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S’il est réélu, Netanyahu financera les écoles ‘haredi même sans matières profanes

Les factions ultra-orthodoxes ont accepté de s'unir en échange d'une promesse de financement public pour les écoles, si le bloc religieux de droite reprend le pouvoir

Illustration : des jeunes élèves d'une école ultra-orthodoxe. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90 )
Illustration : des jeunes élèves d'une école ultra-orthodoxe. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90 )

S’il revient au pouvoir, Benjamin Netanyahu financera les écoles ultra-orthodoxes en Israël, qu’elles répondent ou non aux normes de l’État et qu’elles enseignent ou non un tronc commun de matières profanes. Le chef de l’opposition a ainsi joué les entremetteurs entre deux factions politiques haredi qui pourraient être la clé de son avenir politique.

La promesse de Netanyahu a permis de cimenter un accord entre les partis Degel HaTorah et Agudat Yisrael en vue de reconstituer l’alliance politique Yahadout HaTorah, mettant fin à un désaccord qui aurait pu empêcher l’une des factions d’entrer à la Knesset.

Dans l’espoir d’obtenir une coalition de 61 sièges à la Knesset qui lui permettra de retrouver le siège de Premier ministre, le chef du Likud s’efforce de faire en sorte que ses partisans de droite et religieux maximisent leur potentiel électoral en regroupant les factions qui se disputent les mêmes voix, de peur que l’une d’entre elles ne tombe sous le seuil électoral des quatre sièges à la Knesset.

Le parti hassidique Agudat Yisrael et le parti non hassidique Degel HaTorah, qui ont fait front commun depuis 1992, à l’exception d’une brève scission au milieu des années 2000, ont menacé de faire scission en raison de la colère de ce dernier parti face à la tentative de la branche hassidique Belz – qui est loyale à Agudat Yisrael – d’introduire des matières profanes telles que les mathématiques et les sciences dans son système scolaire afin de bénéficier d’un financement public accru.

Le chef spirituel de Degel HaTorah, le rabbin Gershon Edelstein, âgé de 99 ans, est farouchement opposé à toute intervention de l’État dans l’enseignement haredi ou à l’introduction de matières profanes dans les classes de garçons.

En vertu de l’accord conclu lundi, si Netanyahu revient au pouvoir après les élections du 1er novembre, son gouvernement financera les écoles, qu’elles enseignent ou non le « tronc commun », mettant ainsi sur un pied d’égalité les écoles ultra-orthodoxes qui évitent ces matières et les écoles publiques qui les enseignent.

Le chef du Degel Hatorah, Moshe Gafni, qui dirige Yahadout HaTorah depuis l’année dernière, a qualifié de « discrimination injustifiée » l’absence de financement public intégral des écoles haredi qui refusent d’enseigner des matières non religieuses.

Moshe Gafni de Yahadout HaTorah participe à une conférence à Jérusalem, le 7 mars 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Pour moi, c’est signé et scellé – nous n’entrerons dans aucune coalition sans que cette discrimination ne soit traitée et que les salaires des enseignants des écoles haredi ne soient mis sur un pied d’égalité avec ceux du système scolaire général », a-t-il déclaré, selon le site d’information Ynet.

Selon la loi en vigueur, les écoles doivent dispenser les matières du programme de base afin de recevoir un financement complet de l’État, une mesure incitative visant à garantir que les enfants des systèmes scolaires haredi obtiennent leur baccalauréat avec les compétences nécessaires à la vie, telles que la capacité de lire, d’écrire et de calculer.

L’accord intervient un jour après qu’une enquête retentissante du New York Times a mis en évidence les lacunes éducatives des écoles hassidiques de New York, où les élèves reçoivent peu d’enseignement non religieux. (Aux États-Unis, tous les ultra-orthodoxes sont qualifiés de hassidiques, bien que le hassidisme soit un sous-ensemble du grand milieu ultra-orthodoxe).

Des écarts éducatifs similaires ont été signalés dans les écoles haredi d’Israël.

De nombreuses communautés ultra-orthodoxes évitent les programmes d’études de base dans leurs institutions, affirmant que l’éducation doit se concentrer uniquement sur les études de la Torah.

Cependant, la tendance actuelle en Israël montre que de plus en plus de haredim cherchent à entrer sur le marché du travail, ce qu’ils ne peuvent faire sans acquérir des compétences de base.

La ministre de l’Education Yifat Shasha-Biton, du parti HaMahane HaMamlahti, aligné sur le bloc anti-Netanyahu, a critiqué l’accord qui a torpillé les efforts visant à intégrer le système scolaire de la communauté hassidique de Belz dans le système éducatif, dans le cadre d’un plan qui, selon elle, n’aurait pas porté atteinte au mode de vie des ultra-orthodoxes.

« Mais Netanyahu est prêt à vendre ces enfants et l’avenir du pays pour ses intérêts politiques », a-t-elle déclaré.

Dans une série de tweets, le Premier ministre d’alternance Naftali Bennett a qualifié l’accord de « danger pour l’avenir de l’État d’Israël. »

Le parti Yesh Atid du Premier ministre Yair Lapid a accusé Netanyahu de « mettre en danger l’avenir de centaines de milliers d’ultra-orthodoxes sur le marché du travail et leur capacité à gagner leur vie… sans y réfléchir à deux fois ».

Les partis ont jusqu’à jeudi pour soumettre leurs listes de candidats. Netanyahu a déjà conclu un accord pour réunir les partis d’extrême droite HaTzionout HaDatit et Otzma Yehudit.

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