les lois de l’étude de la Torah, connu en hébreu sous le nom de « Hilkhot Talmud Torah ».

Maïmonide. (Crédit : Wikimedia commons)

« Mais ce n’est en réalité pas Matan Kahana qui a dit cela. Le Rambam l’a dit, dans Hilkhot Talmud Torah, chapitre trois. Et je cite : Quiconque arrive à la conclusion qu’il doit s’impliquer dans l’étude de la Torah sans travailler et tirer sa subsistance de la charité, profane le nom de Dieu, déshonore la Torah, éteint la lumière de la foi, attire le malheur sur lui et engendre la perte du monde à venir, car il est interdit de tirer profit des paroles de la Torah dans ce monde », a déclamé Segal.

Quelque peu troublé, Gafni a répondu qu’ailleurs Maïmonide a écrit que les personnes qui se mettent à l’écart et concentrent leur vie entièrement à l’adoration de Dieu n’ont pas besoin de travailler et recevront leur subsistance tels des prêtres.

Avant que le débat sur les textes juifs médiévaux ne puisse se poursuivre – s’il faut supposer, par exemple, que tous les enfants haredim remplissent les critères de Maïmonide pour être exemptés de travail du fait qu’ils sont nés dans une famille haredit – Gafni a recentré la conversation sur la politique contemporaine, sur les disparités salariales entre les enseignants de maternelle haredi et non haredi, à la raison pour laquelle il siégerait dans un gouvernement avec le législateur d’extrême droite Itamar Ben-Gvir mais pas avec le Premier ministre d’alternance Naftali Bennett, et à d’autres questions moins exégétiques.

Les personnes parlant hébreu peuvent regarder la séquence ci-dessous.

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